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LA LUTTE CONTRE LA FIÈVRE CATARRHALE S’INTENSIFIE

La gestion de la fièvre catarrhale ovine, maladie mal connue, a fait l’objet de bien des péripéties. Avec l’arrivée de la vaccination, elle prend une nouvelle tournure que chacun veut espérer plus sereine.

Chaque jour ou presque apporte son lot de nouvelles. Lorsqu’en août 2006, le sérotype 8 de la fièvre catarrhale ovine (FCO) est apparu en Europe du Nord, de façon inopinée et toujours inexpliquée, il était difficile d’imaginer que l’épidémie susciterait autant de péripéties et prendrait l’ampleur qui est la sienne aujourd’hui. Six foyers notifiés en France fin 2006, environ 19000 début avril 2008: hormis l’extrême Ouest et une poignée de départements du Sud encore en zone indemne, presque tout le territoire national est concerné. Plus de 45000 cas ont été répertoriés en Europe.
À l’automne dernier, deux foyers de FCO à sérotype 1 ont été identifiés dans deux départements du Sud-Ouest (Pyrénées-Atlantiques et Landes). Deux nouveaux foyers se sont déclarés fin mars; les zones réglementées des deux sérotypes commencent à se croiser. C’est seulement depuis l’automne dernier, lorsque sont apparus des signes cliniques parfois très importants sur les bovins, que l’on a véritablement pris la mesure de la gravité de la situation.Avec l’arrivée de la vaccination, le contrôle de la FCO devrait prendre une nouvelle tournure. Elle est d’autant plus indispensable que tous les experts s’accordent sur une reprise de la virulence de la maladie avec les beaux jours et son extension.
Face à cette maladie à vecteur, c’est-à-dire transmise par l’intermédiaire d’un insecte piqueur (culicoïdes), chacun savait dès le départ que le seul véritable moyen de lutte, était la vaccination. Mais, en attendant la disponibilité du vaccin, des mesures sanitaires de contrôle des mouvements de ruminants, associées à une désinsectisation (animaux, moyens de transport, centres d’allotement), ont été prises afin de freiner sa propagation.
La gestion de l’épizootie a souvent donné une impression de tâtonnement, voire d’incohérence, de la part des pouvoirs publics. À leur décharge, Martial Pineau, responsable du dossier FCO à Interbev, rappelle la nouveauté de la situation : « Au départ, on avait à faire à une maladie peu connue, considérée comme exotique, qui ne touchait quasiment pas l’Europe. Quand elle est arrivée, on s’est aperçu que la réglementation européenne était difficilement applicable et qu’il fallait la revoir complètement. » Un nouveau règlement a donc été adopté à l’automne dernier avec une « double difficulté : il fallait prendre des mesures pragmatiques tout en luttant au maximum contre la maladie mais en étant confronté au fait que les connaissances sur la maladie arrivent au jour le jour. Beaucoup d’éleveurs se disent qu’on ne maîtrise rien. Oui, c’est un fait : aujourd’hui, les scientifiques ne maîtrisent pas encore toutes les connaissances sur la maladie ».

L'ITALIE EXIGE DES ANIMAUX VACCINÉS
Face à une situation aussi évolutive, Martial Pineau pointe également du doigt les difficultés de communication: « Comment informer au quotidien tous les éleveurs français ? On n’a pas vraiment la solution. Il faut faire des points réguliers… » Et de constater que, souvent, les éleveurs se sont vraiment préoccupés de la FCO seulement lorsqu’ils rentraient en zone réglementée. Une gestion d’autant plus difficile à comprendre que les décisions sanitaires prises à l’automne n’ont pas empêché l’extension de la maladie.
Là encore, il ne faut pas se tromper sur l’objet des mesures mises en oeuvre, explique Martial Pineau : « L’objectif de la réglementation ne pouvait être que d’empêcher une progression non naturelle de la maladie au travers des mouvements d’animaux. Il fallait éviter qu’un animal atteint dans le Nord de la France aille créer de nouveaux foyers à plusieurs centaines de kilomètres. » La fermeture de la frontière italienne aux animaux français est sans doute l’évènement qui a suscité le plus d’exaspération.
Tout semblait à peu près calé depuis qu’à l’automne dernier des décisions communautaires avaient harmonisé les conditions de circulation au sein de l’Union européenne sur la base d’un zonage simplifié. C’était sans compter sur l’Italie qui, depuis le 4 mars, s’est soustraite aux règles communautaires prenant une clause de sauvegarde à l’encontre de la France et exige que les animaux soient vaccinés. Les autorités sanitaires italiennes se sont appuyées pour cela, entre autres, sur un rapport européen montrant des insuffisances dans la gestion de la maladie en France, notamment en matière de désinsectisation, et sur les résultats de contrôles effectués sur des bovins français importés à partir des zones réglementées. Sensés être indemne de FCO, quelque 3 % auraient été testés positifs. Un cas de FCO à sérotype 8, signalé officiellement courant mars dans un élevage laitier, a conforté l’Italie dans cette décision.

"ON EN A POUR DES ANNÉES"
Le ministre français de l’Agriculture a déposé un recours à Bruxelles. Mais, début avril, l’Italie semblait confortée dans sa décision. Une modification du règlement communautaire a en effet été proposée par le CPCasa (Comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale). Elle permettra aux États membres de « restreindre l’entrée sur leur territoire, en provenance de zones atteintes, aux seuls animaux vaccinés sauf pour ceux qui ont moins de quatre mois », explique Martial Pineau. La proposition a été entérinée par la Commission le 9 avril. Il semble que l’Espagne n’attendait que cette décision pour formuler les mêmes exigences alors que le Portugal avait déjà soumis l’entrée des animaux sur son territoire à autorisation préalable.
Martial Pineau se dit convaincu qu’on « n’échappera plus aux seuls échanges d’animaux vaccinés ». La Commission a refusé qu’en contrepartie de ces « mesures unilatérales » que pourront désormais prendre les États membres, le délai d’acquisition de l’immunité vaccinale soit ramené à 50 jours après la première injection. Il reste de 60 jours après la deuxième injection. Des discussions étaient également programmées avec les pays de Maghreb et la Russie afin de rediscuter des conditions d’importation en intégrant la vaccination.
On peut raisonnablement espérer que la vaccination permettra de contrôler la FCO. Mais, prévient Martial Pineau, « il est clair qu’on en a pour des années. Même lorsque tous les animaux seront vaccinés, il y aura toujours des moucherons dans la nature et l’on ne peut exclure la persistance de réservoir à virus non connu à ce jour. Même si, dans le meilleur des cas, il n’y a plus de conséquences économiques directes liées à cette maladie, on est partie sur une vaccination pour de nombreuses années. » ■ Bernard Griffoul

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