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Lait : Actualité agricole et agroalimentaire de la filière lait dédiée aux agriculteurs, éleveurs de vaches laitières.

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Prévention de la FCO
DÉSINSECTISEZ, FAUTE DE MIEUX !

La désinsectisation diminue le taux d’attaque d’un animal par le moucheron vecteur de la fièvre catarrhale. On ne sait pas si cette diminution est suffisante pour réduire la transmission de la maladie, ni pendant combien de temps elle dure.

La désinsectisation est pour le moment le seul moyen de prévention contre la fièvre catarrhale ovine. La DGAL recommande de traiter les animaux avec des insecticides de la famille des pyréthrinoïdes. « Ce sont les seuls produits à avoir un effet répulsif sur les moucherons vecteurs de la maladie (culicoides), en plus de leur effet insecticide », explique Bernard Heskia du laboratoire Novartis. Les moucherons transmettent le virus responsable de la maladie quand ils piquent les animaux pour se gorger de sang. Il s’agit, avec cet effet répulsif, d’empêcher les moucherons de piquer les animaux. « Un effet insecticide seul ne suffit pas, car le moucheron a le temps de piquer avant d’être tué. » « Aucun insecticide ne possède d’indication spécifique contre les culicoides, rappelle Bernard Heskia. Leur indication concerne les mouches. Ils ont sûrement un effet insecticide sur les culicoides. Mais il n’existe pas de données sur la rémanence de leur effet répulsif. »

EFFET RÉPULSIF
Les pyréthrinoïdes ont l’avantage de ne pas franchir la barrière cutanée ; ils ont donc presque tous un délai d’attente lait et viande nul(1). Et leur période de demi-vie est beaucoup plus courte que celle des organophosphorés. Reste que l’utilisation massive de ces insecticides est loin d’être anodine pour l’environnement, et pour l’éleveur. Il est donc recommandé de se protéger lors de l’application, en portant des gants, des vêtements imperméables, voire un masque à cartouche filtrante et des lunettes en cas de pulvérisation. Ces mesures de désinsectisation des animaux mises en oeuvre pour prévenir la fièvre catarrhale ovine sont-elles efficaces ? Dans les zones durement touchées par la maladie, de nombreux éleveurs semblent mécontents du résultat, et ne veulent plus renouveler les traitements (voir Réussir Lait élevage de novembre 2007, p. 80).« On est à peu près sûr que la désinsectisation ne permet pas une protection à 100 %; elle n’empêche pas la maladie d’arriver sur un territoire, reconnaît Joëlle Dop de la FNGDS. Mais on espère qu’elle permet de limiter la maladie. » La FNGDS a lancé deux enquêtes, en espérant qu’elles permettront d’apporter une réponse. Pour le moment, « nous la préconisons tout en précisant qu’on ne peut en garantir l’efficacité ».

UN PROBLÈME DE FRÉQUENCE DES TRAITEMENTS
L’Agence française de sécurité sanitaire et alimentaire (Afssa) n’a fait aucune recommandation officielle. L’Agence européenne (Efsa) a réalisé une expertise ; dans son rapport, elle ne recommande pas la désinsectisation systématique des animaux et bâtiments, mais elle recommande la désinsectisation des véhicules de transport. Pour Bernard Heskia, « on se heurte à un problème de fréquence des traitements. Il faudrait renouveler le traitement tous les quinze jours, mais en pratique c’est infaisable. La désinsectisation coûte cher et prend énormément de temps. Sachant que les moucherons piquent surtout les zones glabres comme le museau, la mamelle, sous le ventre, les bourrelets au-dessus des sabots… la seule façon vraiment efficace serait une balnéation toutes les deux à trois semaines: en production ovine ce serait envisageable puisque des baignoires sont déjà utilisées. Mais qui va accepter de le faire… En production bovine, c’est hors de question. »

