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Lait : Actualité agricole et agroalimentaire de la filière lait dédiée aux agriculteurs, éleveurs de vaches laitières.

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CONDUITE DU RATIONNEMENT
CONDUITE DU RATIONNEMENT - CONDUITE DU RATIONNEMENT - L’efficacité alimentaire ou comment optimiser l’ingestion

L’efficacité alimentaire évalue la capacité de la vache à transformer les aliments en lait. Un critère plutôt séduisant mais pas forcément facile à calculer et à manipuler avec précaution.

CALCULER L’EFFICACITÉ ALIMENTAIRE d’un troupeau
est en soi assez simple à condition toutefois
d’être capable de bien évaluer la quantité
de matière sèche ingérée par les vaches.
CALCULER L’EFFICACITÉ ALIMENTAIRE d’un troupeau
est en soi assez simple à condition toutefois
d’être capable de bien évaluer la quantité
de matière sèche ingérée par les vaches.
© B. Griffoul

Effet de mode ou nouvel outil pertinent pour optimiser la conduite d’un troupeau laitier ? L’efficacité alimentaire des vaches laitières, longtemps ignorée ou presque en France, semble bénéficier aujourd’hui d’un regain d’intérêt. Des firmes de service en font un de leurs outils de base pour conseiller les éleveurs. « Depuis douze ans que nous sommes présents en France, nous mesurons le niveau d’efficacité alimentaire chez nos clients, explique Nicolas Kermorvan, nutritionniste chez Keenan. Ce critère est le point de départ de tout audit nutrition parce qu’il est le seul à faire le lien entre le technique et l’économique. Notre objectif est de monter, dans chaque élevage, le niveau d’efficacité alimentaire le plus haut possible. »

Peser finement et bien connaître le taux de matière sèche

Le groupe de nutrition CCPA a mené l’hiver dernier une enquête dans 58 élevages pour évaluer leur niveau d’efficacité alimentaire, chiffrer l’impact économique de ce critère, en comprendre les ressorts. Ce critère est désormais intégré à son logiciel de rationnement. « C’est un critère économique de tout premier ordre car l’alimentation est le poste de charge le plus important de l’atelier laitier, estime Yann Martinot, directeur technique du syndicat de contrôle laitier de l’Orne. Il ne remplacera pas le coût de concentré ni le coût alimentaire mais viendra s’ajouter à tous les critères qui permettent de s’assurer que les rations sont équilibrées et efficaces. Il rejoint le concept à la base de la nutrition qui est de considérer la vache comme un moyen de transformer les aliments en lait et non pas comme une finalité à produire. On a souvent dit qu’il fallait maximiser l’ingestion ; au regard de ce critère, il semble nettement plus important de l’optimiser. »

Le contrôle laitier de l’Orne est pour l’instant un des rares organismes d’élevage (avec celui de Haute-Marne) à avoir travaillé sur ce concept. Mais, que met-on derrière ce terme d’efficacité alimentaire? A priori rien de plus simple. Il s’agit du rapport entre les kilos de lait produit par une vache (lait brut corrigé du TB) et la quantité de matière sèche qu’elle ingère dans une journée. En pratique, les choses sont nettement plus compliquées, à la fois pour obtenir un chiffre fiable et l’interpréter correctement.

Première difficulté: évaluer l’ingestion. « Il faut, d’une part, avoir des outils capables de peser finement et régulièrement calibrés. D’autre part, il faut être sûr que la matière sèche de tous les aliments est bien connue », insiste Yann Martinot. Entre les incertitudes liées aux différentes parcelles ensilées et la pluviométrie qui peut modifier sensiblement le taux de matière sèche de l’ensilage au niveau du front d’attaque, les approximations peuvent être grandes. L’interprétation ensuite. L’efficacité alimentaire dépend de nombreux facteurs. Yann Martinot en a retenu trois qu’il considère comme majeurs: le poids des vaches, leur niveau de production et leur stade de lactation.

Les deux premiers sont liés aux besoins d’entretien, plus ou moins élevés selon le poids et plus ou moins dilués selon la quantité de lait produite. « Plus les animaux s’alourdissent, moins ils deviennent efficaces ». En revanche, plus ils sont productifs, moins ils consomment par kilo de lait produit. Quant au stade de lactation, il interfère du fait que la vache mobilise puis reconstitue ses réserves adipeuses. Après le vêlage, l’efficacité alimentaire est nettement meilleure qu’en fin de lactation. Elle est influencée également par d’autres facteurs comme le pour centage de primipares (qui poursuivent leur croissance), la part de concentré (0,1 point par tranche de 10 % au-dessus de 30 %)…

Yann Martinot a mis au point une grille d’interprétation de l’efficacité alimentaire qui tient compte de ces facteurs de variation. « Si le résultat est en dessous des normes, la ration est mal valorisée, les facteurs de déséquilibre doivent être corrigés. S’ils sont au-dessus des normes, les animaux valorisent très bien la ration ou mobilisent beaucoup, peut-être trop. Ce point doit être surveillé, surtout en début de lactation afin d’anticiper un amaigrissement excessif. » Pour rendre l’interprétation des résultats plus simple, CCPA a, de son côté, conçu un critère synthétique d’efficacité alimentaire (CREA objectif) qui intègre ces facteurs de variation.

Une forte variabilité de l’efficacité alimentaire

L’enquête du groupe CCPA a mis en évidence une efficacité alimentaire moyenne de 1,31. « Dans tous les systèmes d’alimentation, maïs ou herbe, nous avons observé une forte variabilité de l’efficacité alimentaire, de 0,9 à 1,6, affirme Florent Boivin, ingénieur au service ruminants. Pour un même niveau de production, l’amplitude est très forte également, de l’ordre de 0,4 point. La production n’est donc pas un critère suffisant pour juger de l’efficacité alimentaire. Nous estimons que la marge de progrès raisonnable se situe en moyenne entre 0,2 et 0,3 point. Sur des systèmes bretons, avec un niveau d’étable potentiel de 9 000-10 000 litres, on peut atteindre un niveau d’efficacité alimentaire de 1,6. » Si le respect des fondamentaux de la nutrition est le levier le plus efficace pour améliorer l’efficacité alimentaire — principalement, la prévention de l’acidose et choix de formes d’azote adaptées, indique Yann Martinot —, d’autres facteurs peuvent également jouer, tels que la génétique, les aspects sanitaires et l’environnement de l’animal (confort, qualité de l’eau, mode de distribution des aliments…).

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