Aller au contenu principal

Les antibiotiques, c'est pas systématique

Utiliser mieux et moins d’antibiotiques en élevage pour minimiser les risques d’apparition d’antibiorésistance, c’est indispensable si l’on veut à terme échapper à l’interdiction de certaines familles critiques.

Les pratiques en élevage bovin ne sont pas irréprochables
Les pratiques en élevage bovin ne sont pas irréprochables
© J.-M. Nicol

L’antibiorésistance est devenue une préoccupation majeure en santé humaine et en santé animale. C’est ce qui ressort clairement des Journées nationales des GTV (groupements techniques vétérinaires) sur l’antibiothérapie(1), sur lesquelles s’appuie ce dossier. Les médecins sont inquiets. Ils redoutent l’émergence de bactéries pathogènes totalement résistantes. Surtout que, depuis quelques années, des bactéries pluri-résistantes sont apparues en dehors du milieu hospitalier et qu’il est très peu probable que l’on découvre dans un avenir proche une nouvelle classe d’antibiotiques.


Bien sûr, les traitements humains et ceux des chiens et chats contribuent largement aux problèmes d’antibiorésistance observés chez l’homme. Mais cela ne fait plus aucun doute aujourd’hui: les traitements antibiotiques en élevage portent une part de responsabilité. Tout usage d’antibiotique est suivi très rapidement d’une sélection de souches résistantes. Les résistances, qui émergent d’abord au niveau de la flore commensale (naturelle) de l’intestin notamment, diffusent d’une espèce bactérienne vers une autre, qu’elle soit animale ou humaine.


Face à ce constat, une liste d’antibiotiques critiques (fluoroquinolones, céphalosporines de 3e et 4e génération, macrolides) a été dressée par l’Organisation mondiale de la santé. Et certaines voix s’élèvent pour demander l’interdiction pure et simple en médecine animale de certains antibiotiques critiques. Ce recentrage sur l’antibiothérapie humaine, selon Gérard Moulin, de l’Agence nationale du médicament vétérinaire, n’est pas à l’ordre du jour, pour le moment. On s’oriente davantage vers des utilisations plus ciblées, avec obligation de résultats si l’on veut préserver l’arsenal vétérinaire thérapeutique à l’avenir: il va falloir utiliser mieux et moins d’antibiotiques en élevage.


Les traitements préventifs et collectifs en élevage hors sol sont sans aucun doute les premiers visés. Mais les bovins ne sont pas blancs comme neige. Du fait de leur gabarit, ce sont de gros consommateurs d’antibiotiques. Et les pratiques ne sont pas irréprochables. L’utilisation d’antibiotiques contre les diarrhées des veaux est trop systématique. Il en est de même pour les boiteries : seul le panaris nécessite un antibiotique par voie générale. Au niveau des traitements des mammites — le premier motif d’utilisation d’antibiotiques en élevage laitier — des progrès aussi sont possibles. Il ne sert à rien de traiter les mammites incurables, alors qu’une bonne partie des échecs sont prévisibles. Et les traitements par voie générale et ceux à large spectre pourraient être limités.


Le décret Prescription-délivrance cadre la mise en place par le vétérinaire de protocoles de traitements adaptés à l’élevage. C’est un premier pas vers davantage de prévention et une utilisation plus raisonnée des antibiotiques. À quand des plans de traitement balisés, à l’image de ce qui existe en santé humaine pour les médecins? L’enjeu est de taille: maintenir la santé animale tout en préservant la santé humaine.


Note : (1) En mai 2010 à Lille.

Les plus lus

<em class="placeholder">Éleveurs devant l&#039;installation de traitement des eaux de pluies </em>
« Nous traitons l’eau de pluie pour abreuver nos vaches », dans le Doubs

Le Gaec de La Vie, dans le Doubs, s’est équipé d’un système de filtration des eaux de pluie pour abreuver les vaches…

<em class="placeholder">David Cartron dans une parcelle de maïs impactée par la sécheresse</em>
Sécheresse : « La priorité, c’est de trouver du maïs et de préparer les stocks 2027 », en Vendée

En Vendée, la sécheresse et les périodes de canicule ont fortement impacté la constitution des stocks de fourrage. Pour tenir,…

Deux cas d'orthobunyavirus formellement détectés en Normandie

Jusqu'à présent principalement identifié dans l'Est de la France ainsi qu'en Suisse et en Allemagne, l'orthobunyavirus vient d…

Une prairie temporaire en Isère, avec de la chicorée
Sécheresse : « Même si les prairies grillées commencent à reverdir, ne redémarrez pas trop tôt le pâturage »

A partir de quand peut-on remettre des vaches au pâturage après des mois de chaleur et de sécheresse qui ont grillé les…

<em class="placeholder">Joris Soenen, éleveur laitier dans une prairie dans laquelle du stock sur pied a été réalisé</em>
Sécheresse : « Le stock sur pied et le sorgho m’ont permis de maintenir du pâturage jusqu’au 15 août », dans l’Eure

La production de fourrage de Joris Soenen a été impactée par l’année de sécheresse exceptionnelle, l’obligeant à acheter du…

<em class="placeholder">nurserie pour les veaux ouverte avec toit isolé</em>
Des nurseries confortables pour les veaux et l’éleveur en sept points clés
Ventilation naturelle, blocs dédiés par classe d’âge… Les préconisations pour le logement des veaux de la naissance au sevrage…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 91,80€/an​ TTC
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière