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Le Canada en pointe pour l’appréciation du bien-être animal

Dans le cadre d’une démarche nationale, les producteurs de lait progressent en consensus avec le reste de la société.

Elsa Vasseur, originaire de France, est chercheuse à l’université de Guelph.
Elsa Vasseur, originaire de France, est chercheuse à l’université de Guelph.
© T. Hétreau

Au printemps dernier, des images filmées dans une grande exploitation laitière de Colombie Britannique ont fait grand bruit ; on y voyait, filmé en caméra cachée et savamment monté par une association de protection des animaux – Mercy for Animals — , des employés qui s’énervaient sur des vaches hésitant à entrer dans un roto et qui en déplaçaient d’autres suspendues par le cou car elles s’étaient coincées en tombant. L’impact médiatique a été fort. La laiterie Saputo, numéro 1 au Canada, a décidé de suspendre la collecte, et les vachers ont été renvoyés. Et au niveau juridique, la province de Colombie a décidé de transformer le code de bonnes pratiques, à valeur incitative, en texte de loi opposable au tiers. N’importe quel citoyen peut désormais se prévaloir du texte et assigner au tribunal un éleveur qui ne le respecterait pas.

Rendre l’élevage laitier moins vulnérable aux vidéos choc

C’est pour se prémunir des dégâts collatéraux de telles crises que la filière canadienne a initié il y a plus de dix ans un travail de fond. « Il ne suffit plus aujourd’hui, en tant que producteur, d’afficher qu’on aime son travail ; il faut en apporter la preuve, entre autres grâce à une démarche qualité évaluée de façon objective », affirme Elsa Vasseur, chercheuse à l’université de Guelph.  Ainsi les affirmations gratuites du style « derrière presque chaque verre de lait (….) il y a des actes de cruauté envers les animaux » n’auront pas de retentissement. L’élevage laitier sera moins vulnérable face aux activistes amateurs de vidéos choc.

Une démarche qualité évaluée de façon objective

La démarche canadienne va très concrètement impacter la vie des exploitations laitières dans les années à venir. En 2009, un code des bonnes pratiques détaillant les recommandations et les exigences en matière de soins et de bien-être animal est paru. Il est le fruit d’un groupe de travail associant ministère, transformateurs, distributeurs, sociétés de protection animale, éleveurs, chercheurs et organismes d’élevages. Aujourd’hui, les audits se mettent en place, les paramètres de références (nombre moyen de boiteries en élevage, technique d’écornage…) sont solidement établis par les chercheurs. « Une feuille de route est arrêtée pour les années à venir. Le but affiché est de faire progresser les élevages classés dans le quart inférieur. Ils seront incités en 2017-2018 à mettre en œuvre un changement sur leur ferme (appel au vétérinaire, mise en place d’un pédiluve, modification du logement…). Les seuils d’alerte sont dynamiques et font l’objet de révisions », souligne Elsa Vasseur, membre active du comité de pilotage et chargée du développement d’outils de conseils aux producteurs de lait.

La personne qui auditera ne sera pas forcément la même que celle qui enregistrera les résultats. Seront mis à contribution les vétérinaires, les pointeurs, les conseillers d’élevage, les inspecteurs bio. Le cahier des charges sera le même pour l’agriculture conventionnelle et biologique. « La formation des auditeurs est cruciale pour que l’appréciation reste objective ; elle fait partie intégrante du programme. »

Les audits en élevage sont en train de se mettre en place

« Les éleveurs ne vivent pas cela comme une contrainte de plus car ils soutiennent la recherche pour qu’elle leur permette d’améliorer constamment leur élevage », affirme la chercheuse. Le programme porte d’ailleurs dans son intitulé « soins aux animaux » ; soigner les vaches, c’est à la fois s’en occuper quotidiennement, y compris la distribution de l’aliment, et dispenser les traitements nécessaires, les soins petits et grands. « Il exprime bien toute l’attention que portent les éleveurs dans leur très grande majorité à leur troupeau.

« Le logo inspire confiance»

« Au Canada, les consommateurs accordent de l’importance au logo de la vache bleue, symbole des produits canadiens. Celui-ci revêt plus d’importance que les labels de qualité du type de ceux qui existent en France. Il inspire confiance.

Les Canadiens ont une approche du bien-être qui associe les producteurs et l’industrie, alors que les Américains mettent l’accent sur les aspects juridiques. Parmi les productions animales, ce sont les producteurs de lait qui ont avancé le plus vite dans les démarches, notamment par rapport aux secteurs porc et volaille. Tant que le marché du lait se porte plutôt bien, ils anticipent pour espérer conforter leur production, notamment au cas où les quotas viendraient à disparaître. »

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