Aller au contenu principal
Font Size

Elevage laitier
Depuis le 1er juillet, durcissement de la norme dioxines pour le lait

Laxisme vis-à-vis des incinérateurs, sévérité pour les denrées alimentaires. Les Pouvoirs publics donnent l´impression de prendre le problème dioxines à l´envers.


Fin 2001, en Savoie, près d´Albertville, 90 exploitations laitières ont dû abattre leur troupeau. La raison : un taux de dioxines dans le lait nettement au-dessus de la norme autorisée. Au total, plus de 300 exploitations ont été touchées, 3 000 bovins ont été abattus et 10 000 tonnes de foin ont été polluées. L´incinérateur de Gilly-sur-Isère, mis en cause, a fermé ses portes. Mais le mal était fait.
Dans le Nord aussi, la dioxine vient de se rappeler au « bon » souvenir de la filière laitière. Trois élevages laitiers ont à nouveau dépassé la norme, près d´Halluin, vraisemblablement à cause d´ une « pollution historique » des sols. L´incinérateur d´Halluin avait été fermé en 1998, après plusieurs dizaines d´années de pollution insidieuse et une première grosse alerte à la dioxine. En juin, c´est l´incinérateur de Cluny en Saône-et-Loire, qui a été stoppé, après la découverte par hasard d´un taux anormal de dioxine dans un élevage de chèvres(1).
Ces dernières années, les pouvoirs publics ont fait preuve de laxisme vis-à-vis des sources d´émission de dioxines. L´élevage en fait maintenant les frais.
©T. Becqueriaux. Réussir - Le Syndicat agricole

Légende - Cet incinérateur d´Halluin, dans le Nord, a été fermé en février 1998, après avoir pollué l´environnement pendant plusieurs dizaines d´années.

La norme passe de 5 à 3 picogrammes par gramme de graisse
Aujourd´hui, il existe encore 27 incinérateurs hors normes par rapport à l´arrêté du 25 janvier 1991 : ils ne respectent pas les normes d´émissions de poussières et de monoxydes de carbone, en toute impunité. Ils ont pourtant bénéficié de délais de mise en conformité assez souples : fin 1996 pour les installations de plus de six tonnes à l´heure, et fin 2000 pour les incinérateurs plus petits.
C´est dans ce contexte que depuis le 1er juillet dernier, la norme européenne de retrait de commercialisation du lait et des produits laitiers, pour les dioxines, est passée de cinq picogrammes (voir lexique) par gramme de graisse à trois picogrammes. La nouvelle réglementation concerne également d´autres denrées alimentaires (les viandes, les poissons, les oufs...).
« Ces nouvelles normes sont d´application immédiate, souligne Koenraad Duhem, directeur de recherche et développement de l´interprofession laitière (Cniel). Ces seuils risquent de poser de réels problèmes dans la pratique(2). »

Dans certaines situations, la norme de trois picogrammes pour le lait semble difficilement gérable, notamment là où se superposent plusieurs composantes de pollution, une pollution de l´air relativement élévée (bruit de fond) et une pollution des sols. Si le réglement européen ne fixe pas le lieu de prélèvement de l´échantillon de lait (à la ferme, lait de mélange...), il interdit de mélanger des produits respectant les teneurs maximales à des produits excédent ces dernières. Que vont donc devenir les élevages situés sur des sols pollués ?
« En quelque sorte, cette nouvelle réglementation impose à la production agricole de gérer immédiatement un problème irrésolu de gestion de pollution environnementale », constate Koenraad Duhem.

