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Les industriels et producteurs allemands tentés par le marché à terme

Sur un marché volatil, de plus en plus de laiteries allemandes réfléchissent aux moyens de sécuriser au moins partiellement leur prix. Les contrats sur le marché à terme tiennent la corde.

Selon une estimation du MIV, la fédération de l’industrie laitière allemande, entre dix et vingt entreprises seraient actives sur le marché à terme (MAT) de contrats beurre et poudre géré par EEX à Leipzig. Cette filiale de la Deutsche Bank, solde les contrats passés avec le prix du marché au moment de l’échéance et établit un prix futur en se basant sur les notations du beurre et de la poudre. Elle prend pour référence les prix constatés par quatre associations de transformateurs laitiers : l’Atla en France, Zuivel NL aux Pays-Bas, les bourses spécialisées de Kempten (poudres) et de Hanovre (fromages) en Allemagne.

Selon le président de DMK, Thomas Stürtz, les laiteries pour qui les produits standard pèsent lourd dans le mix produit ont davantage intérêt à s’y intéresser que celles disposant de marques fortes. Sa coopérative comme d’ailleurs ses consœurs Ammerland et Hochwald sont présentes sur le marché à terme depuis 2016. « Sur des marchés volatils, c’est un outil de sécurisation du risque. Pas une source de revenu supplémentaire, mais un moyen de rattraper des variations de prix négatives », analyse DMK. En 2018, les échéances mensuelles d’EEX sont calées entre 269 et 300 €/1 000 l. « Ce niveau ne couvre pas le coût de production, mais c’est beaucoup mieux que les 190 touchés en 2015 », juge un observateur de la filière.

Des modèles avec des éleveurs volontaires en test

Le numéro un allemand teste « différents modèles » et recrute un groupe pilote d’éleveurs volontaires prêts à expérimenter un modèle de prix fixe en 2018 pour lequel une partie des volumes serait sécurisée sur le MAT. Le producteur y participerait sous la forme d’une « contribution financière limitée ». Hochwald travaille pour sa part à un modèle où la coopérative mutualisera les volumes individuels que des producteurs souhaitent engager. Son objectif est de « rattraper les variations de prix » ou au moins les réduire. 75 % de ses membres se voient y souscrire. Les coopératives considèrent de tels instruments comme « un service » à rendre à leurs adhérents. Car pour l’écrasante majorité des livreurs, aller sur le MAT est jugé « beaucoup trop compliqué ». Fin 2017, le syndicat agricole majoritaire DBV a réuni 250 participants dans sept séminaires à travers tout le pays pour expliquer le fonctionnement du MAT. Pour le DBV, il peut constituer un « important instrument privé pour gérer les soubresauts du marché ». Pour l’instant, les rares qui songent à s’y risquer seraient à la tête de grosses structures…

Un contrat EEX pour le lait liquide très attendu

La filière attend encore avec impatience la mise en place prochaine d’un contrat EEX pour le lait liquide. EEX l’a annoncé, mais ne précise pour l’instant, ni son cadre, ni le mécanisme de calcul du prix de référence. « Attention » prévient Eckhard Heuser, directeur du MIV, « si cette base est un mix de chiffres issus de la statistique européenne alimentée par les informations fournies par les États-Membres qui intègrent on non des primes, qui mélangent parfois des laits d’espèces différentes, on peut s’interroger sur sa fiabilité ». Et pas la peine  de se bercer d’illusions. « Le MAT n’a rien à voir avec ce qui se passe à l’étable. Il ne restitue que les attentes des acteurs du marché qui participent à ce jeu. Il reste un pari sur le prix futur. Dites-vous bien que sur vingt à trente ans, le marché à terme vous fera toujours perdre de l’argent, notamment en raison des taxes perçues ».

50 % du lait à prix fixe sur trois ans

La laiterie privée Bechtel, à l’Est de Nuremberg a, pour sa part décidé de tourner le dos au MAT. Elle n’y sécurise pas son prix. Elle a réfléchi à son propre système. Jusqu’au 15 janvier 2018, elle proposait un prix fixe du lait de 340 €/1 000 l sur 50 % des livraisons individuelles répartis de manière linéaire sur les années 2018, 2019 et 2020. Cette période de trois ans a été retenue afin de « lisser les variations du marché ». Il s’agit d’une moyenne calculée à partir de cotations allemandes. Le volume à souscrire est encadré. Les engagements doivent porter au minimum sur 75 Mdl (sinon la laiterie retirera son offre) et sur un maximum de 100 Mdl. Au-delà de ce plafond, les volumes engagés par les producteurs seront proportionnellement réduits du dépassement.

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