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Des grands troupeaux tchèques menés à la baguette

Rigueur et gestion économe sont les forces des grandes fermes laitières de République tchèque.

Le dernier congrès d’European Dairy farmers (EDF) a eu lieu en République tchèque fin juin 2017. Stéphane Bourhis et Thibaut Cordel, deux éleveurs français membres d’EDF, étaient du voyage. Conférences et visites de grandes fermes laitières étaient au menu. Ils nous livrent leurs impressions.

Dans cette région vallonnée près de Prague, nos deux éleveurs ont visité une ferme familiale de 60 vaches et de très grandes fermes (330, 1 100 et 1 700 vaches) diversifiées avec des cultures, du lait, de la viande et de la méthanisation. Trois des fermes visitées possèdent un méthaniseur de taille conséquente : 250 kWe, 725 kWe, 1 200 kWe. "Ils y trouvent de la rentabilité, avec un tarif à 17 c€/kWh. Il y a pas mal de méthaniseurs là-bas."

Héritées de l’époque communiste, les grandes fermes appartiennent soit à une famille soit à un investisseur. Elles emploient beaucoup de main-d’œuvre, peu ou pas qualifiée. Il n’y a pas de pâturage. "Le climat n’est pas propice, la pousse démarrant en mai et s’arrêtant fin juin. Les systèmes sont intensifs. Ils produisent leur fourrage (ensilage de maïs, foin de luzerne, ensilage d’herbe) et achètent des aliments", résument les deux éleveurs. La ferme Pacov (330 vaches, 420 élèves, 190 taureaux) se distingue avec sa mini-usine d’aliment (350 000 € d’investissement) pour fabriquer des concentrés en granulés.

La crise laitière a durement frappé la République tchèque. En 2016, leur prix du lait moyen recensé par EDF était de 249 euros/1 000 kg de lait (corrigé en matière grasse). "Mais ils semblent moins démoralisés que nous éleveurs français. Ils font avec les prix bas. Au cours des visites, il n’a quasiment pas été question de prix du lait et de contrats. Ils n’ont pas de contrat de vente de lait avec les laiteries (que des privés) ou des contrats de courte durée (un an). En 2017, leur prix du lait (environ 300 €/1 000 l) est un peu en deçà du nôtre. Ils voudraient que le marché à terme des produits laitiers se développe pour amener plus de transparence sur les prix", commentent Stéphane Bourhis et Thibaut Cordel.

Là-bas aussi les élevages doivent prendre en compte les nouvelles attentes sociétales en matière de confort animal, le sans-OGM… Une des fermes visitées fait de la vente directe de lait pasteurisé (200 à 300 l/jour). Elle organise une porte ouverte par an et elle a un musée qui raconte l’histoire de la ferme.

Des coûts de production maîtrisés

Ces fermes ont des coûts de production très bien maîtrisés, parmi les plus bas d’Europe avec les élevages irlandais, selon les calculs du réseau EDF : 287 €/1 000 kg de lait (347 € en moyenne en Europe). "Un de leurs atouts est la main-d’œuvre pas chère", mentionnent les deux éleveurs. Mais cette main-d’œuvre devient difficile à recruter et son coût augmente. La ferme de 60 vaches a d’ailleurs investi dans un robot de traite, et la ferme Pacov aussi. "Leur force réside surtout dans leur gestion technique du troupeau et le management du personnel, très rigoureux, estime Stéphane Bourhis. Et les charges de structure bâtiment et matériel sont aussi bien maîtrisées." L’augmentation du prix du foncier pourrait contrarier ces bons résultats (15 000 - 20 000 €/ha). "Pour la location, le prix se rapproche des prix français. C’est dû à la concurrence pour le foncier ; beaucoup d’étrangers ont investi", ajoute Thibaut Cordel.