La FNSEA et l´interprofession laitière ont donc demandé la création d´un groupe de travail interministériel « pour veiller à une application équilibrée des réglementations relatives à l´environnement et à la chaîne alimentaire, et à un accompagnement approprié de la réglementation ».
L´objectif, louable, de cet abaissement des normes, est de réduire l´exposition de la population aux dioxines. On sait que 90 % de l´exposition des personnes se fait par l´alimentation. Le règlement européen découle directement d´un avis du Comité scientifique de l´alimentation humaine daté du 30 mai 2001 qui a fixé, un peu arbitrairement, la dose hebdomadaire tolérable pour l´homme à quatorze picogrammes par kilo de poids corporel. Les doses maximales admissibles dans les différents aliments en ont été déduites par calcul, sur la base d´un panier de la ménagère virtuel.

Le lait est pris comme indicateur de contamination
Mais ce n´est pas la seule finalité de ce réglement. L´objectif est aussi de réduire les sources d´émission. Et le lait y est implicitement reconnu comme l´indicateur de contamination de l´environnement. Il est recommandé en effet aux États membres de mettre en place un seuil d´intervention de deux picogrammes, « permettant de repérer les cas où il convient de déterminer la source de la contamination et de prendre les mesures pour la réduire ou la supprimer ».
Le lait a la malchance de concentrer les dioxines dans ses graisses. Il n´est pas le seul, mais il est sans doute le marqueur le plus simple, même si le coût d´une analyse de dioxines dans le lait est extrêmement élevée (environ 610 euros ou 4 000 F). Une aberration pour la filière laitière qui estime que « c´est vraiment prendre le problème à l´envers ». Il serait plus logique de faire respecter la réglementation par les sources d´émission.

L´exposition humaine a fortement diminué
Il reste que la situation vis-à-vis des dioxines s´est tout de même bien améliorée depuis les années 70-80, même si l´incinération des ordures ménagères laisse encore à désirer. A l´époque, les process industriels pour fabriquer des produits chlorés en libéraient beaucoup plus qu´aujourd´hui. La teneur moyenne actuelle en dioxines est estimée, d´après les analyses les plus récentes réalisées sur lait de grand mélange, à 0,60 picogramme par gramme de matière grasse : on est loin de la norme de trois picogrammes. « La tendance moyenne est à la baisse : par rapport aux analyses effectuées en 1998, la teneur a diminué de 30 à 40 % », affirme Koenraad Duhem.
Le risque pour la santé humaine est donc à la baisse. Et la communauté scientifique est encore partagée sur les risques d´une exposition aïgue ou chronique aux dioxines. Risque important ou peu important ? Le débat n´est de toute façon plus à ce niveau ; les dioxines sont considérées comme nocives pour l´homme et en conséquence il est nécessaire de réduire son exposition à ces molécules. Ce qui est sûr, c´est que le risque médiatique, pour la filière agro-alimentaire, est très important.

(1) Cet élevage, qui estivait près de Gilly en Savoie, avait fait l´objet de contrôles (+ 13 pg). On s´est aperçu que
les problèmes venaient de l´incinérateur de Cluny et non de Gilly ! Les tests réalisés dans une quinzaine d´exploitations ont révélé des taux anormaux dans quatre élevages
(de chèvres et bovins allaitants).
(2) Ils ne concernent que les dioxines, mais à l´horizon 2005-2006,
ils intégreront les PCB « de type dioxine », ce qui dans certains cas risque de doubler les valeurs actuellement observées.

Un dossier de 15 pages
Cet article est extrait du Dossier de Réussir Lait Elevage du mois de Juillet-Août 2002.
Sous le titre "Dioxines : le lait fait les frais du laxisme", la revue fait le point : quatre-vingt-dix troupeaux laitiers abattus près d´Albertville, une nouvelle alerte dans le Nord, l´incinérateur de Cluny en Saône-et Loire fermé. Les dioxines viennent de se rappeler au « bon » souvenir de la filière laitière. Alors que vingt-sept incinérateurs ne respectent toujours pas la réglementation, le lait doit se plier depuis le 1er juillet à un durcissement de la norme dioxines.

