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Les firmes planchent sur l’efficacité alimentaire

Les acteurs de la nutrition animale s’intéressent de près à l’efficacité alimentaire. Voici le point de vue de trois firmes sur cet indicateur.

« Le fonctionnement du rumen est la clé de l’efficacité alimentaire »

François Derot chez Keenan

« Nous avons introduit la notion d’efficacité alimentaire en France dès 1996. Nous sommes convaincus que ce critère est très important, avance François Derot, directeur de Keenan France. Viser 1,4-1,5 kilo de lait standard produit par kilo de matière sèche ingérée, tel est l’objectif que devrait se fixer tout éleveur en race Prim’Holstein. En Suède, au Danemark et en Norvège, certains élevages équipés de robots obtiennent même des efficacités de 1,7. »

Pour améliorer ce critère en élevage, Keenan s’appuie sur trois principes fondamentaux, dont le premier concerne la fibre mécanique. « La structure physique de la ration est aussi importante que sa composition, considère-t-il. Pour produire du lait, il faut de l’énergie et des protéines, mais ce qui fait tourner le moteur, c’est bien la fibre mécanique. Il faut apporter aux vaches une fibre dure, comme de la paille de blé non broyée, récoltée le soir, sous forme de brins de 5 à 7 cm coupés de façon franche et régulière pour gratter les papilles. Un foin de luzerne de 3e coupe, piquant, peut aussi faire l’affaire. Grâce à cet effet grattage, le temps de rumination augmente de 15 à 20 % et le temps où le pH ruminal est inférieur à 6 diminue de 30 %. »
Les deux autres composantes du système Keenan reposent sur l’alimentation des vaches taries et la conduite des génisses, car elles conditionnent toutes deux la carrière des laitières.

Pour s’assurer que le troupeau affiche bien une production laitière maximale par tonne de matière sèche apportée, Keenan propose depuis 2014 la technologie InTouch. Couplé au boîtier de pesée électronique Pace monté sur la mélangeuse, ce service permet une surveillance automatisée et en continu de la ration. Concrètement, la ration est enregistrée sur le boîtier connecté qui guide l’éleveur pour l’ordre de chargement des aliments, les quantités, les temps de mélange… À chaque distribution de la ration, le boîtier envoie à un serveur basé en Irlande les données de chargement (quantités réellement chargées…). Celles-ci sont analysées et couplées aux données de production. Si un écart est constaté par rapport aux objectifs fixés, le service InTouch génère une alerte et un nutritionniste appelle l’éleveur pour voir avec lui comment modifier la ration ou le réglage de l’autochargeuse.

« La finalité d’un tel système est avant tout économique, affirme François Derot. En augmentant l’efficacité alimentaire de son troupeau, l’éleveur améliore la marge sur coût alimentaire. Ces deux critères sont clairement corrélés. » D’après les résultats 2015-2016 obtenus en France (sur plus de 4 100 vaches) auprès des nouveaux clients, l’efficacité alimentaire moyenne est passée au bout d’un an de 1,09 à 1,24 (+ 14 %) et la marge sur coût alimentaire de 4,49 à 5,40 (+ 0,91 €/VL/j). « Pour un troupeau de 50 vaches, cette amélioration de 0,15 point l’efficacité alimentaire représente un gain de 30 €/1 000 l de marge sur coût alimentaire. » D’ailleurs, pour tout achat d’une mélangeuse Keenan couplée au système InTouch, la firme s’engage sur un résultat chiffré d’amélioration de l’efficacité alimentaire et de la marge sur coût alimentaire. Ces objectifs sont fixés suite à un audit de la situation initiale. « Au bout d’un an, nous remboursons la mélangeuse à hauteur de 80 % de sa valeur si les objectifs ne sont pas atteints. »

« La note d’alimentation est plus facile à calculer »

« L’efficacité alimentaire paraît simple à calculer. Mais en réalité, ce critère est complexe à appréhender pour deux raisons, présente Érik Sulmont d’Inzo. Premièrement, il faut connaître les quantités réellement distribuées pour chaque produit de la ration ainsi que leur taux de matière sèche. Or, tous les éleveurs ne sont pas équipés de mélangeuses. Deuxièmement, le calcul de l’efficacité alimentaire repose sur le ratio entre les quantités ingérées et le volume de lait produit, ce qui ne facilite pas son analyse, étant donné que ces deux paramètres peuvent varier l’un et l’autre dans le bon ou le mauvais sens. »

La firme-services préfère recourir à un critère interne, appelé « note d’alimentation », plus simple à calculer que l’efficacité alimentaire, mais très corrélée à celle-ci. La note d’alimentation permet d’estimer la production de lait permise par les fourrages, en déduction de ce qui est consommé en aliments concentrés.
Prenons l’exemple d’un élevage qui produit 30 litres de lait par vache par jour avec 1,6 kg d’aliment azoté, 4,3 kg d’aliment de production, 0,3 kg de minéral, soit 6,2 kg de concentrés au total. En prenant l’hypothèse de 2 kg de lait pour 1 kg de concentré, Inzo calcule une note d’alimentation de 17,6 à partir de la formule suivante : production - 2 X quantité totale de concentrés (soit 30 - 2 X 6,2 = 17,6). Ce résultat représente le lait produit par les fourrages.

Tous les mois, dans le cadre du suivi Lactoplan, la note d’alimentation est calculée auprès d’environ 300 élevages puis comparée à la moyenne du groupe pour différents systèmes. « Il est intéressant de comparer la note d’alimentation théorique issue du calcul de ration à la note réelle obtenue à partir du volume de lait effectivement produit et des quantités d’aliments distribuées. La note d’alimentation nous renseigne sur l’efficacité réelle de la ration et sur le bon équilibre entre fourrages et concentrés. »

La valeur obtenue dans l’exemple est cohérente avec les objectifs pour un régime à base de maïs ensilage. « En système maïs, la note d’alimentation doit être comprise entre 16 et 19. Si la note d’alimentation se trouve au-dessus de cette fourchette, surveillez l’état des animaux et le niveau de TP, recommande Érik Sulmont. Si le TP reste bon et les vaches en état, l’efficacité de la ration est meilleure que celle attendue. Dans le cas contraire, il faut veiller à rééquilibrer la ration en énergie pour éviter que les vaches ne puisent trop dans leurs réserves. »

Si la note d’alimentation est inférieure aux repères, l’efficacité de la ration est plus faible que prévu. Il faut alors vérifier le niveau d’ingestion (quantités réellement distribuées, quantité de refus, taux de matière sèche), les apports d’azote en quantité et qualité (manque d’azote soluble), contrôler la rumination (nombre de coups de gueule à la minute, état des bouses…). Un diagnostic physique de la ration et des pratiques de l’éleveur s’impose alors.

« La productivité n’est pas gage d’efficacité »

« La recherche de la productivité n’est plus la seule voie d’avenir. C’est désormais l’efficacité qu’il faut rechercher pour gagner en compétitivité. Un animal peut être performant mais peu efficace », affirme Didier Andrieu, ingénieur au service ruminant de CCPA.

Pour appréhender l’efficacité alimentaire, la firme-services a lancé en 2011 le critère Crea intégrant les principaux facteurs de variation de celle-ci (poids des vaches, niveau de production, stade de lactation, équilibre de la ration, qualité des fourrages). Crea découle de nombreuses années de recherche sur le sujet, notamment d’une série d’enquêtes réalisées France entière sur plus de 150 élevages représentant 10 700 vaches laitières (95 % de Prim’Holstein). « À l’époque, nos enquêtes ont mis en évidence une efficacité alimentaire moyenne (1) de 1,35. Dans tous les systèmes, nous avons observé une forte variabilité, de 0,9 à 1,6. L’écart entre la moyenne et le quart supérieur indique une marge de progrès possible de 10 %, soit un objectif autour de 1,48 », estime Didier Andrieu. D’après la firme-services, progresser de 0,1 point permet de diminuer en moyenne le coût alimentaire de 6,50 €/1 000 l.

« L’approche Crea est un bon outil car il permet de dresser un constat, mais il se révèle chronophage en particulier pour les éleveurs non équipés de systèmes de pesée. » De plus, pour être précis, il implique aussi une analyse régulière du taux de matière sèche des fourrages. « C’est pourquoi, nous venons de lancer un autre outil, CreaScanVL, pour s’affranchir de ces contraintes et fournir aux éleveurs des conseils pertinents et réactifs pour améliorer leur efficacité alimentaire. »
De quoi s’agit-il exactement ? CreaScan est un outil informatique d’analyse et d’interprétation des données de l’élevage. Le serveur hébergé chez CCPA reçoit automatiquement les données individuelles de contrôle laitier des éleveurs ayant adhéré à CreaScan, ainsi que les acides gras du lait de tank provenant des laboratoires interprofessionnels. Toutes ces données sont analysées pour détecter ou anticiper des problèmes de production de lait, taux, cellules, acidose, déficit énergétique et activité ruminale. Les données traitées sont mises à disposition de l’éleveur et de son technicien. Des alertes sont envoyées au technicien pour les vaches présentant une forte baisse de lait ou de taux ou une forte augmentation des cellules. Des avertissements sont également émis pour une baisse modérée de lait ou de taux, une augmentation modérée de cellules, un changement de ration détecté, une augmentation du risque acidose ou déficit énergétique et une augmentation ou diminution de l’activité ruminale. Depuis le 1er juillet, 15 élevages testent l’outil. Et à partir du 1er novembre, tous les élevages le souhaitant pourront y adhérer, les modèles servant de base à CreaScanVL étant toutefois adaptés surtout à la Prim’Holstein. À moyen terme, des évolutions sont par ailleurs prévues pour une valorisation à partir des robots et permettre la comparaison au sein de groupes d’élevages.

