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La spécialisation à outrance des éleveurs néerlandais

Exportation des effluents, achat de maïs et de concentrés... les éleveurs néerlandais explorent toutes les voies pour augmenter encore leur production laitière. Les chercheurs aussi.

Les stabulations sont bien ouvertes sur les côtés, avec des filets brise-vent, même dans ces régions très au Nord.
Les stabulations sont bien ouvertes sur les côtés, avec des filets brise-vent, même dans ces régions très au Nord.
© BTPL

Le BTPL (bureau technique de promotion laitière) a emmené un groupe de quarante-deux éleveurs français visiter le Nord des Pays-Bas - cantons de Frise et Groningen. Le 20 novembre, ils ont traversé des paysages de prairies, ponctués de quelques champs de maïs. Sur ces bonnes terres, l'herbe supplante les grandes cultures. Le prix du lait y est bon, les éleveurs confiants.
Très peu d'animaux étaient dehors. « Même à la belle saison, les vaches pâturent très peu. Ce sont surtout les taries et les génisses qui pâturent. Le foncier, rare et très cher (de 35 000 à 80 000 euros), et le bon potentiel des sols, poussent à l'intensification du système », exposent Dominique Lagel et Michel Deraedt, ingénieurs conseil au BTPL. Les deux élevages visités par le groupe (2 et 2,5 millions de litres de référence chacun) montent à plus de 20 000 litres par hectare.


Minimiser le nombre d'animaux improductifs


Pour atteindre ces niveaux, la spécialisation en lait est poussée à son maximum. Les éleveurs minimisent le nombre d'animaux improductifs. « Le premier élevage affiche 20 % de réforme, 25 % de taux de renouvellement, il utilise de la semence sexée. » Les rations vaches laitières sont homogènes sur l'année, à base d'ensilage d'herbe et de maïs autoproduit ou acheté (20 % de la ration de base), complémentés par des concentrés. « Ce sont des concentrés moins riches en protéines que chez nous (16 à 18 % MAT). Le second élevage distribue 3,1 tonnes de concentrés par vache, soit 326 g/l. Le premier élevage apporte 2 t/VL/an. Près du port de Rotterdam, le concentré coûte moins cher. Ils achètent avec des contrats, de gros volumes. Le coût alimentaire reste maîtrisé. »
La spécialisation de la SAU en herbe, au détriment du maïs, tient au climat et à la dérogation nitrates. Les éleveurs néerlandais peuvent demander à déroger au plafond des 170 kg d'azote organique, si au moins 70 % de leur SAU est en herbe (lire Réussir Lait, n° 275, p. 22 pour en savoir plus). La quasi totalité des éleveurs la demandent, ce qui leur permet de fertiliser à de hauts niveaux ; par exemple trois apports d'azote minéral de 100, 50 et 50 unités, plus l'épandage de 200 unités d'azote organique, dans le premier élevage visité. « Comme la prairie produit beaucoup -- 15 t MS/ha avec 4 à 5 coupes par an (la prairie est renouvelée tous les dix ans au plus tard) --, la balance azotée n'est pas si excédentaire ; l'azote est bien valorisé. »


Une séparation de phase « extrême » du lisier


Plus de lait par hectare signifie plus d'effluents par hectare. Les éleveurs ne s'en affolent pas : ils exportent apparemment facilement leur lisier. « Le premier éleveur visité trouve toujours preneur. Il paye 4 EUR/m3 pour qu'on le lui prenne. Avant, ça lui coûtait 12 EUR , et ça diminue encore ! Preuve que les effluents sont recherchés. Le second éleveur échange avec un voisin son lisier contre de l'ensilage de maïs. »
Ceci dit, la contrainte environnementale et les possibilités d'épandage sont un facteur limitant. D'où les travaux menés par un centre de recherche lié à l'Université de Wagueningen. « Il teste une colonne de raffinage de la phase liquide du lisier, après séparation de phase du lisier. Le but est de produire d'un côté de l'eau, qui sert pour l'instant à l'irrigation, et d'un autre côté un engrais NPK qu'ils souhaitent normer pour pouvoir le vendre. »

Les conditions d'emprunt facilitent les investissements


Pour réduire l'impact de l'élevage sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) et de particules, des essais sont conduits sur les sols des stabulations, le rainurage... « L'objectif est de séparer rapidement l'urine du lisier, et minimiser ainsi les émissions de GES. Les Hollandais disent que ces dernières années, la part de bâtiments avec couloirs pleins raclés est croissante (par rapport aux fosses sous caillebotis), pour prendre en compte les objectifs environnementaux. »
Le prix du lait et la dynamique des industriels stimulent les projets d'agrandissement et d'investissement dans les fermes. Mais les conditions de financement jouent aussi un rôle important. « Le premier éleveur a obtenu un emprunt à moins de 1 % de taux d'intérêt, pour une durée de 20 ans, en négociant auprès des banques. Il rencontre son banquier deux fois par an pour faire le point. C'est courant dans les pays nordiques ; le banquier veut connaître la prévision chiffrée du projet, et il suit les résultats et l'évolution du projet. Il faut dire que les montants et les durées d'emprunt ne sont pas les mêmes ! (130 EUR/1 000 l d'annuités pour 5,5 millions d'euros de dettes, chez le premier éleveur). »

Chiffres clés


o 65 % des surfaces agricoles sont dédiées au lait
o 44 % de la SAU est toujours en herbe
o 17 000 exploitations laitières majoritairement spécialisés
o 11,740 millions de tonnes de référence laitière
o 673 000 kg de référence laitière par ferme
o 14 000 kg de référence par hectare de SAU
o 8100 litres par vache laitière par an


Source : Université de Wageningen

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