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Ravageurs
LE TAUPIN MENACE LE MAÏS DANS LES ZONES D'ÉLEVAGE

Le manque de produits associé à certaines pertes d’efficacité est propice au développement des populations de taupin dans le maïs. Les zones d’élevage sont particulièrement touchées.

«Les choses ne sont pas brillantes, estime Bernard Naïbo, spécialiste des ravageurs du maïs à Arvalis- Institut du végétal. La situation vis-à-vis des ravageurs du maïs tend à se dégrader. L’année 2007 a vu s’intensifier les dégâts de taupins, un peu partout en France. » Ce ravageur est désormais présent sur tout le territoire et plus particulièrement en Bretagne, en Aquitaine et en Midi-Pyrénées. « Les dégâts observés ces dernières années sur pommes de terre, céréales, cultures légumières et jeunes prairies montrent que ce ravageur est redoutable, commente Yves Blot, de l’Inra du Rheu. La recrudescence des attaques est sans doute liée à la disparition du lindane qui, par sa persistance et son emploi régulier, avait contribué à assainir les sols. »
La plupart des attaques dans l’Ouest et le Nord sont dues à deux espèces à cycle long (Agriotes sputator et lineatus). Leur cycle dure cinq ans. Les adultes pondent une fois par an et les larves restent dans le sol pendant quatre ans avant de se transformer en adulte la cinquième année. Ce sont les larves de troisième et quatrième année, plus grosses et plus gourmandes, qui occasionnent le plus de dommages. On observe aussi des dégâts liés à la présence de l’espèce à cycle court (Agriotes sordidus). « Cette espèce était jusque-là essentiellement observée dans le Sud de la France, souligne Yves Blot. Mais le réseau de piégeage Arvalis-Inra indique qu’elle est présente au Nord de la Loire parfois de manière anecdotique mais aussi, dans quelques foyers, en grande quantité. »
Les larves issues des oeufs pondus dans le sol peuvent occasionner des dégâts sévères. « En effet, le seuil de nuisibilité est assez bas, note Bernard Naïbo. Une attaque à la levée sur 10 % des pieds aura une incidence sur le rendement. » Les dégradations se caractérisent par une morsure au collet du maïs qui entraîne la disparition de la plante. Le maïs est sensible jusqu’au stade 8-10 feuilles. Plus l’attaque est précoce, plus les dégâts sont importants.

LES COUVERTS VÉGÉTAUX, FACTEUR FAVORABLE
Le taupin est le principal ravageur du maïs dans les zones d’élevage. L’existence d’un risque élevé après une prairie est bien connu. Ce risque est d’autant plus important que la durée de vie de la prairie est longue. Il se maintient élevé pour le maïs deux ans après le retournement de la prairie. Mais tous les couverts végétaux (prairie, jachère, bande enherbée…) favorisent le développement du taupin.
La présence d’une c o u ve r t u r e végétale de type graminées, entre mai et juillet, crée un milieu favorable pour la ponte. Seules les crucifères (colza, radis) apparaissent moins attractives. Un colza semé sur une terre déjà infestée pourra toutefois être attaqué. En culture intensive, les sols ont tendance à être assainis par les travaux du sol qui détruisent les oeufs et les jeunes larves s’ils sont réalisés en été (désherbinage mécanique du maïs, déchaumage...).
Les terres légères, favorisant les déplacements et la dispersion des larves de taupins dans le sol, sont les plus exposées, de même que les parcelles orientées vers le sud. Les années fraîches et humides sont les plus favorables aux attaques. Si le maïs passe avec succès la phase critique du printemps, il pourra tenir, sans trop de dommages pour le rendement, jusqu’à la récolte.
Il convient donc de créer les meilleures conditions agronomiques possibles pour une levée vigoureuse du maïs. Dans les situations à risque, choisissez des variétés dotées d’une bonne vigueur au départ et apportez un engrais starter au semis. « Et privilégiez les semis dans des terres ressuyées et réchauffées, à une profondeur adaptée », conseille Nathalie Dilly, de la chambre d’agriculture de la Manche. Certains indices permettent d’estimer le risque pour la culture.
L’observation des dégâts sur les cultures précédentes est un bon indicateur. « Sachez que toutes les parcelles ne sont pas infestées, remarque Yves Blot. Le taupin est souvent inféodé à la parcelle car il se déplace peu. Il n’est donc pas toujours utile d’appliquer un insecticide de sol. Pour évaluer le risque de taupin, il existe aussi des systèmes de piégeage. Le piégeage des larves est très technique et s’utilise peu en élevages. Il permet une bonne appréciation du risque mais s’avère exigeant en temps. Au contraire, le piégeage des adultes à l’aide de phéromones est facile à utiliser, mais moins précis. Des travaux en cours devraient permettre d’établir le lien entre les captures des adultes et les captures des larves. L’agriculteur peut aussi réaliser une vingtaine de trous à la bêche dans la parcelle pour rechercher les larves. »

ÉVALUER LE RISQUE DANS LES PARCELLES
« Ces dernières années, le déficit de produits a rendu difficile la maîtrise du taupin, considère Bernard Naïbo. Les microgranulés de la famille des carbamates (benfuracarbe, carbofuran et carbosulfan) ont été, de loin, la solution la plus utilisée mais cette matière active subit parfois de fortes pertes d’efficacité avec une utilisation répétée. » Cette année sera la dernière pour l’utilisation des carbamates en raison de leur retrait du marché. L’an passé est arrivé sur le marché Force 1,5 G, à base de téfluthrine. « Utilisé en pulvérisation et en localisation au semis, ce nouvel insecticide dispense une protection acceptable contre les taupins », estime Bernard Naïbo. « L’efficacité de Force 1,5 G est toutefois conditionnée par un positionnement optimal du produit dans la raie de semis, note Nathalie Dilly. Les équipements actuels, peu adaptés à cette technique, ne permettent pas tous une application précise. »
En raison d’une dérogation tardive, ce produit a été assez peu utilisé l’an passé. Il reste en dérogation pour l’année 2008. Pour les prochains semis, l’arsenal contre le taupin est complété par un nouvel insecticide, Cruiser, à base de tiaméthoxam. Selon Yves Blot, ce produit offre une très bonne protection de la graine et de la plantule mais ne détruira pas toute la population larvaire du sol. De plus, son utilisation en traitement de semences est soumise à de nombreuses réserves. « Pour bénéficier de la protection de Cruiser, il vous faudra débourser environ 35 euros de plus par dose de 50 000 graines », évalue Nathalie Dilly.

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