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Lait : Actualité agricole et agroalimentaire de la filière lait dédiée aux agriculteurs, éleveurs de vaches laitières.

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Des résultats économiques très sensibles à la conjoncture

Trois trajectoires de forte augmentation de volumes ont été analysées. Trouver le bon compromis entre rémunération du travail et financement des investissements est ardu.

Malgré le maintien d'une bonne maîtrise technique, l'EBE avant main-d'œuvre /1000 l diminue pour les trois trajectoires, notamment à cause d'une baisse du produit/1000 l.
© A. Conté

Depuis la fin des quotas, volatilité économique et opportunités de développement sont les deux facteurs de la donne laitière. Certaines exploitations en Bretagne et Pays de la Loire s’engagent dans des dynamiques d’augmentation importante du volume de lait. Les chambres d’agriculture de ces deux régions ont conduit un travail d’analyse et de modélisation de trois types de trajectoires. Ces trajectoires avec une restructuration forte déstabilisent l’efficacité du système de production et nécessitent des investissements conséquents. Les résultats économiques s’en trouvent dégradés.

Trois trajectoires caractéristiques d’évolutions fortes observées dans l’Ouest

La première phase du projet a consisté à enquêter 30 fermes laitières sur les deux régions qui se sont récemment engagées dans des restructurations importantes. Elles ont suivi une des trois trajectoires suivantes : installation d’un jeune avec reprise d’une exploitation, agrandissement à main d’œuvre constante, évolution forte du volume produit par travailleur après le départ d’un associé. Les enquêtes dans ces fermes ont permis de recueillir des paroles d’éleveurs précieuses pour apporter des éléments qualitatifs aux analyses. La synthèse des enquêtes a permis de calibrer les modélisations des trois trajectoires types. Elles s’étalent sur cinq ans et s’appuient sur la même structure de départ qui est proche d’une ferme moyenne des deux régions en 2015 : 450 000 litres de lait, 2 UTH et 90 ha de SAU.

Investissements : des trajectoires très engageantes

Les points communs de ces trois trajectoires sont une augmentation forte de la productivité du travail couplée à des investissements importants.

La trajectoire « installation avec regroupement » se réalise avec la reprise d’une ferme qui livrait 250 000 l de lait et l’allocation supplémentaire par la laiterie de 300 000 l de lait sur 5 ans. La construction d’un bâtiment vaches laitières, avec salle de traite neuve ainsi que des investissements annexes comme de nouveaux silos et du matériel sont à prévoir. Au total, 930 000 € sont investis pour permettre à l’exploitation de  produire 1 000 000 l de lait sur 140 ha. La trajectoire « départ de MO » implique la reprise des parts sociales, l’achat d’un robot de traite et l’installation de logettes soit 400 000 € d’investissements. L’exploitation initiale avait peu d’investissements récents et prévoyait une baisse des annuités… et heureusement ! En effet, les investissements importants génèrent dans les trois trajectoires une forte hausse des charges financières. Le poids des annuités par UTH exploitant fait plus que doubler dans l’ensemble des trajectoires.

Des capacités de prélèvement très sensibles aux aléas économiques

Pour ces exploitations spécialisées en production laitière il est intéressant d’analyser l’évolution des principaux indicateurs économiques ramenés par 1000 litres de lait. Les hypothèses techniques sont basées sur un maintien d'une bonne maîtrise technique. Il n' y a pas de dérapage sur le coût alimentaire, la production laitière ou l'état sanitaire du troupeau. Malgré cela,  l’EBE avant MO /1000 l diminue pour les trois trajectoires.
En premier lieu, la baisse du produit par 1000 l est significative. Premièrement, les aides diminuent en lien avec la réforme de la PAC actuelle et surtout à cause d’une dilution sur des volumes de lait attribués sans aides. La baisse de la part de cultures dans le système implique aussi une chute du produit/1 000 l. D’autre part, les charges opérationnelles et les frais généraux (charges de structures hors main-d’œuvre et amortissements) diminuent, mais dans une proportion qui ne permet pas de combler la chute du produit.

Nous observons une substitution progressive de la rémunération du travail par celle du capital. En effet, l’augmentation des annuités est sensible. Les trajectoires démarrent d’une situation initiale peu endettée avec des dépenses financières à 60 €/1000 l. Les investissements réalisés amènent à des situations finales où les annuités pèsent beaucoup plus sur le système avec des cas proches ou supérieurs à 100 €/1000 l. Avec un prix du lait à 340 € / 1000 l, les capacités de prélèvement vont de 26 à 70 €/1000 l. Malgré une augmentation conséquente du produit par travailleur, les capacités de prélèvement initialement de 29 000 €/UTH exploitant chutent avec ces projets. Le gain de productivité du travail ne compense pas la perte de résultat dégagé par 1 000 litres.