(1) Mesurée à travers le critère Crea.
En vidéo (((reprendre photo/outil RLE 261 p98)))

Que se passe-t-il donc dans la panse ?

Démonstration de Nicolas Kermorvan, nutritionniste Keenan. « Pour parvenir à une bonne efficacité de la ration, l’important est de remettre constamment le bol alimentaire en suspension dans la rumen grâce à une fibre efficace. »

Améliorer aussi l’efficacité protéique

Prendre en compte le profil en acides aminés digestibles et la vitesse de dégradation des protéines contribue à mieux valoriser les apports d’azote.

Se référer uniquement à la MAT pour ajuster la complémentation protéique est une erreur de rationnement. « Au lieu de raisonner en termes de PDI (protéines digestibles dans l’intestin), raisonnons en termes d’acides aminés », propose Érik Sulmont de la firme-services Inzo. Nous savons que la méthionine et la lysine sont les deux acides aminés les plus limitants dans les rations des vaches laitières. Or, dès lors qu’un acide aminé devient limitant, les autres ne sont pas valorisés par l’animal et constituent des pertes azotées (voir schéma). Dans les rations à base d’ensilage de maïs et/ou d’herbe, c’est en particulier la méthionine qui bride la production laitière. « En apportant cet acide aminé directement au niveau de l’intestin, grâce à la méthionine protégée, l’objectif est de lever ce frein », poursuit-il. « L’idéal est de viser un rapport méthionine digestible sur lysine digestible de 1 pour 3 pour une utilisation optimale de l’azote », avance Didier Andrieu de CCPA, en précisant que les rations françaises présentent plutôt un ratio de 1 pour 4.

Un rapport methionine sur lysine de 1 pour 3 est optimal

Cette approche n’est pas nouvelle en soi. L’ajout de méthionine protégée et son impact sur l’efficacité protéique sont connus depuis nombreuses années. Cette stratégie permet d’améliorer les performances, et en particulier le TP, à apport de MAT constant. Ce que développent les firmes-services ces dernières années est différent. « Nous proposons de profiter de l’amélioration de l’efficacité protéique induite par le meilleur équilibrage en acides aminés pour réduire les apports en azote, tout en visant un maintien des résultats zootechniques », détaille Érik Sulmont. Concrètement, cela se traduit par une baisse du taux de MAT des aliments de trois à quatre points en moyenne, et donc de leurs coûts. Les éleveurs peuvent aussi raisonner le choix des matières premières. Certaines sont plus riches en méthionine, d’autres en lysine. Il y a toutefois peu de matières premières présentant un profil optimum. Pour rééquilibrer la ration, des acides aminés rumino-protégés peuvent être utilisés (tourteaux tannés).

Veiller à la cinétique de dégradation des matières azotées

Parmi les autres leviers pour améliorer l’efficacité protéique, CCPA met également en avant l’importance de caractériser la vitesse de libération des différentes sources azotées. « Certaines années, les maïs ensilages sont dotés d’excellentes valeurs énergétiques mais ne permettent pas pour autant de bonnes performances laitières. Pourquoi ? L’une des raisons tient au choix du correcteur », illustre Didier Andrieu. Selon la source azotée, la libération de l’azote dans le rumen peut se révéler trop lente ou trop rapide par rapport à la libération de l’amidon. « Avec un maïs riche en amidon by-pass (non dégradable dans le rumen) par exemple, apporter un correcteur dont l’azote est libérée trop rapidement par rapport à la dégradation de l’amidon, ne permettra pas une bonne valorisation de l’azote. Et en parallèle, l’amidon se trouvera sous-valorisé dans l’intestin. Dans nos calculs de rations, nous faisons en sorte de mieux prendre en compte les différentes fractions azotées en définissant la part de MAT rapidement dégradables dans le rumen (moins de 4h), lentement dégradables (entre 4 et 10h), et celles dégradables seulement dans l’intestin. »

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