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Alimentation des bovins
Contre l´acidose sub-clinique, pourquoi ne pas tester l´ensilage de blé immature ?

Très digestible et riche en fibres, l´ensilage de blé immature apparaît comme un bon moyen pour limiter les risques d´acidoses sub-clinique.


Sécuriser les rations acidogènes par l´apport de céréales ensilées immatures, tel est le pari réussi de Jean Crosville, éleveur laitier à Campigny dans le Calvados. Une dizaine d´autres exploitants du département se sont également lancés dans cette technique pour venir à bout des acidoses sub-cliniques qui guettent leurs troupeaux. Et les résultats ne se sont pas fait attendre. « Si d´ordinaire, les céréales ensilées immatures sont utilisées en cas de pénurie de stock ou dans les zones à faible potentiel de rendement en maïs, elles permettent aussi de sécuriser les rations à risque, explique Philippe Marie du Contrôle laitier du Calvados, qui suit ce groupe d´éleveurs. Très digestible et riche en fibres, l´ensilage de blé apparaît comme une bonne solution pour maîtriser les problèmes de manque de fibrosité des rations, sans pour autant engager un gros investissement en temps et en matériel. »
©E. Bignon


Plus efficace que la paille ou le foin contre l´acidose
« Dans un système intensif comme le mien, les laitières sont toujours en limite d´acidose, confie Jean Crosville. Plus rien ne marchait, ni les aliments du commerce, ni l´apport de foin ou de paille dans la ration n´ont permis de résoudre les problèmes métaboliques des laitières. »
Jusqu´en 2000, les cinquante Prim´Holstein du troupeau, à 10 000 litres de lait en moyenne, recevaient une ration complète composée pour les deux tiers de maïs ensilage et un tiers d´ensilage d´herbe, complémentée avec 2,5 kg de maïs grain, 2 kg de concentré de production, et 5 kg de correcteur azoté (un mélange tourteau de soja et tourteau de colza). Environ 1,5 kg de paille intégrait la ration pour faire ruminer les animaux. « Le lait était là, mais pas les taux, raconte l´éleveur. Le taux butyreux moyen ne dépassait pas 35 grammes par litre de lait. Certaines vaches présentaient même des taux inversés, avec un taux protéique supérieur au taux butyreux. »

Les boiteries étaient fréquentes, et les bouses claires et liquides contenaient des grains non digérés. Côté reproduction, les résultats n´étaient pas brillants non plus. Moins de 35 % de réussite en première insémination, avec des retours en chaleur tardifs, pas avant 110 jours. « Même l´incorporation de 2 kg de luzerne brins longs dans le régime n´a pas permis de remédier aux ennuis métaboliques, soutient Jean Crosville. J´ai alors décidé de franchir le pas et d´ensiler une partie de la récolte de blé, comme le font certains exploitants dans la Meuse depuis quelques années. »
©E. Bignon

Les vaches ruminent plus et le TB remonte
Huit hectares ont ainsi été ensilés début juillet. « Récolté au stade pâteux, lorsque le blé est encore vert, ce fourrage apparaît plus digestible que la paille, commente le technicien. Il permet de faire ruminer les animaux, sans déconcentrer exagérément la ration. » Les brins mesurent environ quatre à six centimètres de longueur. Ils ne doivent pas non plus être trop longs pour éviter les problèmes de tassement au silo.
Dès la première campagne d´utilisation, en 2001, l´expérience s´est montrée concluante. Pourtant l´ensilage de blé récolté cette année-là affichait un taux de matière sèche élevé, supérieur à 41 %. L´ingestion n´a pas été pénalisée pour autant. « Avec 4,5 kilos de matière sèche de blé ensilé dans la ration, les niveaux d´ingestion ont augmenté rapidement. » La panse travaille davantage et les fourrages sont mieux valorisés.

« Le blé ensilé complète avantageusement le maïs, surtout si celui-ci est haché fin, estime Philippe Marie. Dans la pratique, les recommandations d´apport s´élèvent à 8 ou 10 kg brut de blé ensilé dans la ration. » L´éleveur confirme aussi l´impact positif sur les taux. Entre 2000 et 2001, le taux butyreux moyen est passé de 34,7 à 37,2 g/kg de lait. « En 2002, le TB a même atteint 38 g/kg de moyenne », se félicite Jean Crosville. Globalement, les vaches ont retrouvé un meilleur état général et les résultats de reproduction se sont considérablement améliorés, avec plus de 60 % de réussite en première insémination.
En 2002, les rendements ont approché une moyenne de douze tonnes de matière sèche à l´hectare pour une teneur en matière sèche comprise entre 35 et 38 %. Cette année, Jean compte encore augmenter la part de blé ensilé. La surface récoltée croît d´année en année. « Seize hectares seront ensilés sur les vingt-trois hectares semés », conclut l´éleveur, confiant. Mon objectif est d´assurer aux laitières une ration à base de 60 % d´ensilage de maïs et 40 % d´ensilage de blé, sur toute l´année. »
Une ration complète équilibrée pour 35 à 50 kilos de lait.


Toutes les céréales peuvent être ensilées. L´ensilage de triticale, plus fibreux et moins énergétique, s´adresse davantage aux génisses et aux taries.
Le choix des variétés s´oriente vers des variétés tardives à fort potentiel de rendement en grain et en paille pour obtenir un fourrage suffisamment riche et fibreux.
La conduite est somme toute assez classique. « On peut économiser 1 à 2 traitements fongicides par rapport à un blé récolté en grain, commentent les éleveurs. La seule précaution à prendre est de n´appliquer aucun traitement sur la culture au moins trois semaines avant la récolte pour éviter toute rémanence de la matière active dans l´ensilage, qui pourrait perturber la flore du rumen. »
Le stade de récolte apparaît primordial. L´ensilage intervient au début du stade pâteux du grain. A ce stade, le fourrage évolue vite, il nécessite une surveillance quotidienne des parcelles pour ne pas se laisser déborder. La plage d´intervention est d´environ 10 jours. « Il faut ensiler quand la tige commence à jaunir, conseille Philippe Marie du Contrôle laitier du Calvados. L´idéal est d´approcher 35 % de matière sèche. Au-delà, la conservation risque d´être pénalisée. »

La récolte peut être réalisée de trois façons. La solution la plus pratique est d´utiliser une automotrice équipée d´une barre de coupe à céréales de moissonneuse-batteuse ou d´une barre à coupe directe. Peu d´entreprises disposent désormais de ce type de matériel et généralement, les éleveurs ont recours à une ensileuse à maïs équipée d´un bec rotatif (type Kemper), même si ces dernières coupent plus haut. La technique qui combine fauche et ramassage au pick-up est moins adaptée car elle favorise l´égrainage et la remontée de terre avec le fourrage.
La conservation de l´ensilage de blé ne pose pas de problème particulier. Il suffit de tasser énergiquement le fourrage et d´assurer une vitesse d´avancement rapide à la reprise.
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