Ces trois trajectoires conduisent à des situations où les capacités de prélèvement sont très sensibles aux aléas économiques. Avec une conjoncture où le lait serait payé à 300 €/1000 l les revenus disponibles par UTH deviennent faibles, voire négatifs pour la trajectoire « départ d’un associé ». À l’inverse, une année où le lait serait payé 380 €/1 000 l, les revenus peuvent être proches de 40 000 €/UTH. À la hausse comme à la baisse, la variation du revenu est donc amplifiée par la forte productivité du travail.

Des solutions qui améliorent les résultats

Ces trajectoires bouleversent les systèmes de production et nécessitent des investissements importants. La maîtrise de l’augmentation des charges financières devient alors capitale. Opter pour des constructions économes et modulables, acheter des installations d’occasion, différer certains investissements qui ne sont pas prioritaires pour ne pas trop pénaliser la trésorerie les premières années sont des voies à explorer.
Lors du départ d’un associé, anticiper au maximum les rachats de parts sociales peut donner de la souplesse dans les investissements futurs.
Dans le cas de l’achat d’une exploitation, utiliser au maximum l’existant, quitte à traire sur plusieurs sites peut aussi être envisagé.
L’organisation et la charge de travail sont fortement perturbées au cours de ces trajectoires entraînant une évolution importante de la productivité. Malgré de nouveaux bâtiments plus fonctionnels, les hypothèses réalisées conduisent à une augmentation du temps de travail, surtout au cœur du changement. Ne pas hésiter à embaucher au moins temporairement est une piste à envisager pour continuer à maîtriser l’outil de production voire pour réduire les montants d’investissements.

Le remplacement pendant les congés et les week-ends devient plus difficile ce qui peut nécessiter également le recours à de la main-d’œuvre extérieure. Avec un volume d’activité important par travailleur, la difficulté est de conserver la maîtrise technique du système. Accepter de déléguer certains travaux et s’équiper en conséquence, trouver des solutions pour simplifier la conduite technique des systèmes (agronomie et élevage) permet de contenir l’augmentation du temps de travail sans générer de charges supplémentaires.

Dans tous les cas, ces projets nécessitent une réflexion globale autour de l’évolution du système de production (cheptel, surface, alimentation…), des investissements (bâtiment, équipement, matériel) et de l’organisation du travail. Se faire accompagner pour construire un business plan qui permet de maintenir la meilleure efficacité possible paraît indispensable.

(1) Pour les chambres d’agriculture de Bretagne et Pays de la Loire

Des seuils d’alerte pour guider son projet

- Éviter de dépasser les 100 € / 1000 l d’annuités

- Garder une conduite économe en concentrés et bien valoriser les fourrages

- Maintenir une bonne efficacité du système avec un EBE avant main-d’œuvre supérieur à 40 %

- Prévoir suffisamment de vaches pour le volume de lait à produire : 8500 litres /vache / an, c’est déjà beaucoup car cela correspond à la moyenne des élevages Prim’Holstein

- Ne pas autofinancer totalement la croissance interne du troupeau afin de conserver le maximum de trésorerie

- S’appuyer sur un chargement réaliste, inférieur ou égal à celui de la ferme initiale

Paroles d’éleveurs

° « Notre projet a fonctionné grâce à la bonne complémentarité entre les jeunes qui s’installaient et les anciens associés. Ils ont su faire de la place aux jeunes et les jeunes ont accepté de ne pas tout bouleverser… Nous avons aussi bien réfléchi la répartition des responsabilités de chacun tout en gardant de la polyvalence. »

° « On a anticipé au maximum les besoins fourragers des animaux et on a sécurisé en faisant plus de stocks pendant les trois premières campagnes. »

° « S’agrandir en surface en même temps qu’augmenter la production de lait nous a permis de maintenir le même système de production qui fonctionnait très bien avant. »

° « Nous avons autofinancé l’achat de 24 vaches, cela nous a mis dans le rouge niveau trésorerie. »

° « Nous avons conservé une marge de sécurité dans les investissements car on ne peut pas tout prévoir à l’avance. Être au taquet dès les premières années nous paraissait dangereux. »

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