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La « bouteille de lait » révèle l' envers du décor du coût alimentaire

Distinguer la rentabilité du lait produit par la ration de base équilibrée en énergie-azote de celle du lait produit avec le concentré de production : tel est le principe de la « bouteille de lait » proposée par le pôle herbivores de Bretagne.

Produire du lait supplémentaire n'est pas toujours rentable.
Produire du lait supplémentaire n'est pas toujours rentable.
© Agri-Photo/archives

Faut-il produire son quota à n'importe quel prix ? Existe-t-il des situations où l'on produit du lait à perte ? Voilà des questions auxquelles il vaut mieux s'intéresser pour éviter des dérapages sur le coût alimentaire et pénaliser l'efficacité de l'atelier laitier. Lors d'une récente réunion d'un groupe lait à Quimperlé dans le Finistère, les éleveurs se sont justement penchés sur cette question, à travers l'analyse de leur « bouteille de lait ». Drôle de nom pour un outil technico-économique ! « L'approche que nous proposons se veut avant tout visuelle, décrit Pascale Morin, de la chambre d'agriculture du Finistère. Elle repose sur des données techniques et scientifiques relatives à l'efficacité des concentrés qui sont déjà connues. L'intérêt de cette présentation est pédagogique. Nous voulons faire prendre conscience aux éleveurs que les derniers kilos de concentrés apportés font peu de lait mais renchérissent fortement le coût alimentaire. »


Distinguer le concentré efficace du concentré peu efficace


Un constat qui n'a rien de révolutionnaire en soi, mais qui fait mouche auprès des exploitants une fois qu'ils le visualisent graphiquement. Comme cette éleveuse qui a amèrement constaté que sa marge sur coût alimentaire (prix du lait vendu - coût alimentaire) générée par le lait produit par le concentré de production se révélait négative sur son dernier exercice comptable. « L'an dernier, nous avons recouru à davantage de concentrés de production pour faire le quota car les fourrages répondaient mal en lait. Cela nous a permis de produire 41 000 litres, soit 5 % du lait livré. Mais au final, je me rends compte que ces 41 000 litres ne nous ont rien rapporté. Pire, nous avons même perdu de l'argent ! »
« Sur le terrain, on entend beaucoup parler d'efficacité alimentaire. Mais rien ne sert de raisonner ce critère si on met sur un même plan tous les ingrédients de la ration. Les kilogrammes ingérés n'ont pas tous la même efficacité sur la production laitière, rappelle Benoît Portier, du pôle herbivores de Bretagne. L'efficacité de la ration sur la production est principalement liée au niveau azoté des rations. Tant que ce dernier est limitant (moins de 100 g PDI/UFL), l'efficacité de la ration s'améliore avec le concentré azoté distribué. » Dans les rations à base de maïs ensilage ou d'ensilage d'herbe (>0,9 UFL/kg MS), les premiers kilos de correcteur azoté permettant d'atteindre 100 g PDIE/UFL affichent une très bonne efficacité sur la production. « Mais au-delà de l'équilibre énergie-azote de la ration, les travaux menés à Trévarez de 1992 à 2001 sur 1000 lactations ont montré que l'efficacité du concentré est faible. Elle ne dépasse pas 0,8 litre de lait vendu par kilo de concentré en plus. » Des résultats qui concordent avec les différents travaux de l'Inra. « Cette baisse d'efficacité du concentré génère alors une augmentation forte du coût alimentaire et donc la dégradation de la marge de l'atelier, poursuit le conseiller. C'est pourquoi il est important de raisonner séparément l'efficacité de la ration de base équilibrée en énergie-azote et l'efficacité du concentré de production. »


12 % du lait vendu génèrent 39 % du coût alimentaire


Mais revenons de plus près à cette fameuse « bouteille de lait » avec un exemple concret (voir page précédente). Au final, on se rend compte que le concentré de production distribué a permis de produire 12 % du lait livré mais généré 39 % du coût alimentaire. « Dans le cas présenté, la marge sur coût alimentaire est nulle. Cela signifie que produire le lait supplémentaire par les concentrés ne valait pas le coup économiquement », indique Benoît Portier.
L'outil n'a pas la prétention d'afficher un précision extrême, mais d'étudier les grandes masses. Face au différentiel entre le prix du lait et celui de l'aliment, et dans le contexte de contractualisation, cette analyse a vocation à aider les éleveurs à se montrer plus réactifs dans le choix de produire, ou non, plus de lait.

Prenons une exploitation qui livre en moyenne 480 000 litres de lait, soit 32 litres de lait par vache et par jour. La ration journalière est composée de 16 kg MS d'ensilage de maïs et de 7,8 kg de concentrés par vache.
Le document de gestion ne permet pas de différencier le correcteur azoté des concentrés de production, mais les éléments figurant dans la comptabilité le permettent.

1 -  Calcul de la répartition entre le concentré pour équilibrer la ration et le concentré de production
. Le concentré « équilibre de la ration » est ici le correcteur azoté. Pour viser un objectif de 95-100 g de PDIE/UFL dans une ration 100 % à base de maïs ensilage, il faut apporter 175 g d'un correcteur à 46 % de MAT par kg MS de maïs ensilage(1).
Soit 2,8 kg de correcteur azoté (16 kg MS x 0,175 g = 2,8 kg de correcteur azoté).
. Par différence, on peut calculer la quantité de concentré de production distribué : 5 kg brut (7,8 kg -- 2,8 kg = 5 kg).

2 - Calcul de l'efficacité sur la production laitière
. Du concentré de production en se basant sur la référence de 0,8 l de lait vendu/kg de concentré
(au-delà de l'équilibre énergie-azote de la ration) : 5 kg x 0,8 litre vendu/kg = 4 litres.
. De la ration de base équilibrée énergie-azote, obtenue par différence : 32 litres -- 4 litres = 28 litres.

3 - Calcul du coût alimentaire
. Du lait produit par le concentré de production : 5 kg/VL/j x 260 EUR/t = 1,30 €/VL/j.
. Du lait produit par la ration de base équilibrée : (16 kg MS/VL/j x 50 €/tMS) + (2,8 kg x 400 €/t) + (0,3 kg x 450 €/t) = 2,06 €/VL/j.
Coût alimentaire global : 105 €/1000 litres    (3,36 €/VL/j) / 32 litres.

4 - Calcul de la marge sur coût alimentaire
. Du lait produit avec le concentré de production :
(4 litres/VL/j x 0,33 €/litre) -- 1,30 €/VL/j = 0,02 €/VL/j.
. Du lait produit par la ration de base équilibrée :
(28 litres/VL/j x 0,33 €/litre) -- 2,06 €/VL/j = 7,18 €/VL/j.
Marge sur coût alimentaire globale : 225 €/1000 litres (7,20 €/VL/j) / 32 litres.

(1) Même chose dans les régimes composés de deux tiers de maïs ensilage et un tiers d'ensilage d'herbe. Quand la part d'herbe pâturée dépasse un quart de ration, le correcteur azoté passe à 100 g/kg MS d'ensilage de maïs et à 0 dès que l'herbe dépasse une demi-ration.

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