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Lait : Actualité agricole et agroalimentaire de la filière lait dédiée aux agriculteurs, éleveurs de vaches laitières.

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EN SAÔNE-ET-LOIRE
« JE SÈME DE L’ORGE POUR COUVRIR MES SILOS DE MAÏS »

Emmanuel Donet ne bâche plus ses silos de maïs et d’herbe. Après conception du silo, il sème de l’orge, pour former une couverture végétale. Et cela depuis dix ans…

L’ensilage dégradé sur lequel
pousse la céréale forme une
couche de 15 à 20 cm, qui assure
l’étanchéité contre l’air et l’eau.
L’ensilage dégradé sur lequel
pousse la céréale forme une
couche de 15 à 20 cm, qui assure
l’étanchéité contre l’air et l’eau.
© C. Pruilh

C’est un couvert végétal d’orge qui coiffe les silos du Gaec La Roche des Baumes, en Saône-et-Loire, au lieu d’une bâche plastique. L’ensilage dégradé sur lequel pousse la céréale forme une couche de 15 à 20 centimètres, qui assure l’étanchéité contre l’air et l’eau. « Je gagne en temps et pénibilité de travail, et la couverture est entièrement recyclable, dans le fumier », résume Emmanuel Donet, un des associés du Gaec.

TRÈS BIEN TASSER

Aux sceptiques et détracteurs, il répond : « Cela fait près de dix ans que je pratique cette technique. Si c’était une mauvaise méthode de conservation, nous n’aurions pas des vaches montbéliardes à près de 8 000 kg (39- 40 de TB et 33,2-33,7 de TP)(1). Les analyses de lait n’ont jamais révélé de problème. Les butyriques n’ont quasiment jamais été au-delà de 1000 spores par litre. » Le Gaec élève 170 vaches laitières montbéliardes, et dispose de trois silos. Deux pour le maïs: un de 8 mètres de large, 35 mètres de long et 3 mètres de haut, et un autre de 16 mètres de large, 35 mètres de long et 3 mètres de haut. Et un silo pour l’ensilage d’herbe. « Nous n’avons commencé à tester le couvert végétal sur le silo d’herbe que depuis l’an dernier. »

Les associés du Gaec expliquent que lors de la confection du silo, il faut très bien tasser. « On s’y met à deux : un tracteur et un téléscopique. » Les silos ont été conçus hauts (trois mètres) pour favoriser le tassement naturel, et réduire le pourcentage de perte. Pour préserver les conditions anaérobies d’un bon tassement, le Gaec ferme le quatrième côté du silo avec des plaques de béton (deux mètres de haut), lors de la conception du silo. Une bâche en plastique, glissée entre les plaques et le front d’attaque, complète le système d’étanchéité.


 

MÊME SANS COUVERT

Pour distribuer l’ensilage, les éleveurs n’enlèvent pas les plaques au début, pour éviter l’effondrement du front d’attaque. « On creuse au godet, en passant par-dessus les plaques. Quand ce n’est plus possible, on les enlève définitivement. » Après la formation du silo, « nous ne touchons pas au silo pendant deux jours, pour que l’ensilage commence à se décomposer en surface et forme ainsi un substrat, favorable à la levée de l’orge. Puis nous semons à la volée 0,5 kg d’orge par mètre carré », racontent les associés.

Selon eux, peu importe le couvert. « On utilise souvent de l’orge d’hiver, car c’est une semence souvent disponible sur la ferme. Une année, nous avons semé du triticale car c’est ce que nous avions sous la main. Ça marche même sans couvert végétal. En 2003, l’orge n’a pas levé car il faisait trop chaud. La couche de substrat a quand même fait barrière à l’air. Et elle fait éponge s’il pleut. L’effet éponge est juste plus important avec un couvert végétal et son système racinaire. » Pour distribuer l’ensilage, cette couche s’enlève facilement à la fourche. « On l’enlève pour quelques jours. L’ensilage dessous n’évolue pas, contrairement à ce qui se passe quand on enlève une bâche plastique. » ■ Costie Pruilh

(1) La ration comporte 2/3 d’ensilage de maïs, 1/3 d’ensilage d’herbe, de la luzerne, du concentré fermier, du tourteau du commerce.

 

Une technique qui ne fait pas l’unanimité

D’après Joseph Pflaum, ancien chercheur à l’Institut de Grub en Bavière, « la couverture végétale des silos entraîne, dans un silo de deux mètres de hauteur, des pertes supplémentaires en matière sèche de l’ordre de 10 à 15 % en comparaison de silos traditionnellement couverts par une bâche parfaitement hermétique ». Pour ce chercheur, très sceptique vis-à-vis de cette pratique, « il ne suffit pas de se fier aux vingt premiers centimètres visiblement dégradés pour estimer le réel niveau de pertes au silo. Ces 20 cm proviennent en fait d’une couche de 40 à 60 cm d’ensilage réellement dégradé ».

10 À 15 % DE PERTES DE MATIERE SECHE

De plus, des pertes non visibles, largement en dessous de la surface du silo, doivent être prises en compte. L’absence de bâche entraîne une moindre qualité fermentaire et une moindre valeur nutritive du fourrage. Dans les silos non couverts, le pH relevé à 20 cm au dessous de la surface du silo et à 50 cm au-dessus du sol peut différer de 0,5 point. « Ceci est la preuve d’une moins bonne fermentation du fourrage avec plus de pertes », insiste-t-il.

Ces conclusions s’appuient sur des mesures réalisées par l’Institut Aulendorf sur des silos de fourrages dédiés à la production de biogaz dans des exploitations allemandes. D’autre part, le chercheur souligne un risque de présence de mycotoxines plus important dans ces silos. Si l’on prend l’exemple d’un silo de 2,50 mètres de haut, de 40 mètres de long et de 10 mètres de large, avec une densité de 240 kg MS/m3 et une valeur de 0,92 UFL/kg MS, la perte d’énergie nette supplémentaire liée à la couverture végétale est estimée à 26000 UFL. « Sur la base de 0,10 €/UFL, la différence atteint 2600 €. De quoi décourager les éleveurs prêts à tenter l’expérience… », considère Joseph Pflaum. ■

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