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Lait : Actualité agricole et agroalimentaire de la filière lait dédiée aux agriculteurs, éleveurs de vaches laitières.

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Des pays différemment impactés par la chute des cours mondiaux

Journée Marchés mondiaux du lait. Face à la surproduction actuelle, dans quelle situation se trouvent les filières laitières néozélandaise, étatsunienne et chinoise ? Zoom avec l’Institut de l’élevage sur trois pays qui jouent un rôle important sur l’échiquier mondial.

En 2015, la production mondiale a progressé modérément, de 1,7 % par rapport à 2014. Mais ces 13 millions de tonnes supplémentaires, face à la demande mondiale peu dynamique, ont suffi à provoquer l’effondrement des marchés. "L’Union européenne est clairement responsable de cette surproduction, a rappelé Gérard You lors de la journée Marchés mondiaux du lait organisée par l’Institut de l’élevage en juin dernier. En 2014 et 2015, ce sont plus de 10 millions de tonnes supplémentaires qui ont été produites par l’UE. Celle-ci a réalisé en 2015 les trois quarts du surplus de collecte des cinq grands bassins exportateurs, et, début 2016, la totalité du surplus. Les autres grands bassins laitiers excédentaires (Argentine, États-Unis, Océanie) ont à l’inverse plutôt levé le pied." Les transformateurs européens ont transformé les volumes supplémentaires surtout en ingrédients secs qui ont alimenté les stocks de report. En dix-huit mois les stocks ont absorbé l’équivalent de 3 millions de tonnes de lait soit 2 % de la collecte européenne, et le plafond à l’intervention (218 000 t) a été atteint début juin.

En Europe, le prix du lait a perdu en 2015 de 20 à 33 % selon les pays par rapport aux moyennes 2007-2014. Qu’en est-il ailleurs dans le monde ? La filière néozélandaise que l’on pensait solide est très sévèrement ébranlée, a expliqué l’Institut de l’élevage ; et la coopérative Fonterra a elle-même été mise en difficulté. En revanche, la filière étatsunienne est protégée par la consommation dynamique de ses 320 millions d’habitants, mais elle recule sur le marché mondial. Quant à la filière chinoise, elle aussi subit une crise sévère ; la consommation domestique est repartie en 2015 mais les perspectives ne sont plus les mêmes qu’en 2013. Zoom sur ces trois pays.

Nouvelle-Zélande: 10 à 25 % des exploitations menacées à court terme

° La rentabilité des élevages néo-zélandais s’est très dégradée sur la campagne 2015-2016 (de juin à mai). Les exploitations sont maintenues à flot grâce au secteur bancaire mais les banques sont de plus en plus réticentes. La coopérative Fonterra met des prêts à taux zéro pour ses adhérents. " De 10 à 25 % des exploitations sont menacées à court terme s’il n’y a pas d’amélioration avant 2017, 10 % étant le chiffre avancé par le ministère de l’Agriculture qui est accusé de minimiser l’impact, affirme Sébastien Bouyssière de l’Institut de l’élevage.

° La Nouvelle-Zélande, très dépendante des débouchés asiatiques qui se sont effondrés, est particulièrement touchée. Elle ne pèse que 3 % de la production mondiale (21,5 millions de tonnes) mais représente 30 % des échanges mondiaux et 95 % de sa production est exportée. Son produit phare, la poudre grasse, a vu son prix exploser à 5 000 dollars la tonne de mi 2013 à mi 2014 avec la demande chinoise, puis, à partir de mi 2014, s’effondrer à 2000 dollars. Le prix du lait à la production est directement en prise avec les marchés mondiaux : de 400 E/t, il est descendu aujourd’hui à 200 E/tonne. En 2015 avec une moyenne à 236 E/t, il a perdu 27 % par rapport à 2014. Les perspectives pour 2016 sont peu encourageantes : Fonterra a annoncé un prix bas pour la campagne 2016-2017.

L’impact sur la production n’a pas été immédiat, mais la production régresse de 2 % sur la campagne 2015-2016 malgré des conditions climatiques favorables. Pour la première fois depuis dix ans, le cheptel diminue de 2 % en juin 2015. « C’est un signal important. Même pendant la sécheresse de 2012-2013, il n’avait pas baissé. »

° Face au recul de la demande chinoise, Fonterra a diversifié ses débouchés (USA, Moyen-Orient…) et ses produits. « Le volume de poudre grasse exporté n’a baissé que de 3 % malgré une diminution de la demande chinoise de 40 %. Et les volumes de poudre maigre et de fromages ont progressé ainsi que ceux de caséines, de laits conditionnés et de laits infantiles. » La Chine reste malgré tout son premier client et les volumes exportés sont en hausse en 2015, ce qui a permis d’écouler les stocks accumulés fin 2014. Mais la valeur des exportations a chuté de 30 % en USdollars. La dépréciation de la monnaie néozélandaise a permis toutefois de limiter de moitié l’impact.

° Perspectives 2016 : le cheptel et la collecte devraient de nouveau baisser en 2016 de -3 % à -7 % selon les estimations. Fonterra devrait probablement exporter davantage de fromages et de poudre maigre, mais toujours moins de poudre grasse. L’achat d’exploitations néo-zélandaises par des fonds de pension canadiens montre en tout cas que les investisseurs gardent confiance dans la production néo-zélandaise.

