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Pays-Bas/LTO section lait
« Le prix du lait se gagne sur le marché » affirme Siem-Jan Schenk

Justifier les aides par des prestations environnementales, se préparer à l´ouverture du marché dans dix ans, coopérer avec l´industrie. Les positions du principal syndicat néerlandais.


Comment réagissent les éleveurs laitiers néerlandais face à la PAC ?
S. J. Schenk, LTO-Pays-Bas - « Les producteurs laitiers néerlandais ont toujours été opposés à une baisse des prix compensée par des aides directes. Mais à un moment donné, il n´était plus utile de s´opposer : nous avons choisi de participer à la discussion sur la mise en oeuvre de la Pac.
Nous nous sommes battus pour obtenir des aides basées sur des références historiques, parce qu´elle étaient plus avantageuses pour les éleveurs laitiers. Mais nous savons qu´à moyen terme ce modèle historique ne pourra pas être poursuivi à cause de la pression publique : mieux vaut perdre un peu que tout perdre. Nous prévoyons aussi que d´ici 5 à 10 ans la totalité des aides seront découplées aux Pays-Bas, et qu´il faudra produire de manière compétitive dans tous les secteurs.
Je suis plutôt optimiste, même s´il a été calculé qu´avec la nouvelle PAC, les revenus laitiers vont baisser de 40 %. Aux producteurs et à l´industrie de relever le défi pour que ces prévisions ne se réalisent pas. »

Comment percevez-vous la conditionnalité ?
S. J. Schenk - « Nous ne sommes pas opposés à la conditionnalité. A long terme, l´argument de la baisse des prix ne suffira plus à justifier l´aide laitière. Le fait de relier les aides au respect de 18 directives montre au grand public que les agriculteurs fournissent des prestations environnementales en échange des aides. Il faut savoir qu´aux Pays-Bas, sous la pression d`associations de consommateurs, le ministère de l´Agriculture a été obligé de publier fin septembre sur son site internet le montant des aides perçues par chacun des 80 000 agriculteurs néerlandais, de façon nominative ! Tout va dépendre de la façon dont sera appliquée cette conditionnalité, les années à venir seront décisives. »
Etes-vous pour la disparition des quotas à long terme ?
S. J. Schenk - « Oui. Il nous paraît évident que les quotas ne pourront pas être maintenus. C´est un système qui a bien fonctionné, mais il ne peut fonctionner que si l´on protège bien son marché. Or toutes les protections du marché, avec l´OMC, vont être perdues d´ici 10 ans. Les années qui viennent vont être utilisées par les professionnels, les pouvoirs publics et les industriels pour se préparer au démantèlement des quotas d´ici une dizaine d´années. »
Que pensez-vous de l´idée de maîtrise de la production défendue par la France ?
S. J. Schenk - « Si l´on a comme optique de vouloir maintenir les quotas, cela peut être intéressant. Mais si l´on veut leur disparition, on a au contraire tout intérêt à ce que la production augmente, de façon à rendre les quotas inutiles. Nous pensons que les quotas vont disparaître d´eux-mêmes, ils ne vont pas être supprimés brutalement. »
Quels sont les principaux problèmes des éleveurs laitiers néerlandais ?
S. J. Schenk - « Les prix élevés des terres (45 000 ?/ha) et des quotas (2,25 ?/kg) qui sont un frein au développement de nos exploitations. Cela rend aussi l´installation des jeunes très difficiles. Pour démarrer une exploitation, il ne faudrait pas emprunter plus de 1,5 ?/l lait, or la valeur actuelle est d´environ 5 ?/L : c´est un sujet délicat dans les familles. Le secteur laitier cherche à réduire le prix des quotas dans les années à venir.
La réglementation européenne environnementale est aussi un problème. Nous aurons une nouvelle réglementation néerlandaise à partir du 1er janvier 2006. Le chargement sera limité à 2,2 vaches laitières par hectare. Nous pensons qu´un chargement supérieur, là où il y a une très bonne pousse de l´herbe, ne nuit pas à l´environnement. Mais c´est une situation qu´il faut accepter. »

Et le prix du lait, ce n´est pas un problème aux Pays-Bas ?
S. J. Schenk - « Le prix du lait est bien sûr très important. Mais il faut gagner ce prix du lait sur le marché et non pas dans la rue, cela ne résoud rien. Pour cela, nous recherchons une coopération avec les industries laitières pour nous distinguer sur les marchés par rapport aux concurrents des autres pays. Nous avons par exemple mis en place ensemble en 1998 un programme de certification de la filière laitière (obligatoire). Actuellement, nous préparons avec elles des programmes en santé animale contre la paratuberculose, et dans les domaines de la santé des onglons, de la lutte contre les mammites. Nous pensons aussi qu´une plus grande concentration de l´industrie est nécessaire, même si elle est déjà assez poussée aux Pays-Bas, car 60 % du lait produit est exporté.
Il est difficile aussi de dire que le prix du lait est trop bas avec un prix des quotas aussi élevé ! Ce sont les éleveurs qui font le prix des quotas. »

Quelle vision avez-vous des éleveurs français ?
S. J. Schenk - « Ils doivent être contents de leur gouvernement car il défend plus l´agriculture que le nôtre ! Mais si j´étais responsable professionnel en France, je me ferai du souci en voyant la stagnation des exploitations françaises face aux évolutions qui se présentent. Ici, les éleveurs râlent sur le prix des quotas, mais s´ils étaient en France, ils râleraient sur le fait que les quotas ne se vendent pas. »
Chiffres clés
22 000 élevages laitiers avec un quota moyen de 450 000 kg.
Prévisions 2015 : 14 000 élevages avec plus de 700 000 kg de quota.
Exportations : 3/4 des produits agricoles.
1 % de la SAU agricole européenne pour 6 % de la production.
480 habitants/km2.
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