Au sommaire de ces 15 pages de dossier, également :

* A Albertville, en Savoie : entre soulagement et vigilance.
Huit mois après la fermeture de l´incinérateur de Gilly-sur-Isère, près d´Albertville en Savoie, les éleveurs se relèvent de la crise. Mais la prudence reste de mise. Au titre de pollueur-payeur, le Simigeda, gestionnaire de l´incinérateur a pris en charge l´essentiel du coût des indemnisations.

* Dans le Nord : la pollution historique en cause.
En décembre 2001, la dioxine a fait à nouveau parler d´elle dans le Nord. Cette fois six élevages, dont trois laitiers, sont touchés par l´interdiction de commercialiser leurs produits. La pollution historique des sols, qui a duré une trentaine d´années, et le bruit de fond lié à l´activité humaine en zone périurbaine sont les principaux facteurs de risque. Et avec la nouvelle norme, la question du maintien de l´élevage peut se poser, surtout pour les troupeaux à faible production.

* Plan de surveillance : vingt-sept incinérateurs hors normes.
A la mi-juin, vingt-sept incinérateurs étaient en infraction avec la réglementation. A l´exception du Havre, il s´agit de petits incinérateurs d´ordures ménagères, c´est-à-dire d´une capacité inférieure à six tonnes par heure. Toutes ces installations devaient respecter le 1er décembre 2000 au plus tard les prescriptions prévues dans l´arrêté ministériel du 25 janvier 1991.

* Gérard Keck, toxicologue : « La situation des produits laitiers s´est améliorée »
Avec la réduction des émissions de dioxines, les taux mesurés
dans le lait et les produits laitiers s´améliorent, estime le spécialiste.
« Le nouveau seuil de retrait de commercialisation pour le lait
et les produits laitiers apparaît tout à fait réaliste. »
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Réussir Lait.

Les plus lus

Le Gaec compte 4 associés, 6 salariés, dont 2 mi-temps, et un apprenti. L’atelier lait emploie 3,5 UTH, la transformation 2,5 UTH et la vente 1,5 UTH.  © V. Bargain
[ Lait bio ] Le Gaec de Rublé veut être autonome à tous les niveaux
Au Gaec de Rublé, en Loire-Atlantique, l’autonomie pour la production, la commercialisation et désormais l’énergie est un point…
Angeline, Thierry et Emmanuel Ciapa. Les trois associés emploient un apprenti et un salarié cinq mois par an. © Ciapa
Être éleveur dans un désert laitier
Être isolé dans une région de grandes cultures pose de nombreuses difficultés : suivis technique et vétérinaire…
Benjamin Boileau, avec sa fille Lily. Cent hectares autour de la ferme sont pâturables. © V. Bargain
Cinq races pour des croisements trois voies
Le Gaec de Rublé en Loire Atlantique a réalisé un gros travail sur la génétique pour l’adaptation du troupeau au…
La laiterie des Montagnes d’Auzances a créé la beurrerie dans des locaux existants pour fabriquer des petits volumes à forte valeur ajoutée. © LMA
Dans la Creuse : Le beurre de baratte pour sortir du marasme du lait UHT
La laiterie des Montagnes d’Auzances a lancé une fabrication de beure de baratte en partenariat avec Montlait pour pérenniser une…
Maïs fourrage: c'est le grain qui dicte le stade de récolte, pas les feuilles !
Récolter au bon stade le maïs fourrage est essentiel : il en va de la qualité et de la conservation  de l'ensilage. Ne vous…
Frédéric Lenglet avec Indienne, une croisée montbéliarde x rouge suédoise x prim’holstein x jersiaise. « Les 110 hectares accessibles depuis le siège d’exploitation ont permis d’accueillir 200 vaches tout en gardant un système très pâturant. » © A. Conté
« Sécuriser le système fourrager pour produire 1 million de litres de lait bio »
Dans la Sarthe, Frédéric Lenglet est en passe de produire 1 million de litres de lait bio avec des vaches à 5 000 litres. Ses…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 8.50€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière