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Pâturage
Des essais pour mieux cerner les prairies multiespèces

Les prairies multiespèces apparaissent surtout adaptées aux milieux difficiles et peu concurrentiels.


Souvent exploitées en systèmes biologiques, les prairies multiespèces associant diverses graminées et légumineuses, ne se limitent pourtant pas à ce seul mode de production. Les élevages conventionnels peuvent également en tirer beaucoup d´avantages. Qualité et équilibre alimentaire de l´herbe, étalement de la production sur l´année, meilleures résistance aux aléas climatiques et pérennité, économie d´apport azoté, capacité d´adaptation de la prairie à des parcelles hétérogènes, sans oublier le maintien de la biodiversité. Les arguments cités par les adeptes sont nombreux.

Moitié graminées, moitié légumineuses
Cela dit, toute la difficulté réside autour de l´équilibre de telles prairies. « La diversité floristique créée à l´implantation se retrouve rarement au bout de trois ou quatre ans », regrettent certains éleveurs. Le maintien de petites légumineuses, comme la minette, le lotier ou le trèfle hybride pose notamment question. Certaines espèces comme le dactyle ou le trèfle violet peuvent aussi se montrer trop agressives et risquent au contraire d´étouffer la prairie. « Cela doit inciter les éleveurs à la prudence dans le choix et l´élaboration des prairies multiespèces, indique François Hubert, de la Chambre d´agriculture du Maine-et-Loire. La conception du mélange repose sur trois paramètres : le contexte pédoclimatique, le mode d´utilisation de la prairie (fauche, pâturage, etc.) et les performances animales souhaitées. » L´objectif est d´obtenir une prairie composée pour moitié de graminées et de légumineuses. « Mais la composition varie dans le temps. De même, en cours de saison, la proportion de légumineuses évolue ; l´été, elle peut atteindre 50 à 65 %, voire plus. En deçà de deux tiers de légumineuses dans la prairie, on n´observe pas de problème particulier sur les animaux. »
©D. R.


Des essais menés grandeur nature
Les essais menés depuis trois ans à la ferme expérimentale de Thorigné d´Anjou, dans le Maine-et-Loire, permettent des observations fines et grandeur nature. « Nous avons testé six types de prairies multiespèces dans des sols limono-sableux, acides, peu profonds et très pauvres, indique Jean-Paul Coutard, responsable de la station. L´objectif est de voir comment évolue la composition botanique de la biomasse. » Le mélange de base comporte 8 kg de RGA, 10 kg de fétuque élevée, 3 kg de trèfle blanc, 3 kg de trèfle hybride et 3 kg de lotier corniculé, auquel se greffent quelques variantes selon le type de parcelle et son utilisation.

Premier constat encourageant : toutes les espèces semées sont présentes (sauf le pâturin des prés). « Ceci est particulièrement vrai dans des conditions de milieu difficiles, car dans ce cas, la concurrence entre espèces joue peu, note Jean-Paul Coutard. Trois ans après l´implantation, la part des légumineuses oscille entre 30 et 60 %. » En moyenne, la productivité des prairies multiespèces(1) apparaît supérieure à celle de l´association ray-grass anglais - trèfle blanc, avec près de 30 % de rendement supplémentaire, soit un écart de 1,5 tMS/ha. Côté valeurs alimentaires, ces prairies tournent autour
d´1 UFL/ha.
Autres enseignements des essais en 2003 : les prairies ont bien résisté à la sécheresse. « Le lotier, particulièrement bien adapté aux situations difficiles, et le trèfle hybride, représentant 15 à 20 % de la biomasse, ont permis de sauver les meubles ! » Une bonne surprise, puisque cette espèce, réputée peu pérenne, est encore présente en quatrième année.


(1) pour les prairies comprenant une variété de RGA précoce.
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