CINQ « CULICOIDES » SUSPECTS
D’après les scientifiques (qui se fondent notamment sur une étude américaine), l’efficacité des pyréthrinoïdes sur les culicoides dure pendant une semaine à quatorze jours, ensuite elle diminue. « En fait, il n’existe pas d’essai insecticide publié sur les culicoides de nos régions, affirme Thomas Balenghien, entomologiste au Cirad. Or il existe des dizaines d’espèces de culicoides ; les essais qui existent ont été faits sur d’autres espèces en Australie, aux États-Unis, en Afrique du Sud… Il s’agit donc d’extrapolation. » Autre problème : les scientifiques n’ont pas identifié avec certitude les culicoides vecteurs du sérotype 8(2). « Nous avons cinq suspects dont trois principaux. Or la biologie peut varier d’une espèce à l’autre, notamment au niveau des zones de ponte, un point clé pour la lutte. Classiquement, les culicoides pondent sur des sols humides fortement chargés en matière organique. » Ce qui conduit Bernard Heskia de Novartis, à conseiller de traiter avec un larvicide les purins et jus d’ensilage. En l’absence de certitudes, Thomas Balenghien estime que « le plus efficace est de traiter les animaux tous les quinze jours (et lors de transsûr, c’est que le traitement va diminuer le taux d’attaque subi par un animal. Est-ce que cette diminution sera suffisante pour diminuer la transmission et combien de temps cette diminution va-t-elle durer ? On n’a aucune certitude ».

AUCUN ESSAI INSECTICIDE
Un premier essai préliminaire a été mené en fin d’année en France pour mettre au point la méthodologie. Des essais (tests insecticides, répartition d’espèces) seront conduits à partir du printemps par le Cirad, l’EID-méditerranée et l’Université Louis Pasteur de Strasbourg. « Nous sommes obligés d’attendre car on ne sait pas élever la plupart des espèces de culicoides, il faut les capturer. » Les résultats seront disponibles au plus tôt à la fin de l’été. On attend par ailleurs ceux d’une étude anglaise comparant le taux d’attaque à l’intérieur et à l’extérieur des bâtiments. « Ce qui est sûr, c’est que les principaux suspects peuvent être retrouvés dans les bâtiments », précise Thomas Balenghien. Les préconisations actuelles sont empiriques. Pour la FNGDS, la mise en place d’essais scientifiques est indispensable. « On a intérêt à en savoir le plus possible, car il va falloir apprendre à vivre avec la fièvre catarrhale, conclut joëlle Dop. Le vaccin ne résoudra pas tout. » Espérons que l’hiver sera très rigoureux. ■ Annick Conté

(1) Sauf Butox 50 : délai d’attente viande 3 jours.
(2) Le sérotype 8 a été isolé pour la première fois au Nigéria dans les années 1970 !

CONTRE LE SÉROTYPE 8, UN VACCIN ESPÉRÉ D'ICI JUIN PROCHAIN

Tout le monde espère l’arrivée d’un vaccin contre le sérotype 8 du virus de la fièvre catarrhale à la fin du premier semestre 2008 (en 2007, la maladie était réapparue en juillet). Selon Stefan Zientara, virologue-Afssa, au moins quatre laboratoires travaillent sur un vaccin inactivé, et un laboratoire sur un vaccin atténué. Et il n’est pas possible de fabriquer de vaccin délété avec ce type de virus, c’est-à-dire un vaccin qui permettrait de distinguer les anticorps vaccinaux des anticorps des animaux porteurs du virus. Quelle politique vaccinale sera alors mise en oeuvre? Quels seront les élevages prioritaires (dans un premier temps, il risque de ne pas y avoir assez de doses disponibles pour tous) ? L’Afssa devait se positionner à la mi-décembre. L’État et l’Europe décideront. Pour la France, le ministre de l’Agriculture a demandé 33 millions de doses. Et il faut 120 millions de doses pour les pays européens touchés. 45 000 cas ont été recensés en Europe en 2007 !

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