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Face à la flambée des prix, optimiser au mieux la fertilisation du maïs

La flambée des prix des engrais minéraux demande de faire des arbitrages. En irrigué, mieux vaut ne pas faire d’impasse. Et une meilleure maîtrise des conditions d’utilisation des engrais de ferme permet des économies substantielles.

Bien utilisés, les engrais organiques permettent l'économie d'engrais azotés minéraux.
Bien utilisés, les engrais organiques permettent l'économie d'engrais azotés minéraux.
© Arvalis

Une fertilisation azotée minérale du maïs, avec un coût de deux euros l’unité d’azote, n’est réellement justifiée que si elle est calculée sur un rendement réalisable qui tient compte notamment du risque de stress hydrique. « S’il fait sec, les besoins en azote seront forcément plus faibles que prévu. Une impasse d’apport minéral est envisageable dans les terres où le maïs revient tous les deux à trois ans avec des apports organiques réguliers, explique Flore Saint-André, conseillère en agronomie à la chambre d’agriculture de la Loire. Grâce à la minéralisation des engrais de ferme, la réserve du sol est suffisamment pourvue en éléments minéraux pour répondre aux besoins de la culture. »

Piloter correctement la fertilisation minérale azotée

En ce qui concerne le maïs irrigué, avec un potentiel de 16 à 18 tonnes de matière sèche par hectare, une fertilisation minérale répartie en deux apports reste courante, la réponse à l’azote étant assez importante. « Dans ce contexte économique difficile, je préconise de privilégier la fertilisation du maïs irrigué, que la production soit vendue ou consommée sur l’exploitation, quitte à réduire les doses d’apport sur les céréales, surtout si elles sont autoconsommées », conclue Flore Saint-André.

Michel Moquet, animateur des filières fourrages chez Arvalis, précise que l’agriculteur peut également réaliser une économie de 100 €/ha en supprimant l’apport de 100 kg/ha d’engrais starter, type 18-46-00. Localisé au semis, cet engrais n’a de réel intérêt que pour le phosphore qu’il apporte et convient dans des situations de conditions de démarrage de la culture défavorables (temps froid après le stade sevrage). Il n’a pas d’effet sur la levée du maïs.

Optimiser les conditions d’apport des engrais de ferme

Sur une exploitation de polyculture élevage, le sol est généralement bien pourvu en éléments fertilisants à condition que les apports de matière organique soient répartis régulièrement sur les surfaces épandables et utilisés à bon escient. « L’impasse d’une fertilisation minérale azotée peut-être envisagée pour du maïs fourrage dans le cas d’un apport de lisier de porcs ou de fumier de volailles dont l’azote est rapidement assimilable, souligne Michel Moquet. Par contre, l’utilisation d’un fumier de bovins nécessite un complément minéral pour que la parcelle atteigne son potentiel. »

« Il y a encore des marges de progrès quant à l’optimisation des engrais de ferme, indique l’animateur. Mal valorisés, ils nécessitent parfois des compléments minéraux qui coûtent cher. Dans l’idéal, il faudrait anticiper l’apport des fumiers de 1,5 à 2 mois avant le semis de maïs. C’est le temps nécessaire pour la transformation de l’azote de la forme organique à la forme nitrates, assimilable par les racines du maïs. Un apport trop proche du semis peut même créer un effet dépressif sur la culture, surtout si le fumier est très pailleux. » Quant aux lisiers, riches en azote ammoniacal, une incorporation rapide dans les 2 à 3 heures qui suivent l’épandage et un enfouissement sur 10 cm de profondeur sont indispensables pour limiter les pertes par volatilisation et par conséquent optimiser leur valeur fertilisante.

 

Avis d'éleveur : Bertrand Denis, 525 000 litres de lait dans la Loire, 124 ha dont 20 ha de maïs irrigués

Réduire sans pénaliser les rendements

 

 
Bertrand Denis, producteur laitier dans la Loire © B. Denis
« Chaque parcelle de maïs reçoit 30 t/ha de fumier de bovins et 300 kg/ha d’urée 46, dont un tiers est appliqué au semis et le restant au stade 6 feuilles. Cette dose d’engrais minéral est plus faible que la dose calculée par le plan prévisionnel de fumure, soit 20 unités de moins par hectare. Je considère que cette pratique me permet de réaliser des économies sans pour autant pénaliser mes rendements (20 t MS/ha pour le maïs fourrage et 135 q/ha pour le maïs grain). Je maintiens cette stratégie pour 2022 mais, avec le contexte économique actuel, j’ai prévu de diminuer les apports sur certaines prairies ayant reçu des engrais organiques. Pour compenser l’augmentation des charges d’engrais, j’ai aussi engagé des volumes de blé et de colza pour la récolte 2022, le prix de vente étant attractif. »

 

Avis d'éleveur : Jean-Paul Rivière, 430 000 litres de lait dans le Tarn-et-Garonne, 90 ha dont 35 ha de maïs (50 % irrigués)

Un investissement fort mais essentiel

 

 
Jean-Paul Rivière, producteur laitier dans le Tarn-et-Garonne © J.-P. Rivière
« Sur mon exploitation, je ne dispose de fumier que pour couvrir 50 % voire 75 % de ma sole en maïs, soit 20 à 25 t/ha, enfouies lors du labour d’automne. Je complète avec de l’urée 46, à savoir 160 à 200 unités par hectare pour le maïs irrigué et 160 unités par hectare pour le maïs sec. Avec un coût de l’unité d’azote 2,5 fois plus élevé que l’an dernier, l’impact économique est fort. Pourtant, malgré des apports réguliers de produits organiques, je ne ferai pas l’impasse d’une fertilisation minérale, considérant le risque trop important. Elle garantit ma production de maïs qui représente la base du stock alimentaire pour l’année. J’attends que le coût de l’urée diminue avant d’investir, j’essaye de calculer au plus juste. Dans le contexte économique actuel, l’idéal aurait été de substituer le maïs par du sorgho, moins gourmand en intrants. Mais pour cela, il aurait fallu modifier l’assolement et revoir la composition de la ration. »

 

 
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