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L’abandon du glyphosate a un coût

Il n’est pas impossible de se passer de glyphosate pour contrôler ses adventices en interculture ou détruire ses couverts en système de non labour. Mais à quel prix ? Tour des alternatives avec l’Inra et les témoignages de trois agriculteurs.

Le glyphosate vit ses dernières années d’utilisation dans les pays de l’Union européenne. Décidée fin novembre 2017, la durée de sa réautorisation a été raccourcie à cinq ans. En France, le gouvernement a finalement retiré du projet de loi issu des EGA l'amendement anticipant son interdiction à partir de juillet 2021.

Dans un rapport sur les usages et alternatives au glyphosate(1), l’Inra met en lumière les difficultés liées à sa disparition. Toutefois, dans le réseau de fermes Dephy, 50% des systèmes avec labour et 25% de ceux avec travail du sol sans retournement de la terre n’utilisent jamais de glyphosate. Ce constat fait dire à l’Inra qu’ "il est possible, dans des conditions appropriées, de s’affranchir de l’utilisation de ce produit avec ce type de stratégie ». Fort de son analyse, l’institut propose donc des solutions alternatives.

Le travail du sol, alternative la plus efficace au glyphosate

Le glyphosate sert avant tout à détruire les adventices à l’interculture. Comme alternative, l’Inra met en avant le travail du sol en préparation du semis de la culture, avec ou sans retournement. Mais les rapporteurs notent que « tous les sols ne sont pas propices à ce type d’intervention comme les sols difficiles, superficiels, facilement engorgés ou riches en cailloux ou encore les terres riches en argile. ». Ce sont surtout les territoires classés à fort risque d’érosion qui posent question car le travail du sol y est déconseillé : « les techniques de semis direct sous couvert y seront logiquement souvent privilégiées ».

Autre solution : « l’implantation de couverts végétaux à forte densité avec des espèces gélives et sensibles au rouleau hacheur pour réguler le développement des adventices et repousses de la culture précédente. Mais l’efficacité est souvent imparfaite sur les adventices et la destruction du couvert semé peut être une difficulté. » Quant aux solutions de désherbage chimique, il n’y en a pas d’équivalentes en performance au glyphosate, notamment pour se débarrasser des vivaces. L’Inra énumère comme solutions l’utilisation d’outils de travail du sol adaptés à chaque espèce visée à l’interculture, le désherbage chimique en culture, l’implantation de prairies temporaires pluriannuelles dans la rotation comme la luzerne, « alternative non généralisable ».

Le glyphosate sert aussi à détruire des couverts d’interculture. Là encore, l’Inra met en avant le travail du sol "qui est le mode le plus sûr de destruction de ces couverts et ce, d'autant plus que des plantes adventices annuelles s'y sont développées". Les rapporteurs citent le labour, ou l’utilisation d’outils à socs pattes d’oie pour prendre un exemple de technique sans retournement du sol. Des interventions mécaniques avec des outils adaptés sont efficaces sur les couverts avec toutefois des adventices qui peuvent ne pas être affectées. On peut compter sur le gel dans les régions suffisamment froides et en ayant choisi des espèces et génotypes de plantes sensibles au gel.

Prise seule, une technique alternative ne saurait venir à bout des adventices à l’interculture, et/ou de la destruction de la culture intermédiaire. Il faut combiner différents moyens. Mais à efficacité et coût équivalent, il n’existe pas d’alternative au glyphosate pour se débarrasser des adventices à l’interculture ou pour détruire les cultures intermédiaires.

(1) novembre 2017 sur http://bit.ly/2BuQhsG
 « Difficile en non labour »

Peu de surfaces labourées reçoivent du glyphosate.

L’utilisation du glyphosate dans les fermes Dephy

Gestion des mauvaises herbes à l’interculture : 70%
Destruction du couvert d’interculture : 26%
Destruction des prairies : 4%

Pas de semis direct sans glyphosate

La stratégie de semis direct sous couverture végétale sera orpheline si on lui retire le glyphosate. 100% des fermes Dephy en semis direct utilisent du glyphosate. Cette « agriculture de conservation" concerne 3% des agriculteurs. Selon l’Inra, sans glyphosate, « il faudra réintroduire du travail du sol avec une perte d’une partie des bénéfices environnementaux imputables au semis direct. Mais la perte sera temporaire.» 

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