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Filière laitière
De la collecte à la transformation, en Belgique, le lait de vache ignore les frontières

La Belgique utilise ses liens frontaliers avec ses pays voisins pour trouver des débouchés. Une capacité d´ouverture qui jure avec la politique de régionalisation responsable de lois agricoles différentes entre la Flandre et la Wallonie.


L´exploitation laitière de la famille Debougnoux est située à La Planck à la frontière des Pays-Bas. La commune appartient à une petite enclave de la région flamande en pleine Wallonie. Un détail qui a toute son importance comme vous pourrez le constater plus tard. Le quota de 865 000 litres de lait est valorisé dans une coopérative située à une centaine de kilomètres de l´élevage en. Allemagne. Philippe maîtrise très bien le Français, le Flamand, le Hollandais et l´Allemand. « On est autant de fois homme que l´on connaît de langues », selon un dicton flamand repris par Philippe pour expliquer l´importance de savoir parler plusieurs langues.
Ce cas particulier est intéressant parce qu´il illustre à l´échelle d´une famille l´importance des échanges entre la Belgique et ses pays frontaliers. Mais aussi la complexité de l´organisation politique agricole liée à la régionalisation du pays avec d´un côté la Flandre et de l´autre la Wallonie. La Belgique donne l´image paradoxale d´un pays qui a une grande capacité à s´ouvrir sur le monde extérieur pour valoriser au mieux son lait et à se construire des barrières au sein même de ses frontières. Un petit point historique s´impose. L´indépendance de la Belgique remonte seulement à 1830. Ses quelques 30 500 km2 ont vu passer et « guerroyer » beaucoup de monde au langage et culture très différents. Aujourd´hui, la Belgique partage une frontière commune avec la France, les Pays-Bas, l´Allemagne, le Duché du Luxembourg et la mer du Nord ! Le Royaume se compose de deux, voire trois régions, ayant chacune une langue de prédilection : la Flandre au Nord (langue flamande), la Wallonie au Sud (francophone) et un territoire germanophone au Nord-Est.
La Belgique compte 16 571 exploitations laitières, dont plus de la moitié en Flandre. ©F. Mechekour

Belgomik collecte 25 millions de litres de lait en France
Les échanges commerciaux avec les pays frontaliers sont dynamiques car facilités par la proximité et la maîtrise à des degrés divers de différentes langues. « Nous sommes au carrefour de gros pays producteurs de lait comme l´Allemagne, la France. Nous avons toujours dû nous battre pour être concurrentiels », explique Michel Sneessens, directeur de la coopérative Lac+(1). « Nous avons certainement pris de l´avance sur nos concurrents. Nous pouvons par exemple produire du lait moins cher qu´en France ». L´activité de Belgomilk illustre la richesse des échanges avec les pays frontaliers.
La plus grande coopérative belge (685 millions de litres de lait collectés en Belgique) collecte quelque 30 millions de litres de lait aux Pays-Bas et 25 millions de litres de lait en France (Aisne et Nord-Picardie). Autre exemple : la coopérative de Saint-Vith en Wallonie livre la totalité de son lait (130 millions de litres collectés auprès de 500 producteurs) à une coopérative allemande (MUH). Cette dernière transforme en divers produits de lait de consommation plus de 842 millions de litres de lait.
Pour les producteurs belges de la coopérative de Saint-Vith, MUH est une aubaine en termes de débouchés. Les principaux clients sont des hard-discounters (90 % du volume). Tout est fait pour minimiser les charges (automatisation maximale, gamme peu diversifiée - à savoir pas de beurre, fromages.). Les négociations avec les acheteurs sont assez âpres. « Il faut tout faire pour éviter que les quotas ne disparaissent, sinon les discounters feront la loi », précise Jürgen Wolf, directeur assistant. La coopérative MUH affirme payer mieux ses producteurs que la moyenne nationale allemande depuis 10 ans. Le prix de base a été de 342,90 euros/1000 litres en 2002 et 318,30 euros en 2003 contre respectivement 299,8 et 284,90 euros(2). Cette affirmation semble également valable pour la Belgique. « Nous sommes allés en Allemagne parce que cette coopérative paye mieux son lait que les laiteries en Wallonie », affirme par exemple Philippe Debougnoux, éleveur près de Liège.
Des débouchés vers les pays frontaliers.