Le confort de la vache pour un rendement maximal

Les fermes tchèques misent sur la productivité par vache. Dans les fermes visitées, les rendements laitiers vont de 9 000 à 11 500 kg/VL. "Sur la première ferme que j’ai visitée, les salariés traient trois fois par jour, cite Stéphane Bourhis. L’objectif est un âge au premier vêlage de moins de 24 mois. L’intervalle vêlage vêlage est de 404 jours." Pour l’alimentation, les grands troupeaux adoptent une conduite en lots. Ils veillent au confort des vaches. Dans trois fermes visitées il y a des logettes creuses, garnies soit avec la phase solide du lisier séchée, soit avec du sable. "Dans la troisième ferme que j’ai visitée, la phase solide séchée du digestat est étalée une fois par semaine et les logettes sont nettoyées matin et soir. Ils en sont très contents", pointe Thibaut Cordel. Les fermes sont équipées de gros ventilateurs pour lutter contre la chaleur. En été, il fait facilement plus de 25°C. "Dans une des fermes, il y avait des ventilateurs horizontaux de 7 mètres de diamètre, au-dessus du couloir d’alimentation. Lors de la visite, il faisait très chaud. C’est très efficace", raconte Thibaut Cordel.

Des bâtiments légers, ouverts mais un plafond isolé

Les bâtiments visités ont des défauts, mais Thibaut Cordel et Stéphane Bourhis se focalisent ici sur les points positifs. "En voyant leurs bâtiments, on réalise qu’en France on peut faire des économies. En plus, leurs bâtiments sont plus facilement modulables. Ils les font moins haut, avec moins de murs, moins de béton. Les bâtiments sont plus légers, avec une structure en métal, des murets intérieurs en bois. Il y a de grandes ouvertures sur les côtés et des filets brise-vent. Il n’y a presque pas de cornadis, que des barres au garrot", cite Stéphane Bourhis. "Sur la troisième ferme visitée, dans le bâtiment neuf, c’est ouvert sur les côtés, mais le plafond est isolé", ajoute Thibaut Cordel.

"Les veaux sont dehors, en cases individuelles puis en cases collectives sous un simple toit. Et pourtant, il peut faire -15 °C l'hiver ! Comme quoi ce n’est pas un problème tant que le veau reçoit 4 litres de colostrum", ajoute Thibaut Cordel.

Il n’y a pas de surmécanisation. Quand il y a du matériel, il faut qu’il tourne ! Sur plusieurs fermes, la mélangeuse de 10 m3 tourne presque toute la journée. Sur une des fermes, la salle de traite tourne en trois traites par 24 heures. "Par contre, ils n’hésitent pas à utiliser les nouvelles technologies pour améliorer les performances de leur élevage, notamment la reproduction. Ils utilisent plus que nous les protocoles de synchronisation des chaleurs, signale Thibaut Cordel. Il y a un bon niveau d’équipement pour la traite, l’analyse de la qualité du lait, le confort du bâtiment… c’est-à-dire les équipements directement rentables."

Tout est rédigé avec schémas et photos

La rigueur de management a marqué nos deux voyageurs. "Ils font les choses bien, malgré une main-d’œuvre pas qualifiée. C’est parce qu’ils organisent très bien le travail en équipe. Tout est écrit, de façon claire, avec des photos et des schémas. Sur tout : comment traire, faire un traitement, les soins autour du vêlage… Pour que le hasard n’ait pas sa place et que le préventif soit fait en temps et en heure, développe Stéphane Bourhis. Du coup, les éleveurs tchèques ne font pas part de problèmes sanitaires particuliers. "Les logettes sont très bien entretenues, je n’ai pas vu de problèmes de jarret, pas de vaches boiteuses. C’est bien raclé (cinq fois par jour), bien aéré." Thibaut Cordel estime qu' "ils ont aussi des problèmes de pattes. Mais le suivi est rigoureux. Ils appliquent des protocoles avec du pédiluve toutes les semaines, un jour par semaine ; du parage régulier."

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