États-Unis: des éleveurs « préservés » jusqu’à fin 2015

° La consommation dynamique a soutenu le prix du lait. « Jusqu’à fin 2015, pour les éleveurs américains, ce n’était pas la crise, a expliqué Mélanie Richard de l'Institut de l'élevage. Le prix du lait est monté très haut en 2014 (555 dollars/t en octobre 2014), la baisse a été tardive mais franche fin 2014 : entre 2014 et 2015, le prix a chuté de 29 % mais le prix 2015 de 377 dollars/t est bien plus élevé que celui de 2009 qui était inférieur de 40 %. » Même s’il a décroché début 2016 en tombant à 346 dollars/t, il demeure au-dessus de celui pratiqué dans les autres bassins exportateurs. Quant à la marge sur coût alimentaire, elle a baissé de 38 % en 2015, sans devenir dissuasive : elle reste supérieure à celles de 2012 et 2013.

La production (95 millions de tonnes) a continué à progresser en 2015, mais de façon plus modérée (+1,3 %) suite à la sécheresse dans l’Ouest du pays. Le rendement moyen a augmenté plus faiblement pour atteindre 10 500 kg/vache. Le déplacement de la production dans l’Est et le mid west se poursuit au détriment de la Californie.

Face à cette hausse modérée de la production en 2015, la consommation a continué sa progression. « Cette progression très marquée est liée au dynamisme démographique et à l’augmentation de la consommation par habitant. » La consommation intérieure absorbe plus de 90 % de la production.

° Les États-Unis, moins compétitifs en 2015, sont moins présents à l’export. Le prix du lait à la production et la forte appréciation du dollar ont stoppé la montée en puissance depuis dix ans de l’export. La perte de compétitivité sur les marchés asiatiques les ONT conduits à recentrer leurs exportations vers l’Amérique du Nord et l’Amérique centrale. Ils ont augmenté leurs importations en 2015, notamment de fromages (France, Italie) et de beurre. Au final, leur balance commerciale a été divisée par deux en 2015.

° Perspectives 2016 : L’USDA table sur une hausse de la production de 1,8 % et une hausse de la consommation marquée de 2 %, notamment de beurre et fromages. Les États-Unis devraient être moins présents à l’export du fait du dollar fort et de la demande intérieure.

Chine: légère progression de la production malgré la crise

La Chine est en plein marasme laitier depuis 2014, alors que les conséquences du scandale de la mélanine se font toujours sentir. Beaucoup de petits producteurs ont mis la clé sous la porte suite à la forte chute du prix du lait. Celui-ci a perdu plus de 20 % entre janvier 2014 et mai 2015. Même s’il reste très supérieur (500 E/t) par rapport aux prix européens, il ne permet pas de couvrir des coûts de production très élevés à cause de la politique de soutien du prix du maïs. La majorité des vaches de ces petits producteurs ont été reprises par les plus grandes fermes, ce qui a permis à la production chinoise de progresser très légèrement, de moins de 1 % d’après les données officielles chinoises.

Cette chute du prix du lait est liée à une baisse de la consommation chinoise à partir de mi-2014, et aux importations massives : plus d’un million de tonnes en l’espace de neuf mois ! Des importations qui avaient été tirées par la flambée du prix du lait chinois en 2013 (provoquée alors par le manque de lait).

"En 2015, la filière est toujours marquée par la crise. La consommation a légèrement repris (+4 % par rapport à 2014) mais beaucoup moins qu’avant : les perspectives d’augmentation de la consommation ne sont plus les mêmes qu’en 2013, affirme Jean-Marc Chaumet de l'Institut de l'élevage. Les industriels chinois se livrent une féroce guerre des prix, car les stocks sont énormes (entre 150 000 et 250 000 tonnes). Ils sont par ailleurs confrontés à la concurrence du e-commerce très développé en Chine. " La réglementation concernant le e-commerce vient de changer en 2016 : jusque-là les produits importés sur internet étaient non taxés et non contrôlés au niveau sanitaire.

"Ceci n’est pas sans conséquence sur les importations de poudres maigres (-20 %) et grasses (-50 %) en net recul en 2015 par rapport à 2014. En revanche les importations de produits finis, vendus étiquetés importés (laits liquides, laits infantiles) poursuivent leur progression." On constate par ailleurs une part croissante des importations sous contrôle des entreprises chinoises : les investissements dans des usines ou des fermes à l’étranger (USA, France, Irlande, Pays-Bas, Danemark, Australie, Nouvelle-Zélande) se multiplient.

Perspectives 2016 : Plus de 5 millions de naissances sont attendues en 2016 et les ventes de produits laitiers sont en augmentation sur le premier trimestre (+ 8 %). Les importations sont reparties à la hausse début 2016 dans toutes les catégories, "mais elles sont concentrées sur le mois de janvier à cause des modalités de l’accord de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande ; sur février-mars elles sont équivalentes à celles de 2015". Le prix du lait stagne mais le coût de production diminue suite à la baisse du prix de soutien du maïs à l’automne 2015. "Cela pourrait redonner de la rentabilité aux élevages chinois et booster la production."

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