Aller au contenu principal

Joël Breton, directeur des achats chez Evialis
« DE NOUVELLES HAUSSES DE PRIX DE L'ALIMENT SONT À CRAINDRE »

Avec la flambée des prix des matières premières, le coût des aliments monte en flèche. Aucune accalmie ne semble se profiler à court terme.

Joël Breton, Evialis : "La situation ne pourra pas se rééquilibrer avant deux ans."
Joël Breton, Evialis : "La situation ne pourra pas se rééquilibrer avant deux ans."
© Evialis

Les prix des matières premières agricoles atteignent des sommets. Comment expliquez-vous l’ampleur de ce phénomène ?

Joël Breton - Depuis un an, le prix du blé et du maïs a augmenté de moitié, celui du tourteau de soja a augmenté de 30 % et le tourteau de colza affiche même une hausse plus importante (+ 35 %). Cette flambée des prix, inédite, provient de deux facteurs essentiels. Le premier s’inscrit dans un déséquilibre accru de l’offre et de la demande sur le marchés des produits agricoles. La demande mondiale en céréales est dopée par la croissance des pays émergents. De plus, certains pays, à l’instar de l’Inde, renforcent leurs stocks de sécurité, d’où une accélération de la demande. Or, en face, l’offre ne suit pas. Les stocks de céréales sont au plus bas, avec seulement deux mois de stocks d’avance au niveau mondial. En cause : de mauvaises récoltes sur les deux dernières campagnes en Europe et dans les pays de la Mer noire. Sans oublier les baisses de rendement en 2006 en Australie - gros pays exportateur de blé - suite à la sécheresse. Par ailleurs, le développement de la filière bioéthanol aux Etats-Unis contribue aussi à la hausse des prix. Celui du maïs d’une part, dont les cours sont dopés par l’éthanol, mais aussi celui du soja. Cette culture, désormais moins attractive pour les farmers américains, a vu ses surfaces reculer, entraînant une diminution du rapport stock/consommation. D’où la hausse du prix des matières protéiques.

N’y a-t-il pas non plus une part de spéculation ?

J. B. - Certes, les cotations des matières premières agricoles stratégiques se font en bourse avec une part croissante de spéculateurs non agricoles. Cela dit, si aujourd’hui la spéculation entretient une certaine tension des cours, elle n’en est certainement pas la cause première.

Les éleveurs s’inquiètent du renchérissement du prix de l’aliment. Les fabricants disposent-ils de marge de manoeuvre ?

J. B. - Jusqu’à la fin du second trimestre, les fabricants d’aliments n’avaient pas répercuté l’intégralité de la hausse de prix des matières premières de la précédente campagne, espérant une détente des prix. Or, la nouvelle campagne céréalière ne leur a pas donné raison. Aujourd’hui, devant l’ampleur et la durée de la hausse, ils n’ont plus d’autre choix que de répercuter ces augmentations sur le prix de l’aliment. C’est une question de survie économique ; le coût des matières premières constitue 75 % du prix de revient. La hausse des coûts de production doit absolument être répercutée jusqu’au consommateur final. Faute de quoi, c’est tout un pan industriel et l’activité des éleveurs qui se trouvera en danger.

Les prix sont-ils amenés à augmenter encore ?

J. B. - Nous nous trouvons face à un nouvel environnement économique, sans précédent. Tous les scénarios sont possibles. La hausse du prix de l’aliment bovin pourrait atteindre au final 80 euros la tonne en un an. Même si pour l’heure, les prévisions de récolte de blé dans l’hémisphère sud, principalement en Argentine et Australie, s’annoncent meilleures que l’an dernier. Le rétablissement de l’équilibre entre l’offre et la demande passera sans doute par la réduction de la consommation dans certaines zones du monde. Le blé va devenir un produit de luxe. Au niveau industriel, quelques adaptations (en termes de rendements, de substitutions entre matières premières…) sont aussi envisageables pour limiter la progression de la demande. Restent ensuite les inconnues liées à la prochaine campagne. Si les surfaces allouées aux céréales augmentent et si les conditions climatiques sont favorables, les stocks pourront se reconstituer, et la situation revenir à l’équilibre d’ici un à deux ans. ■

Joël Breton est en charge des achats de matières premières destinées à la nutrition
animale chez Evialis. La nouvelle entité regroupant Evialis et In Vivo fait partie des dix premiers groupes mondiaux de nutrition animale.

Les plus lus

<em class="placeholder">Camille Lefeuvre</em>
Recruter un salarié agricole : « Je ne veux pas d’un exécutant, je veux un collègue de travail », en Ille-et-Vilaine

Au Gaec du Guesneau en Ille-et-Vilaine, Camille Lefeuvre a choisi de faire appel à des salariées pour l’aider dans le travail…

<em class="placeholder">Jean-Yves Guémin, éleveur laitier</em>
« J’ai fait tout mon travail d’astreinte en deux heures et demie », sur mon élevage laitier bio en Ille-et-Vilaine

En Ille-et-Vilaine, Jean-Yves Guémin a grandement simplifié son système d’exploitation pour alléger sa charge de travail. En…

<em class="placeholder">Gilles Bonnet, éleveur dans le Tarn, sur son escalier fait maison</em>
Astuce d'éleveur : Une passerelle surélevée pour incorporer de l’eau dans la mélangeuse

Gilles Bonnet, éleveur dans le Tarn, a bricolé un escalier et sa plateforme avec une arrivée d’eau pour pouvoir apporter, en…

Nicolas et Christelle Braux dans la stabulation devant des vaches simmental
Eleveur lâché par Lactalis : « J’étais prêt à arrêter le lait », en Haute-Marne

Fin 2024, Lactalis a décidé de dénoncer le contrat de 290 éleveurs laitiers. Pour Nicolas Braux, aussi naisseur-engraisseur en…

<em class="placeholder">Le banque de travail agricole de Saint-Clément, dans le Maine-
et-Loire</em>
« Nous ensilons 250 ha de fourrage en 10 jours sur notre commune grâce à la banque de travail agricole », dans le Maine-et-Loire

​​​​​Vincent Tessier, éleveur à Saint-Clément dans le Maine-et-Loire, réalise tous ses chantiers d’ensilage d’herbe et de maïs…

<em class="placeholder">Bastien Charré à droite avec les deux salariés du Gaec, Baptiste (nom ?) et Charline Bonnevin</em>
« Avec mes salariés agricoles, nous cultivons une relation gagnant-gagnant », en Charente-Maritime

Le Gaec Le Grand Pré en Charente Maritime a basculé d’une ferme familiale à un fonctionnement patron-salariés : Bastien…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 108€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière