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L’agrandissement des élevages s’accélère depuis 2005

La forte croissance des ateliers laitiers a permis de mieux rentabiliser les investissements en bâtiments et équipements à partir de 2007. Mais les économies de taille plafonnent en France à partir de 600-700 000 litres de lait.

© A. Conté

«Depuis 2005, le secteur laitier français s’est mis en mouvement, a affirmé Christophe Perrot de l’Institut de l’élevage aux journées 3R. On est entré dans une phase de sortie progressive des quotas. Ceux-ci sont devenus de moins en moins contraignants : le lien au foncier s’est détendu, leur mobilité s’est accrue. De 10 à 30% des exploitations seulement étaient encore limitées par leur quota sur la campagne 2013-2014 sauf dans l’Ouest et le massif du Jura (une exploitation sur deux). »

Résultat, depuis 2005, on assiste à une « forte accélération de l’agrandissement des élevages. Les ateliers de plus de 100 vaches — 5 000 fin 2013 — prennent de plus en plus d’importance et vont continuer à le faire (voir p. 11) ».

Cet agrandissement présente-t-il un intérêt économique ?

Cette croissance s’est généralisée. « 70 % des élevages ont vu leur taille progresser entre 2007/2008 et 2013/2014, avec une croissance moyenne qui se situe entre 20% (dans le massif du Jura) et 30% ».

La croissance a été particulièrement spectaculaire dans les grandes exploitations : 30% des fermes ayant plus de 100 vaches en 2013 en avaient moins de 72 en 2006. Mais elles ne sont pas les seules concernées.

« En montagne, les taux de croissance sont aussi élevés qu’en plaine. Mais comme la taille initiale était nettement plus faible (200 000 litres au lieu de 333 000), la progression est plus faible (26 000 litres contre 47 000). L’écart entre plaine et montagne continue donc à se creuser. »

En revanche dans les zones de déprise laitière (bassin parisien, aquitain ou coteaux secs du Sud Ouest), l’appétit de croissance est beaucoup moins net : la moitié seulement des exploitations ont accru leurs livraisons, même si elles l’ont fait dans les mêmes proportions qu’ailleurs. L’agrandissement des élevages s’est accompagné d’une forte hausse de la productivité du travail, avec la poursuite de la substitution du capital au travail. Le nombre d’UTA par exploitation a en effet peu évolué (de 1,62 à 1,71) alors que la production moyenne est passée de 254 000 litres en 2006 à 346 000 litres en 2011 dans les exploitations laitières spécialisées du Rica.

Un dérapage du coût alimentaire dans les grandes exploitations

Cet agrandissement présente-t-il un intérêt économique ? « Jusqu’en 2006, l’analyse des données du Rica ne montre pas d’e et de la taille sur le revenu par unité de main-d’oeuvre, constate Christophe Perrot.

Mais, à partir de 2007, on commence à voir des économies de taille (1) qui vont en s’accentuant (à l’exception de 2009) et ont été particulièrement fortes en 2011. Ceci s’explique notamment par un meilleur taux d’utilisation des bâtiments et équipements. Jusqu’en 2007, les bâtiments étaient souvent surdimensionnés : suite au plan de mise aux normes (PMPOA), les exploitations avaient dans les années 2000 été incitées à investir. »

Cet impact positif de la dimension de l’atelier sur le revenu par UTA semble toutefois s’arrêter à 600-700 000 litres pour les exploitations françaises de plaine. « Le coût de production (2) le plus bas est atteint autour de 600 000 litres (430 €/t - Rica 2011) grâce à une meilleure dilution des charges de mécanisation et de bâtiment. Au-delà, il commence à augmenter, notamment à cause du coût alimentaire qui s’accroît au fur et à mesure que les exploitations grandissent ».

Des économies de taille qui s’arrêtent plus vite qu’en Allemagne

«Les économies de taille s’arrêtent plus vite en France que dans d’autres pays», souligne Christophe Perrot, chiffres du Rica 2011 à l’appui. En Allemagne du Nord, le coût de production (travail compris) diminue jusqu’à un million de litres. Aux Pays-Bas, on continue à observer une baisse du coût de production sur les exploitations de plus de 1,8 million de litres : il semble ne pas y avoir de limite. Aux Pays-Bas, l’analyse du coût de production montre que le coût de la délégation des travaux diminue avec la taille des élevages, et que le coût alimentaire n’est pas plus élevé dans ceux de grande dimension.

«Dans ces pays, les grandes exploitations sont en place depuis plus longtemps, avance-t-il. Elles sont aussi plus fréquentes ce qui augmente les possibilités d’échange ou de recourir à des services et conseils particulièrement adaptés. En France, certaines exploitations ont augmenté très rapidement leur cheptel et leur production laitière. On peut penser qu’il reste une marge de progrès sur la maîtrise des charges opérationnelles et une utilisation plus complète de la capacité de production ».

Christophe Perrot nuance toutefois cet effet positif de la taille de l’atelier laitier sur le revenu. «La taille n’explique que très partiellement —pour un quart d’après l’analyse statistique — la variabilité de rémunération du travail entre exploitations. Il y a d’autres stratégies pour améliorer le revenu basées sur une plus forte maîtrise des charges (système économe) ou sur une plus forte valeur ajoutée (par exemple la bio…). »

Il souligne aussi « l’effet amplificateur de la volatilité des prix : plus le volume produit est important, plus le revenu est sensible aux variations de prix du lait et des intrants. On peut gagner beaucoup les bonnes années mais on peut perdre aussi beaucoup les mauvaises années, comme le prouve, jusqu’à l’extrême, l’exemple danois. »

(1) Terme préférable à celui d’économies d’échelle qui supposent que les proportions entre facteurs de production sont conservées.

(2) Méthode Institut de l’élevage avec une main-d’oeuvre familiale rémunérée à 1,5 Smic.

Pas d’économie de taille en Irlande et au Danemark

« On n’observe pas vraiment d’économie de taille dans les systèmes low cost pâturants irlandais », constate Christophe Perrot. De plus, au-delà de 500 000 litres de lait, les élevages irlandais semblent devoir évoluer vers des systèmes plus coûteux. »

Au Danemark, on constate même des deséconomies de taille : le coût de production des grands élevages est plus élevé que dans les ateliers de taille moyenne. « La susbtitution capital-travail a été très rapide avec des investissements dans des étables jusqu’à 9-10 000 €/place ; elle a été financée de façon très risquée. Mais il existe de grosses différences entre exploitations ».

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