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EN ZÉRO PÂTURAGE
Le Gaec de l’Olivette veut produire ses protéines

Face à l’augmentation des cours, le Gaec de l’Olivette a choisi de produire une partie des protéines qu’il consomme. Plusieurs solutions sont déjà en application.

© V. Bargain

«Chez nous, les vaches ne sortent pas, expliquent Pascal et Pierre Bossard et Jean-Marc Cron, associés du Gaec de l’Olivette, à La Chapelle Saint-Laurent, dans les Deux-Sèvres. Nous devons donc trouver des solutions pour leur apporter toute l’année une alimentation riche et saine. » Ces éleveurs ont témoigné de leurs pratiques lors des Terrenales à la ferme, organisées par la coopérative Terrena au printemps dernier.


La ration des 130 vaches laitières, 30 Parthenaises et 40 taurillons laitiers est essentiellement basée sur l’ensilage de maïs et l’ensilage d’herbe, avec une complémentation minérale et un correcteur azoté à base de soja. « Chaque année, nous avons besoin de 200 tonnes de correcteur azoté, précisent les éleveurs. Face à l’augmentation des prix des protéines, nous avons décidé d’en produire une partie en cultivant des légumineuses. Elles peuvent être valorisées sur le troupeau laitier et allaitant. Et elles stabilisent l’azote dans le système racinaire, azote qui est ensuite utilisée par la culture suivante, ce qui représente un gain d’intrant et évite le lessivage. »


Plusieurs pistes ont été explorées, avec plus ou moins de succès. « Il y a quinze ans, nous avons cultivé du pois, indique Pascal Bossard. Mais dans la région, on ne peut pas récolter le pois avant le 14 juillet et les orages de début d’été le couchaient, ce qui rendait la récolte difficile. »


Après le pois, le Gaec a testé le lupin blanc doux. « Le lupin est très riche en protéines, souligne l’éleveur. C’est un excellent substitut au soja. Nous en avons cultivé pendant 7-8 ans. Mais nous avions des problèmes de salissement, de récolte, de séchage. Nous avons finalement arrêté. Nous y reviendrons sans doute quand la recherche aura progressé et nous donnera les moyens techniques de réussir sa culture, sa récolte et sa conservation. »


Dernièrement, le Gaec s’est donc tourné vers le méteil, mélange de céréales et légumineuses (triticale, pois, vesce) ensilé ou récolté en grain. « Le méteil est plus riche en protéines que l’ensilage de céréales immatures traditionnel, souligne Pierre Bossard. Et l’intérêt sur nos terres très filtrantes est que les pluies de printemps assurent sa production sans arrosage. Nous pouvons ainsi garder l’eau pour le maïs, un point important car il nous faut chaque année 50-55 ha de maïs. »


Du méteil pour les génisses et les taurillons


Le méteil, qui apporte de l’encombrement, est distribué aux génisses laitières et aux jeunes bovins. « Récolté jeune, début épiaison, le méteil peut être valorisé sur les vaches laitières avec de très bons résultats, précise Pascal Bossard. Mais nous avons finalement choisi de le récolter au stade pâteux-laiteux pour apporter plus de fibres et remplacer une partie du maïs distribué aux taurillons et aux génisses, ce qui nous permet d’en garder davantage pour les vaches. »


Les taurillons sont alimentés avec deux tiers de méteil et un tiers d’ensilage de maïs distribués à la mélangeuse avec un correcteur azoté. Les génisses reçoivent 10 % de paille, 45 % de méteil et 45 % d’ensilage d’herbe, avec un correcteur azoté et minéral. « Et derrière le méteil, en juin, je sème en dérobé un mélange de moha-trèfle d’Alexandrie valorisé en foin ou enrubannage, précise Jean-Marc Cron. S’il pleut un peu en été, je peux ainsi récolter en septembre de 6 à 12 t/ha de fourrages supplémentaires. »

Une autre solution, mise en place depuis 2011, est la culture pour une récolte en grains d’une association 50 % blé (Athlon)-50 % pois (Enduro). Le rendement en 2011 a été de 40-50 q/ha et devrait être supérieur en 2012. « Pour intégrer ce mélange dans la ration, je prends 100 g de graines et je mesure le pourcentage de pois, explique Pascal Bossard. Puis, avec les tables Inra, je calcule la valeur du mélange. »


Après broyage, celui-ci est distribué aux vaches laitières à raison de 1 à 1,5 kg/jour/vache. « Cela permet d’économiser un peu de correcteur azoté mais dans une petite proportion, peut-être 100 g sur 3,5 kg distribués habituellement. Car la valeur azotée du pois se situe entre celle d’une céréale et celle d’un vrai protéagineux comme le lupin. » Pour multiplier les sources d’apport de protéines, le Gaec de l’Olivette cultive aussi des surfaces importantes de prairies de ray-grass italien-trèfle incarnat, qui sont fauchées ou ensilées.


Blé-pois en farine pour les vaches laitières


« Toutes ces solutions réduisent notre dépendance aux achats de protéines tout en ayant des retombées positives sur le fonctionnement des sols, soulignent les éleveurs. Mais ce n’est pas évident de choisir les bonnes associations et de maîtriser les proportions. Selon le climat, certaines espèces peuvent prendre l’ascendant. En 2011, année sèche, le trèfle incarnat a mal levé et le ray-grass l’a étouffé. Les traitements en culture sont aussi plus difficiles car il y a peu de produits homologués sur les mélanges. Le fourrage plus garni du méteil limite toutefois le développement des adventices et nous utilisons moins d’herbicide. Là où il faut 3-4 doses normalement, nous n’avons besoin que d’une demi- dose. »

De la luzerne pour améliorer l’efficacité de la ration


En 2012, le Gaec de l’Olivette a décidé d’implanter 4 ha de luzerne qui sera valorisée en foin pour les vaches laitières. « Depuis quelques années, nous achetons 50 tonnes par an de luzerne déshydratée en Espagne, indique Pierre Bossard. Par rapport à la paille et au foin de ray-grass, la luzerne a entraîné un gain d’ingestion. Et la technique d’analyse des acides gras du lait montre qu’elle a amélioré l’efficacité laitière de la ration et la santé du troupeau. »


Si le coût de la ration est passé de 3,80 E/jour/VL à 3,90 E/jour/VL, la luzerne a permis de gagner 0,3 l de lait/jour/vache et de produire aujourd’hui 10-12000 l/VL pour un quota de 1,1 M litre. « Toutefois, les prix de la luzerne augmentent, constate Pierre Bossard. Nous avons décidé d’en produire, l’objectif à terme étant d’en avoir 10 à 15 ha. Cela va nous obliger à chauler nos sols car le pH y est de 6,5 alors que la luzerne nécessite un pH supérieur à 7. »

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