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« Le couvert végétal est le couteau suisse de l’agronomie »

Les couverts végétaux assurent de nombreuses fonctions agronomiques et sécurisent l’alimentation des troupeaux. Le semis direct ne peut s’envisager sans les couverts, qui remplacent la charrue.

« On ne devrait pas avoir de sols nus en France, soutient Sarah Singla, agricultrice dans l’Aveyron, agronome et formatrice en agriculture de conservation(1). Partout, en France et dans le monde, on est en train de perdre des sols. S’il y a de l’érosion, c‘est parce les sols sont nus. Pour les préserver, il faut imiter la nature, c’est-à-dire maintenir des plantes vivantes toute l’année. » Couvrir les sols entre les cultures, en hiver comme en été, présente de nombreux bénéfices agronomiques : lutte contre l’érosion, recyclage des éléments minéraux, piégeage des nitrates, contrôle des adventices... Dans les exploitations d’élevage, les couverts végétaux sécurisent aussi le stock fourrager et améliorent sa valeur en protéine. Et, enfin, si les plantes sont correctement choisies, les couverts peuvent remplacer la charrue et autres outils de travail du sol. « Le couvert végétal est la porte d’entrée vers l’agriculture de conservation des sols, affirme Sarah Singla. Le sol doit toujours être travaillé ; si ce n’est pas par les racines, ce sera par le métal. » Et l’agronome de mettre en garde : « le couvert conditionne la réussite du semis direct. Il vaut mieux faire des couverts avec un peu de travail du sol que du semis direct sans couvert ».

Viser un objectif prioritaire

Pour le choix des couverts, on évitera de courir plusieurs lièvres à la fois. « Les couverts doivent être raisonnés par rapport à un objectif principal qui doit être simple, réaliste et facilement atteignable, explique la jeune agronome. En élevage, on cherchera souvent en premier à nourrir le troupeau. Mais on peut aussi vouloir gérer les adventices, casser un cycle de ravageurs, alimenter un méthaniseur, mettre de la biodiversité pour favoriser les abeilles... En fonction de l’objectif principal, on déterminera les plantes les plus adaptées aux conditions pédoclimatiques de ses parcelles. Quand l’objectif principal est réalisé, il en découle les autres avantages. Le couvert végétal est le couteau suisse de l’agronomie. »

Complémentarité des espèces

Le mélange des espèces de plusieurs familles botaniques dans un couvert végétal vise la complémentarité des systèmes racinaires et des ports aériens. Dans le sol, pour explorer les différents horizons afin de mieux les travailler et éviter la concurrence entre plantes pour les éléments minéraux et la réserve hydrique. Au-dessus du sol, pour le couvrir en totalité et gérer les adventices. En élevage, un méteil est un couvert d’hiver approprié pour nourrir les animaux. Composé par exemple de seigle, pois, vesce et radis, il assure aussi ses fonctions agronomiques. La légumineuse capte l’azote de l’air. La graminée structure la surface du sol. « Il faut absolument associer une graminée dans un couvert végétal. C’est une herse rotative, qui ne consomme pas de gas-oil ni de pièce d’usure et fabrique une structure grumeleuse en surface  - l’effet couscous - qui fera un lit de semence très émietté dans lequel on pourra implanter la future culture. » La crucifère, avec sa grosse racine pivotante, creuse le sol en profondeur et assure le drainage de l’eau en excès. On peut rajouter des oléagineux (fonction alimentaire, rupture des cycles de maladies...) et des plantes diverses. En été, un mélange sorgho, pois fourrager, vesce pourpre, trèfle d’Alexandrie répond bien aux différentes fonctions des couverts végétaux. « Il faut se servir du couvert végétal pour mettre des plantes peu ou pas utilisées dans la rotation afin de casser le cycle des maladies et ravageurs », indique enfin Sarah Singla. En règle générale, si on implante au printemps une légumineuse, le couvert végétal précédent est à dominante de graminées et inversement.

(1) www.hums.fr

Une culture à part entière

La quantité de semence, la fertilisation azotée et, en été, la rapidité de semis après la moisson, sont les principales conditions de réussite d’un couvert végétal.

« Les couverts végétaux se raisonnent comme une culture à part entière », affirme Sarah Singla. Première condition de réussite : « semer avec les doses appropriées. La quantité de semence est déterminée par la composition du mélange. Trop souvent, lorsqu’elles sont raisonnées par rapport à un coût par hectare, les quantités semées ne sont pas suffisantes et le couvert ne fait pas son travail. Le couvert est un investissement ». Pour un méteil d’hiver, on sèmera par exemple 150 kg/ha (100 kg de seigle, 25 kg de pois, 25 kg de vesce et 1 kg de radis). Le semis se fait en général entre le 1er et le 15 octobre. Trop tôt, le couvert risque de fleurir avant l’hiver et de geler. Trop tard, il n’aura pas le temps d’avoir son pouvoir couvrant. Plus on sème tard, plus on augmente la densité.

Pour un couvert d’été multiespèces, la règle est de prendre la dose de semence en pur pour une culture donnée et de la diviser par le nombre d’espèces du mélange. Le couvert d’été est toujours plus difficile à implanter. « Il faut semer dans les quatre jours après la moisson pour bénéficier des remontées d’eau par capillarité. » Cela nécessite de s’organiser pour être prêt à semer dès la moisson terminée (matériel, semences...). Veiller aussi à une répartition homogènes des pailles et menues pailles. Un semoir à dents est préférable au semoir à disque si on laisse la paille au sol. Sinon, il faut moissonner le plus haut possible. Mais le semoir à dents fait foisonner un peu plus de terre, ce qui favorise le développement des adventices sur la ligne de semis. Ne pas négliger enfin la fertilisation azotée du couvert selon ce qui est permis par la réglementation. Elle est souvent un facteur limitant.

" On ne sait pas faire sans le glyphosate "

En règle générale, le couvert végétal est détruit avant l’implantation de la culture suivante. Deux voies sont possibles : chimique (glyphosate) ou mécanique (labour et autres outils de travail du sol). Des outils spécifiques de destruction de couverts végétaux (rouleau Faca, broyeur...) commencent à voir le jour, mais leur utilisation ne garantit pas la propreté de la parcelle ni la destruction totale du couvert.

« La recherche a démontré que le désherbage chimique a beaucoup moins d’impact que le désherbage mécanique, en termes d’érosion, de microbiologie des sols, de portance..., affirme Sarah Singla. Aujourd’hui, si on arrive dans des cas précis à se passer de désherbage (chimique ou mécanique), il faut reconnaître qu’à l’échelle d’une rotation, on ne sait pas faire du semis direct sous couvert végétal sans glyphosate. C’est un outil parmi d’autres dans la boîte à outils. S’il est interdit, soit on revient à du travail mécanique, avec toutes les conséquences que l’on connaît, soit on utilisera davantage de produits phytosanitaires, qui coûteront plus cher et auront plus d’impact. Il faut déplacer le débat sur le glyphosate vers une analyse des bénéfices/risques. »

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