Aller au contenu principal

GÉNOTYPAGE
LA FIN DU TESTAGE SUR DESCENDANCE DES TAUREAUX EST INÉLUCTABLE

La sélection génomique a été le thème central du premier congrès de l’interprofession génétique. La question épineuse de la protection des résultats n’est toujours pas réglée.

© F. Mechekour

«Nous sommes au bord d’une révolution comme la génétique n’en a pas connu depuis plusieurs décennies », a souligné Didier Boichard, chef du département de génétique animale de l’Inra. Invité le 18 février à participer au premier congrès organisé par l’interprofession génétique (France génétique élevage - FGE) depuis sa création en 2006, le scientifique a notamment expliqué que la sélection assistée par marqueurs génétiques (SAM) de deuxième génération (SAM 2) « permet de prédire très tôt(1) et surtout directement la valeur génétique des animaux ».

Ce faisant, on accélère le progrès génétique en raccourcissant l’intervalle de génération. « Aujourd’hui, la précision des index est relativement élevée (CD entre 0,5 et 0,7 selon les caractères) et cela va encore progresser. Nous ne sommes plus très éloignés de la fiabilité du testage sur descendance. » Et, cerise sur le gâteau, la précision des index est la même pour les mâles et les femelles, ce qui pour ces dernières représente une réelle avancée technique.

UNE TRANSITION EN DOUCEUR

Plus la population de référence est importante (taureaux indexés à la fois via la SAM et le testage sur descendance), plus la fiabilité des index SAM augmente. À terme, la SAM va donc permettre de faire l’impasse sur le testage sur descendance. « C’est là qu’est la véritable révolution. Mais la transition se fera en douceur. » Par contre, la SAM ne signe par la fin du contrôle de performance (contrôle laitier). « Au contraire, elle en a besoin pour confirmer les index et rechercher de nouveaux critères à sélectionner. »

ATTEINTE À LA DIVERSITÉ

La méthode française diffère de celle développée conjointement par les États-Unis et le Canada. Selon Didier Boichard, cette différence d’approche scientifique permet à la France de travailler sur des populations (races bovines…) de plus petite taille. Pour les races allaitantes et laitières autres que la Prim’Holstein, la Montbéliarde et la Normande, tout reste cependant à faire. À ce propos, Daniel Grémillet, président de la commission élevage de l’APCA, a mis en garde contre le risque de porter atteinte à la diversité génétique si l’on crée un décalage entre les races bénéficiant d’une population de référence suffisante pour bénéficier du progrès génétique lié à la SAM et les autres races.

Heureusement, « les progrès seront d’autant plus rapides que ces races bénéficieront des travaux menés dans les trois principales races laitières depuis 2001 », a précisé Didier Boichard. En outre, la sélection inter-races, quand elle sera possible, donnera un sérieux coup de pouce à la sélection assistée par marqueurs génétiques pour ces races. En effet, les résultats obtenus sur certaines races pourront être exploités dans les autres races.

Si chacun se félicite des avancées scientifiques, certaines zones d’ombres sur le volet réglementaire persistent et attisent les débats. Les règles de diffusion des taureaux génotypés ne sont pas encore connues. Pour des raisons d’ordre réglementaire, technique et organisationnel, hormis des dérogations la commercialisation officielle de semences de taureaux français génotypés ne devrait pas voir le jour avant 2010 en France. Les évaluations génomiques devraient être officielles en avril au Canada.

PROTECTION DE CINQ ANS AU CANADA

Mais là où les tensions sont les plus palpables, c’est sur la question de la propriété de l’information issue du génotypage des femelles. La France tarde à prendre une décision, contrairement aux Américains et aux Canadiens. Outre-atlantique, les choses sont claires : les éleveurs sélectionneurs ont immédiatement accès aux informations concernant leurs vaches. Par contre, pour protéger les centres d’inséminations qui ont investi dans la sélection génomique, « les données issues du génotypage des taureaux sont protégées pendant cinq ans », a souligné Jacques Chesnais, responsable du programme de sélection de Semex-Alliance.

Pour le cas du génotypage des femelles en France, Didier Boichard précise cependant que « dès que la méthode sera officielle, dans le courant de 2010, les index correspondants seront officiels et remplaceront les index actuels. Ils seront publics et le système sera ouvert aux utilisateurs. Nous travaillons pour que la période de transition soit la plus courte possible ». L’arrivée d’autres acteurs tels que «des grands groupes chimiques et pharmaceutiques » est une autre source d’interrogations pour la filière génétique. « L’accès aux animaux et à leurs performances sera le facteur limitant pour ces nouveaux opérateurs », estime cependant Didier Boichard. ■  

(1) Dès la naissance et bientôt à partir des embryons.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Réussir Lait.

Les plus lus

Un salarié a été embauché pour la traite du soir, cinq jours par semaine et un dimanche sur trois. © R. Marqué
Au Gaec Dyna'Milk en Ille-et-Vilaine : « Nous avons vendu le robot et réinvesti dans une salle de traite pour nos 125 vaches »
À l’occasion de son agrandissement, le Gaec Dyna’Milk a fait machine arrière sur la stratégie de traite. Les associés ont préféré…
Classement des groupes laitiers dans le monde, par chiffre d'affaires
Le top 20 des laiteries dans le monde en 2020
Les deux transformateurs laitiers leader en Chine poursuivent leur progression dans le classement Top 20 de la Rabobank pour…
"Le génotypage nous permet d'élever moins de génisses"
En ciblant le renouvellement sur les meilleures génisses et vaches, le Gaec Cadro atteint aujourd'hui 125 points d'ISU contre 101…
La forme des paddocks est modulable
Au lieu d’opter de façon cartésienne pour des paddocks rectangulaires, pourquoi ne pas adapter la forme des parcelles pour lever…
Le Gaec a choisi le tapis du constructeur Geoffroy (Nièvre) car il proposait une auge en acier galvanisée alors que, pour les concurrents, il fallait la construire. Elle est posée sur une dalle en béton. © CA 15
Dans le Cantal : un tapis d’alimentation pour gagner de la place dans la stabulation
Dans ce bâtiment rénové, le remplacement d’une table d’alimentation par un tapis d’affourragement a permis de doubler le nombre…
Gildas Lannuzel (à gauche) avec son apprenti Jean-Baptiste Colin. « Après mon accident, l’équipement m’a permis de gérer 90 % des inséminations à distance sans diminuer les résultats de repro du troupeau. » © DR
[Détection des chaleurs] « J’utilise des boucles auriculaires et des colliers »
Dans le Finistère, Gildas Lannuzel détecte les chaleurs de ses 65 Holstein avec 30 boucles auriculaires. Pour les génisses, il a…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 8.50€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière