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Confier ses génisses à des éleveurs spécialisés

En Auvergne, des naisseurs mettent en pension leurs génisses chez des éleveurs spécialisés. Ils souhaitent créer, via leur syndicat, un réseau de proximité.

Yves Hautier a réaménagé et agrandi la stabulation entravée où il logeait ses vaches laitières. Il peut y mettre cinquante génisses, une partie en parcs et une partie à l’attache.
Yves Hautier a réaménagé et agrandi la stabulation entravée où il logeait ses vaches laitières. Il peut y mettre cinquante génisses, une partie en parcs et une partie à l’attache.
© B. Griffoul

« Depuis un mois et demi que nos génisses sont parties, nous avons vraiment un autre confort de travail. En hiver, cela va nous faire gagner trois heures de travail par jour car elles étaient élevées dans un vieux bâtiment, pas du tout fonctionnel. Du coup, on peut mieux suivre nos vaches», assurent Virginie et David Duchamp, éleveurs dans le Puy-de-Dôme (Gaec de Montbaillard : 320 000 litres avec 50 vaches). Il a mis toutes ses femelles de renouvellement en pension, à 35 kilomètres, chez Yves Hautier, ancien producteur de saint-nectaire dans le Cantal, aujourd’hui éleveur de génisses. Ce dernier est le président du tout nouveau syndicat des éleveurs de génisses des monts d’Auvergne, constitué entre deux éleveurs et cinq naisseurs. Actuellement, les deux éleveurs accueillent environ 70 génisses. « Notre but est de créer un maillage de proximité entre naisseurs et  éleveurs du Cantal et du Puy-de-Dôme », explique son président.

De trois semaines jusqu’au vêlage pour 1400 euros

Les cahiers des charges des AOP d’Auvergne imposent que les animaux soient nés et élevés dans les zones d’appellations, à quoi s’ajoute la fin des quotas qui incite de nombreux producteurs à produire davantage de lait. Même si elle n’est pas encore très clairement exprimée, Yves Hautier est convaincu que « la demande est là. Beaucoup attendent de voir si ça marche ». Il lui parait plus compliqué en revanche de trouver des éleveurs qui voudraient prendre des génisses en pension car « cela demande un changement de système ».

La relation entre les naisseurs et les éleveurs est contractualisée dans un règlement intérieur, qui explicite les conditions d’élevage. Des objectifs de croissance sont indiqués dans le contrat, selon l’âge au vêlage souhaité, et contrôlés avec trois pesées par an. « L’objectif est de prendre les génisses à 3 semaines et de les amener jusqu’à un vêlage le plus près possible de 2 ans », indique Yves Hautier. Le plan d’alimentation est établi avec un technicien de Cantal Conseil élevage. Sur le plan sanitaire, les bêtes doivent provenir d’un élevage indemne d’IBR et présenter une virologie BVD négative. Le protocole antiparasitaire est de la responsabilité de l’éleveur.

La mise en pension est facturée 1400 euros par génisse si elle n’est pas sevrée à l’arrivée, et 50 euros de moins dans le cas contraire. Sur cette somme, 50 euros (ainsi qu’une cotisation annuelle de 30 euros) sont reversés au syndicat pour la gestion administrative et la facturation (assurées par Cantal Conseil élevage) et la prise en charge d’un certain nombre de dépenses (pesées, conseil alimentation, visite d’un vétérinaire du GDS). Yves Hautier reconnaît que le prix, qui a été calculé avec l’aide de la chambre d’agriculture, " peut faire peur. Mais, quand on discute du vrai prix de revient d’une génisse, les gens comprennent qu’il est justifié. Il faut que ce soit intéressant pour les deux parties ». David Duchamp n’a pas été effrayé par ce tarif car il sait que, sans cette solution, il aurait dû construire un bâtiment pour loger ses génisses.

Un protocole de mise à la reproduction

La mise à la repro se fait de préférence sous forme d’un groupage de chaleurs. Les accouplements sont décidés par le naisseur et tous les frais de reproduction à sa charge. Si le diagnostic de gestation, réalisé après trois inséminations, montre que la génisse n’est pas pleine, le naisseur peut soit la reprendre, soit autoriser l’éleveur à mettre un taureau de race à viande (IA ou monte naturelle), soit la faire abattre. Dans ce dernier cas, la perte (différence entre prix de mise en pension et valeur à l’abattoir) est assumée à parts égales entre le naisseur et l’éleveur.

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