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La luzerne en milieu acide, c’est possible

Même si la luzerne préfère les sols sains au pH supérieur à 6,5, il est possible d’en cultiver en milieu acide. Le chaulage et l’analyse des sols sont alors essentiels.

«Avec l’augmentation du prix des protéines, de plus en plus d’éleveurs, même dans nos régions aux sols acides, se lancent dans la culture de la luzerne, avec des réussites diverses », constate Gérard Hoppenreys, conseiller à la chambre d’agriculture des Deux-Sèvres.


Éleveur dans le Nord des Deux-Sèvres, avec 225 hectares, 550 000 litres de lait et 1 200 m2 de volailles, Claude Gouffié, du Gaec Les Thébaudières, s’est lancé dans cette culture il y a deux ans. « Mon objectif était de produire une partie de mes protéines et de remplacer la paille, qui n’a qu’une valeur de mastication, par du foin de luzerne qui apporte des protéines et des fibres » précise-t-il.


La luzerne a été mise en place sur deux ans sur une parcelle de huit hectares. « J’ai essayé de choisir une parcelle assez saine car mes sols sont hétérogènes, plutôt humides l’hiver et secs en été, précise l’éleveur. Et parce qu’ils sont peu profonds et acides, je fais particulièrement attention au chaulage. »


Constitués de 30 cm de sables et limons sur granite, les sols présentent à la base un pH d’environ 5,8. Tous les trois ans, Claude Gouffié apporte donc sur toutes ses terres 1,2 t/ha de chaux magnésienne humide à 50 % de CaO, soit 5- 600 kg/ha de CaO. Et sur la parcelle en luzerne, c’est chaque année qu’il apporte désormais la même quantité. « Cela me permet de maintenir un pH de 6 à 6,5 », indique-t-il.


Apport de molybdène la première année


Sur les conseils de son fournisseur, mais sans faire d’analyse de sol, il a également apporté du molybdène sur la parcelle la première année. « Dans ces régions, les sols manquent souvent de molybdène et de bore, qui sont indispensables au bon fonctionnement des nodosités, explique Paul Rouvraud, de Jouffray-Drillaud. Mais une analyse de sol est indispensable pour ajuster les apports d’oligoéléments. Un excès de molybdène peut par ailleurs être toxique pour les rhizobium et dans le fourrage pour les animaux. »


Chaque année, l’éleveur épand également 10 t/ha de fumier composté de bovin et volaille. Et sur la luzerne, il a fait deux apports de potasse sous forme de chlorure de potassium.


L’inoculation est obligatoire en terre acide


La luzerne a été semée début septembre, après du moha (semoir aïtchenson) sur une partie de la parcelle et après du blé sur l’autre partie (semoir traditionnel). Le sol a été préparé par déchaumage, décompactage puis repris avant le semis à la herse rotative et au rouleau.


Parce qu’il débutait dans la luzerne, Claude Gouffié a choisi d’implanter un mélange de deux variétés de luzerne à 25 kg/ha et de fétuque des prés à 5 kg/ha. « J’ai choisi de faire un mélange luzerne-fétuque car la fétuque limite le salissement et je ne voulais pas désherber, souligne-t-il. Je me disais aussi qu’en cas d’échec de la luzerne, comme mes sols sont hétérogènes et humides à certains endroits, il y aurait toujours la fétuque. Et j’ai associé deux variétés de luzerne pour minimiser les risques climatiques. »


Les variétés, Marshal et Europe, ont également été choisies pour leurs grosses tiges, l’objectif étant d’avoir de la fibre pour remplacer la paille. « Toutefois, de grosses tiges signifient une moindre qualité de la luzerne, estime Paul Rouvraud. De plus, Europe est une vieille variété non tolérante aux nématodes, alors qu’il existe aujourd’hui des variétés tolérantes aux nématodes et aux maladies foliaires et plus riches en énergie et protéines. »


Les semences ont été inoculées avec du rhizobium. « En zone argilo-calcaire, il y a toujours un peu de luzerne et donc des bactéries présentes dans l’environnement, souligne Paul Rouvraud. Mais en zone acide, s’il n’y a pas eu de luzerne depuis 10 ans, l’inoculation est obligatoire. »


En 2012, Claude Gouffié a par ailleurs irrigué la luzerne une fois. Mais il n’a fait aucun désherbage.


8 tMS/ha sur des sols à faible potentiel


La fauche, à 8 cm de hauteur, se fait à la faucheuse conditionneuse à rouleau et est immédiatement suivie d’un fanage. L’andainage est réalisé trois jours après, le matin.

La première année, l’éleveur a réalisé une coupe d’enrubannage et une coupe de foin.

Et la deuxième année, il a fait une coupe d’enrubannage mi mai (3,4 tMS/ha), une coupe de foin le 20 juin (2,5 tMS/ha) et une coupe de foin le 25 juillet ( 2 tMS/ha), après laquelle il a laissé fleurir la luzerne, avant de faire éventuellement une 4e coupe. « Il est indispensable de laisser fleurir la luzerne pour qu’elle reconstitue ses réserves, souligne Paul Rouvraud. Mais il suffit que 20 % des tiges fleurissent et l’idéal est de le faire à la 2e coupe, avant qu’il ne fasse trop chaud. »


En 2012, sur des terres à faible potentiel (rendement de 65 q/ha en blé en 2012, 6-7 t/ha en maïs), l’éleveur a ainsi récolté près de 8 tMS/ha, un résultat qu’il juge satisfaisant pour ses sols et qui lui permet d’économiser 1,25 kg de tourteau de colza par vache.

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