Un prix de base moyen à 283 euros par 1000 litres
Le prix de base moyen en Belgique se situe autour de 283 ?/1000 litres (2) selon Renaat Debergh, secrétaire général de la Confédération belge des industries laitières (CBL). Les débouchés à l´export sont d´autant plus importants pour les producteurs belges que le Royaume ne compte que 10 millions d´habitants. Le marché national est donc restreint. Par ailleurs, culturellement, les Belges importent pas mal de fromages hollandais et français. La moitié du lait est transformée en produits industriels qu´il faut pouvoir écouler. Ce problème touche surtout la Wallonie.
La proximité du port d´Anvers est une aubaine pour la filière belge en général et la coopérative Belgomilk en particulier. Cette dernière exporte une partie de sa poudre de lait de consommation vers les pays africains. « Notre stratégie est d´avoir un pied dans chaque secteur des produits laitiers mais avec une orientation particulière sur le fromage (30 % du litrage) pour valoriser notre savoir-faire », souligne Willy Boon, directeur adjoint à Belgomilk.
La filière laitière belge est dynamique. Mais la situation des producteurs n´est pas pour autant idyllique. Qui dit exportation dit forte concurrence. Or, si les producteurs arrivent à produire du lait pas trop cher, pour être compétitifs, ils sont aussi « plus rapidement à la limite du prix de rupture », souligne Michel Sneessens. Plus généralement, « la baisse du prix du lait annoncée suite à la réforme de la Pac peut induire plus rapidement des difficultés pour les producteurs des pays où le lait est moins valorisé. »
Dépotage du lait sur le site de la coopérative MUH, située en Allemagne.

De la pulpe surpressée à seulement 7,17 euros/tonne
Kris et Marie Judith Dhaemer, éleveurs à Bassilly entre Lille et Bruxelles, ont touché 283 euros/1000 litres(2) l´année dernière. La réforme de la Pac et ses conséquences sur le prix du lait, l´avenir des quotas laitiers et betteraviers, la concurrence avec les pays de l´Est. sont de véritables sources d´inquiétude. « On s´en sort parce qu´on est très autonome. Nos vaches ne sont pas poussées (8000 litres) », précise Kris. Grâce à leur quota betteravier, les éleveurs distribuent de la pulpe surpressée à un faible coût : 7,17 euros/tonne pour la pulpe liée au quota contre 19,05 euros hors quota. « Il ne faut pas perdre espoir, mais ça fait peur pour nos enfants (Joris 14,5 ans ; Kim 9 ans et Elina 5,5 ans) », conclut Marie-Judith Dhaemer. De leur côté, pour réduire les coûts de production, Philippe et Freddy Debougnoux ont construit eux-mêmes la stabulation des vaches. Ils inséminent leurs vaches. Selon Valéry Samyn, conseiller agricole à la coopérative Lac + « les éleveurs belges valorisent bien les fourrages, les co-produits comme la pulpe surpressée. Ils complètent parfois leur revenu avec la production de viande bovine (race Blanc bleu belge). »
Pour compliquer le tableau, depuis le début des années 2000, la Belgique accentue la régionalisation avec comme conséquence des lois agricoles différentes entre la Flandre et la Wallonie.
Ce choix politique ne facilite pas la tache de certains agriculteurs et la défense des intérêts belges au sein de l´Union européenne. « C´est presque devenu deux pays différents dans le secteur agricole », regrette Willy Boon.

(1) Lac + est associée avec la coopérative de Chéoux dans l´entreprise Solarec. Cette dernière a été rachetée à Bongrain après son départ en 2001. L´Usine transforme 600 millions de litres de lait produits par les 3000 producteurs.
(2) Prix hors TVA.
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