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Les antibiotiques, c'est pas systématique

Utiliser mieux et moins d’antibiotiques en élevage pour minimiser les risques d’apparition d’antibiorésistance, c’est indispensable si l’on veut à terme échapper à l’interdiction de certaines familles critiques.

L’antibiorésistance est devenue une préoccupation majeure en santé humaine et en santé animale. C’est ce qui ressort clairement des Journées nationales des GTV (groupements techniques vétérinaires) sur l’antibiothérapie(1), sur lesquelles s’appuie ce dossier. Les médecins sont inquiets. Ils redoutent l’émergence de bactéries pathogènes totalement résistantes. Surtout que, depuis quelques années, des bactéries pluri-résistantes sont apparues en dehors du milieu hospitalier et qu’il est très peu probable que l’on découvre dans un avenir proche une nouvelle classe d’antibiotiques.


Bien sûr, les traitements humains et ceux des chiens et chats contribuent largement aux problèmes d’antibiorésistance observés chez l’homme. Mais cela ne fait plus aucun doute aujourd’hui: les traitements antibiotiques en élevage portent une part de responsabilité. Tout usage d’antibiotique est suivi très rapidement d’une sélection de souches résistantes. Les résistances, qui émergent d’abord au niveau de la flore commensale (naturelle) de l’intestin notamment, diffusent d’une espèce bactérienne vers une autre, qu’elle soit animale ou humaine.


Face à ce constat, une liste d’antibiotiques critiques (fluoroquinolones, céphalosporines de 3e et 4e génération, macrolides) a été dressée par l’Organisation mondiale de la santé. Et certaines voix s’élèvent pour demander l’interdiction pure et simple en médecine animale de certains antibiotiques critiques. Ce recentrage sur l’antibiothérapie humaine, selon Gérard Moulin, de l’Agence nationale du médicament vétérinaire, n’est pas à l’ordre du jour, pour le moment. On s’oriente davantage vers des utilisations plus ciblées, avec obligation de résultats si l’on veut préserver l’arsenal vétérinaire thérapeutique à l’avenir: il va falloir utiliser mieux et moins d’antibiotiques en élevage.


Les traitements préventifs et collectifs en élevage hors sol sont sans aucun doute les premiers visés. Mais les bovins ne sont pas blancs comme neige. Du fait de leur gabarit, ce sont de gros consommateurs d’antibiotiques. Et les pratiques ne sont pas irréprochables. L’utilisation d’antibiotiques contre les diarrhées des veaux est trop systématique. Il en est de même pour les boiteries : seul le panaris nécessite un antibiotique par voie générale. Au niveau des traitements des mammites — le premier motif d’utilisation d’antibiotiques en élevage laitier — des progrès aussi sont possibles. Il ne sert à rien de traiter les mammites incurables, alors qu’une bonne partie des échecs sont prévisibles. Et les traitements par voie générale et ceux à large spectre pourraient être limités.


Le décret Prescription-délivrance cadre la mise en place par le vétérinaire de protocoles de traitements adaptés à l’élevage. C’est un premier pas vers davantage de prévention et une utilisation plus raisonnée des antibiotiques. À quand des plans de traitement balisés, à l’image de ce qui existe en santé humaine pour les médecins? L’enjeu est de taille: maintenir la santé animale tout en préservant la santé humaine.


Note : (1) En mai 2010 à Lille.

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