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Les AOP face aux attentes sociétales

Réuni en assemblée générale au cœur de l’AOP saint nectaire, le Cnaol cherche à mieux faire connaître ses valeurs aux consommateurs et à mieux répondre aux attentes d’une société en évolution.

Michel Lacoste, président du Cnaol . « Deux actions sont prioritaires : la promotion du logo AOP et des valeurs associées, et la protection des AOP. »
© Comité interprofessionnel des fromages AOP Cantal-AOP Salers.

Pour Michel Lacoste, président du Conseil national des appellations d’origine laitières (Cnaol), ce n’est pas une question mais bien une affirmation : « l’AOP est un concept moderne qui répond aux attentes de la société ». La progression des ventes de fromages AOP de 1,2 % en volume en 2016 dans le contexte tendu du marché des fromages est là pour le prouver. Il n’empêche, les débats qui ont nourri les deux journées de l’assemblée générale du Cnaol à Saint Nectaire en septembre dernier ont souligné un déficit de communication et le besoin de mieux écouter le consommateur.

« On communique très mal. Il nous faut un socle commun et un logo plus fédérateur », s’est écrié Dominique Chambon président de l’appellation rocamadour. « Nous sommes 50 AOP laitières avec une grande diversité. Notre pas de temps n’est pas celui d’internet et des réseaux sociaux. On ne modifie pas un cahier des charges en 48 heures », a ajouté Didier Lincet, président de l’appellation chaource. Les deux vice-présidents du Cnaol ont pointé du doigt les enjeux d’avenir des AOP laitières. La capacité à mieux se faire connaître notamment des jeunes générations face à la montée en puissance du bio et des autres démarches qualité émergentes. La capacité à continuer à s’adapter aux demandes sociétales (comment mieux répondre aux attentes actuelles sur le bien-être animal) mais aussi comment mieux faire connaître les valeurs qui fondent les AOP.

Une fête des AOP à l’occasion des journées du patrimoine en 2018

Michel Lacoste l’a reconnu dans son discours, il faut que le consommateur continue d’acheter pour le goût mais qu’il intègre aussi l’acte citoyen de préservation de l’environnement, l’acte écosolidaire lié à l’ancrage territorial des AOP et le respect du bien-être animal puisque la plupart des AOP laitières font un large recours au pâturage. C’est pourquoi il a annoncé la mise en place d’une fête des crèmes, beurres et fromages AOP en 2018 à Paris à l’occasion des journées du patrimoine. L’assemblée générale avait voté la veille le principe d’une cotisation à hauteur de 1€/tonne de produit pour financer cette manifestation.

Yves de la Fouchardière, directeur général de l’indication géographique protégée (IGP) volailles de Loué, a fait un appel au pragmatisme et à la réactivité « les seules attentes sociétales qui comptent sont celles qui sont étiquetables et la seule chose qui compte c’est ce que pense le consommateur ». Un discours qui tranchait un peu avec le plaidoyer de Jean-Louis Piton nouveau président de l’Inao, Institut national de l’origine et de la qualité, pour qui « les appellations d’origine sont porteuses de promesses sociétales fortes et d’un niveau de certification élevé » en travaillant dans un temps long et embarquant des promesses spécifiques notamment sur les conditions de fabrication. Des promesses qui, elles aussi, mériteraient d’être mieux expliquées aux consommateurs en quête d’authenticité, de valeur ajoutée et de sens.

Les autres axes de travail du Cnaol

° La lutte contre les contrefaçons : un groupe de travail sur la protection des AOP s’est mis en place en 2017. Le but est de renforcer le partage d’expériences et surtout d’obtenir des avancées significatives sur la protection vis-à-vis du « parasitisme » en France et à l’étranger. Le Cnaol est notamment en attente d’une réponse positive concernant l’embauche d’agents assermentés par les ODG (Organisme de gestion). Pour défendre la distinction entre marque régionale et AOP, il demande l’application d’une charte de bonnes pratiques élaborée par l’Inao.

° La reconnaissance internationale des IG : des avancées importantes pour la reconnaissance internationale des IG ont été obtenues au travers d’accords internationaux. Le concept d’IG a été élargi à de nombreux pays (Chine, Amérique du sud, Canada…). Mais la reconnaissance de listes limitées d’IG dans les accords n’est pas suffisante : le Cnaol demande une protection de toutes les IG.

° Un projet collectif pour révéler la diversité microbienne des fromages AOP : l’objectif du projet MétaPDOcheese est d’obtenir une vision quasi exhaustive de la diversité microbienne entretenue par les fromages AOP en utilisant les techniques de séquençage à haut débit. Il devrait donner des pistes sur les pratiques qui permettent de garder une diversité importante, et éventuellement de moduler la présence de certaines espèces microbiennes. Le projet, porté par l’Inra en partenariat avec le Cnaol et le Cniel, a démarré en 2017 pour trois ans. Son coût est estimé à 850 000 euros

Pour une pérennisation du dispositif RRO dans la PAC 2020

Huit AOP et IGP de l’Est de la France (1) ont mis en place des Règles de régulation de l’offre (RRO) fromage. Cette possibilité de dérogation aux règles de libre concurrence est l’une des mesures phares du paquet lait de 2012. Le rôle positif des RRO est reconnu par ces filières, que ce soit sur la qualité des produits ou le développement économique. Plusieurs filières (Normandie, Cantal…) y réfléchissent. L’objectif du Cnaol est d’obtenir le prolongement du dispositif au-delà de 2020 dans la nouvelle PAC, et de simplifier sa mise en œuvre. Il demande par ailleurs l’extension des règles — elles concernent les fromages — aux volumes de lait livré par les producteurs sous AOP. Les seuls outils actuels permettant une programmation de la production laitière sont les dispositifs contractuels et la possibilité de se structurer en OP. Neuf OP sont officiellement reconnues pour les producteurs sous AOP.

(1) Comté, beaufort, reblochon, gruyère, abondance, morbier, tomme de Savoie, emmental de Savoie.

À savoir

• 24 % des éleveurs livrant du lait de vaches produisent du lait selon les conditions d’au moins un cahier des charges AOP.

9,9 % de la collecte de lait de vaches sont utilisés dans des fabrications AOP et 0,8 % dans des fabrications IGP.

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