Aller au contenu principal

La ténacité des producteurs basques

La CLPB, coopérative de collecte, a fait le pari de la transformation. Un pari audacieux mais en bonne voie d’être gagné grâce aux efforts financiers consentis par les producteurs.

Rien n’est encore acquis, mais nous sommes plus confiants qu’il y a un an ou deux », affirme avec prudence Jean Mollon, président de la coopérative laitière du Pays basque. La CLPB, coopérative de collecte de lait de vache et de brebis fondée dans les années 1970, a investi 6 millions d’euros pour créer une fromagerie aux Aldudes dans les Pyrénées-Atlantiques, qui a ouvert ses portes en février 2014. Une décision prise trois ans plus tôt alors qu’elle affinait déjà, dans ses propres caves, 50 tonnes de fromages de brebis fabriqués à façon. Comme toutes les coopératives de collecte, la CLPB était confrontée à des difficultés de valorisation du lait, aussi bien en vache (marché spot) qu’en brebis (perte des contrats de vente en 2011 qui a conduit à une grave crise et au départ de producteurs). Aujourd’hui, elle collecte un peu plus de 3 millions de litres de lait de vache (20 producteurs) et 1,3 million de litres de lait de brebis (40 producteurs). Le bâtiment et le foncier (1,2 million d’euros dont 300 000 euros de subvention) ont été financés en crédit-bail par la communauté des communes. La coopérative a bénéficié de 1,8 million d’euros de subventions (région, département, FranceAgriMer, Union européenne). Les 3 millions restants ont été financés par des emprunts (70 %) et autofinancés (30 %).

Lait demi-écrémé, beurre et fromages

La CLPB a développé une gamme très diversifiée de fromages de brebis et de vache identifiés au territoire. Elle dispose de deux lignes de fabrication : pâtes pressées en lait de vaches et brebis (dont l’AOP ossau-iraty), et pâtes molles, qui sont déclinées en lait pasteurisé et en lait cru. Mais, le lait de vache est surtout valorisé en lait UHT demi-écrémé et en beurre, identifiés Bleu Blanc Cœur (BBC). « Nous écrémons le lait chez nous, puis nous l’envoyons chez un partenaire espagnol qui nous garantit que c’est bien notre lait qui nous sera renvoyé en briques », explique Jean Mollon. La coopérative commercialise un million de litres de lait en direct, avec un packaging marketé Pays basque, et vend un million de litres de lait demi-écrémé à une entreprise agroalimentaire (Miguelgorry). « La démarche Bleu Blanc Cœur nous a permis de rentrer dans les collectivités pour lesquelles nous fabriquons des portions individuelles en coque », poursuit le président. La coopérative ne transforme pour l’instant qu’un peu plus de la moitié du lait de brebis.

24 % de capital social et délais de paiement

La CLPB a eu de grosses difficultés pour faire sa place sur un marché local des fromages très concurrentiel. Les difficultés de trésorerie ont failli faire capoter le projet. Les producteurs ont consenti de très gros efforts financiers. Ils ont souscrit un capital social à hauteur de 24 % de la paye annuelle et accepté un délai de paiement du lait de quatre mois, qui s’est finalement avéré bien plus long (un an). Certains éleveurs de brebis, qui ne pouvaient pas supporter un tel sacrifice financier, se sont mis en retrait de la coopérative, en attendant des jours meilleurs. En ce début d’année, le lait de vache était rémunéré 285 euros/1 000 litres en prix de base, auquel s’ajoute une prime BBC (0 à 30 €). « Cette année, on devrait pouvoir payer le lait dans les conditions prévues au départ (délai de 4 mois), assure Jean Mollon. Il n’était pas facile de passer de 50 à 500 tonnes de fromages. Avec de nouveaux partenariats qui vont se concrétiser dans les prochains mois, nous y sommes presque. »

Financement participatif et partenariat

En 2015, confrontée à des difficultés de trésorerie consécutives à un démarrage difficile de la commercialisation, la CLPB a lancé deux opérations de financement participatif, via la plateforme Bulb in town, qui ont rencontré un véritable succès. La première a permis de collecter 138 000 euros de dons en trois semaines et la seconde 416 000 euros de capital. Une SAS (Fromagerie des Aldudes) a été créée pour assurer la commercialisation des fromages. La coopérative a également signé un partenariat avec une PME locale de l’agroalimentaire (Miguelgorry) pour commercialiser les fromages en grande distribution.

Les plus lus

<em class="placeholder">Gisèle Fouvet et ses fils </em>
« Nous avons quitté Biolait à cause de leur prix du lait, et avons pu trouver une nouvelle laiterie en bio »

Le Gaec des Fayes, en Ardèche, a quitté Biolait dans la précipitation. Les éleveurs ont pu être repris par la laiterie…

<em class="placeholder">Gilles Bonnet, éleveur dans le Tarn, sur son escalier fait maison</em>
Astuce d'éleveur : Une passerelle surélevée pour incorporer de l’eau dans la mélangeuse

Gilles Bonnet, éleveur dans le Tarn, a bricolé un escalier et sa plateforme avec une arrivée d’eau pour pouvoir apporter, en…

Collecte du lait (à la ferme)
Prix du lait : « Ce n’est pas à la France de faire l’effort de réduire sa production de lait »

Face à un prix du lait qui décroche du fait d’une hausse de la production mondiale, au salon de l'Agriculture 2026, la FNPL…

<em class="placeholder">Alexandre Caillon. &quot;J&#039;ai réduit la pénibilité et mieux lissé la charge de travail avec les robots.&quot;</em>
« J’ai modernisé mon bâtiment et réduit ma production laitière pour gérer seul ma ferme », en Loire-Atlantique

Alexandre Caillon a rapidement intégré la traite robotisée pour augmenter sa moyenne à 36 kg par vache et mieux lisser sa…

<em class="placeholder">site de transformation laitière en France</em>
Prix du lait : les industriels laitiers français manquent-ils de compétitivité ?

Durant un an et demi, le prix français a été largement distancé par nos voisins d’Europe du Nord. La compétitivité des…

<em class="placeholder">Bastien Charré à droite avec les deux salariés du Gaec, Baptiste (nom ?) et Charline Bonnevin</em>
« Avec mes salariés agricoles, nous cultivons une relation gagnant-gagnant », en Charente-Maritime

Le Gaec Le Grand Pré en Charente Maritime a basculé d’une ferme familiale à un fonctionnement patron-salariés : Bastien…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 108€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière