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Economie laitière
Les éleveurs français pas assez productifs

Selon Vincent Chatellier, économiste à l´Inra, l´écart qui se creuse entre la productivité des Danois et Néerlandais et celle des exploitations laitières françaises est problématique.


« La productivité du travail est le critère de différenciation des revenus, avec l´efficacité économique », a insisté Vincent Chatellier, lors des Rencontres sur la recherche en ruminants. suite à une étude sur huit bassins de production du Nord de l´Europe. L´économiste de l´Inra commentait ainsi les résultats du Rica(1) qui montrent en effet une corrélation entre l´excédent brut d´exploitation (EBE) et les volumes produits par unité de travail agricole (UTA).
« L´Ouest de la France(2) produit deux fois moins de lait par personne que les pays d´Europe du nord, et moins que la moyenne de l´UE à 15. » Et ces exploitations laitières dégagent un EBE par UTA plus faible que la moyenne européenne. Pour le résultat courant avant impôt (RCAI), le lien est moins évident, car les pratiques (taux d´intérêt, durée des emprunts.) et les politiques fiscales diffèrent entre les pays, ce qui biaise l´analyse. Ainsi, le résultat danois est grevé par leur stratégie d´investissements intenses et d´accumulation de capital. « Mais demain, leurs revenus pourraient s´améliorer puisqu´ils ont une longueur d´avance sur nous. »

La restructuration française est lente
L´économiste estime que « les éleveurs français s´en sortent car ils ont un produit viande et grandes cultures, et les charges opérationnelles sont maîtrisées. Les aides directes sont plus importantes, ce qui rend les exploitations françaises sensibles à la baisse des soutiens ». Il pointe les charges de mécanisation qui pourraient être réduites. « On se suréquipe. C´est très net par rapport aux autres pays. » L´importance des charges de mécanisation se justifie en France par des stratégies fiscales, « mais pourquoi choisir forcément du matériel ? Pourquoi pas une nouvelle stabulation, une salle de traite. »
A propos des produits laitiers français à forte valeur ajoutée, il assène : « On ne peut pas se rassurer. On ne pourra pas tenir de tels écarts de performances entre les grosses exploitations nordiques et les structures de montagne. Et ces dernières sont très dépendantes des aides au développement rural. Or, l´amélioration de la productivité du travail est faible en zone de montagne. »

En France, les exploitations laitières se restructurent plus lentement que chez nos voisins européens. « Leur agrandissement est très lent. Dans l´Ouest de la France, un agrandissement ne s´accompagne pas vraiment d´économies d´échelle, contrairement au Danemark. Les grandes exploitations ne sont pas forcément performantes. » Enfin, l´économiste rappelle que l´obtention d´un niveau élevé de productivité du travail est facilité par une spécialisation en lait des exploitations en production laitière, par des investissements dans des bâtiments fonctionnels, l´automatisation, l´externalisation de certaines tâches, et une productivité élevée des animaux.

(1) Le Réseau d´information comptable agricole de l´Union européenne est un instrument permettant d´évaluer le revenu des exploitations agricoles et l´impact de la politique agricole commune.

(2) Basse-Normandie, Bretagne, Pays de la Loire.

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