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Lait : Actualité agricole et agroalimentaire de la filière lait dédiée aux agriculteurs, éleveurs de vaches laitières.

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Le sol regorge d’un étonnant réservoir biologique

Les sols agricoles ne sont pas que des supports de cultures, mais de véritables écosystèmes. Les microorganismes qu’ils abritent sont une vraie richesse. Améliorer la biologie du sol booste son autofertilité.

Le sol renferme une communauté d'êtres vivants. C’est un lieu où se croisent, s’associent, se détruisent, cohabitent ou s’ignorent des milliards d’individus : bactéries, champignons, protozoaires, nématodes, acariens, collemboles, lombrics…
© É. Bignon

Le sol grouille de vie. Il renferme la plus grande densité et diversité d’organismes vivants de la planète. À l’état naturel, c’est un lieu où se croisent, s’associent, se détruisent, cohabitent ou s’ignorent des milliards d’individus : bactéries, champignons, protozoaires, nématodes, acariens, collemboles, lombrics… Sans l’activité de ces multiples organismes vivants, les sols ne se forment pas, les argiles ne se lient pas aux humus, les minéraux ne sont pas libérés dans la solution du sol et les enzymes ne sont pas libérés par les bactéries ou les champignons pour attaquer la matière organique. « Cultiver la terre revient en fait à faire progresser la communauté vivante qui s’y trouve vers la meilleure harmonie possible, expose Christian de Carné Carnavalet, consultant en agronomie. Le rôle d’un agriculteur est de nourrir ces êtres vivants et de faire en sorte que l’équilibre de la biodiversité autorégule les populations du sol. Et que chacun puisse apporter sa contribution à l’ensemble. »

Certains sols brillent par leur richesse biologique, d’autres beaucoup moins. En nombre d’espèces comme en biomasse, il s’agit en grande majorité de champignons et de bactéries.

Harmoniser la vie du sol

Dans un gramme de sol, on comptabilise environ un milliard de bactéries, affiliées à un million d’espèces différentes. Et on y estime à un million le nombre de champignons, appartenant à des dizaines de milliers d’espèces. Les microorganismes jouent en fait le rôle d’intermédiaires entre les matières organiques et les plantes. « En effet, les bactéries et les champignons consomment les matières organiques situées à l'intérieur et au-dessus du sol, et les transforment en composés secondaires (minéraux) que les les plantes utilisent pour pousser et se défendre. » Les bactéries font partie des décomposeurs les plus actifs. Elles sont les premières à attaquer la matière organique, plus spécifiquement la matière verte telles que les feuilles et les radicelles, afin d’en absorber le carbone et l’azote. « Les champignons jouent sans doute le rôle le plus important », considère l’agronome. Ils ont notamment la faculté de décomposer la cellulose et la lignine dont les résidus servent de base pour élaborer l’humus. Ils s’associent également aux racines des plantes sous forme de mycorhizes. « Les mycorhizes peuvent explorer le sol beaucoup plus loin pour leur fournir les éléments minéraux dont elles ont besoin. Près des racines, l’activité microbienne se voit multipliée par 1 000 ! » Elles permettent d’extraire les molécules d’eau les plus fines pour les plantes.

Des avantages au service des plantes

L’activité de la microflore joue également un rôle clef dans la formation et la stabilité des agrégats du sol et donc de sa structure. Les champignons, avec leurs filaments (mycéliums), créent notamment un maillage de ramifications interconnectées les unes aux autres, capable d’agglomérer les particules des sols. La diversité microbienne favorise également la résistance d’un sol face aux maladies. « Plus elle est importante, moins les microorganismes pathogènes peuvent envahir une culture, expose l’expert. Un sol vivant résout naturellement quantité de problèmes. Les symptômes sur la partie aérienne des cultures sont le plus souvent l’indicateur des difficultés de la plante sous terre. » 

Autres organismes essentiels dans le sol, les vers de terre harmonisent le travail des champignons et bactéries. Ils assurent l’aération et le brassage du sol avec une amélioration significative de la composition physique et chimique de leurs rejets comparé à celle des terres qu’ils ingurgitent. Leur réseau de galeries permet l’entrée de l’air dans les couches profondes des sols ce qui favorise la vie microbienne, les phénomènes d’oxydoréduction, ainsi que la pénétration rapide de l’eau, des racines et des mycéliums vers des couches inexplorées.

Le saviez-vous ?

La vie du sol peut être réactivée rapidement et n’importe quelle terre peut retrouver sa fertilité naturelle. Les populations microbiennes ont une immense capacité de régénérescence, mais à condition de leur apporter de la matière organique.

Avis d'expert : Christian de Carné Carnavalet, consultant en agronomie

« Les sols manquent surtout de champignons »

 

 
« Aujourd’hui, il manque énormément de champignons dans les sols. Or, ce sont eux qui construisent l’humus, à la base de la fertilité du sol. Plusieurs raisons expliquent ce constat. D’une part, le sol ne reçoit pas suffisamment de matières organiques cellulosiques et ligneuses (pailles). Riches en carbone, elles constituent la nourriture de prédilection des champignons. Le fait de restituer au sol des engrais verts, c’est bien mais ce n’est pas suffisant car cela favorise la flore bactérienne au détriment de la flore fongique. Or, si on veut lever les dysfonctionnements du sol et réactiver l’humification, il faut nourrir la vie microbienne du sol avec une ration adaptée. Comme les éleveurs le font avec leur troupeau. Pour cultiver un sol vivant et équilibré, je préconise d’apporter un tiers de déchets verts et deux tiers de déchets bruns (pailles) à raison de 25 t/ha/an minimum. D’autre part, les champignons sont détruits par les fongicides et les engrais azotés à base de sels. Ils ne supportent pas l’augmentation de la salinité de la solution du sol dans la durée et finissent par disparaître. Par contre, le procès fait au labour n’est à mon sens pas justifié au regard de la vie du sol. Le labour n’est pas mauvais en soi, il aide à aérer le sol, à le rendre plus souple, mais il doit s’accompagner d’un apport de matières organiques en surface, qui sera brassé dans les premiers centimètres du sol. »

 

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