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Concilier rentabilité et biodiversité des prairies

En Savoie, les éleveurs en AOP tome des Bauges se sont investis dans la gestion des prairies naturelles avec le soutien des acteurs du territoire.

Dans le massif des Bauges, marqué par des contraintes naturelles fortes et très axé sur les produits AOP et IGP, la biodiversité prairiale est une ressource intéressante tant pour la rentabilité des systèmes que pour l'image des filières.
© PNRMB

Le parc naturel régional du massif des Bauges et l’AOP tome des Bauges sont de création récente, en 1995 pour le premier et en 2002 pour la seconde. Le parc couvre 63 communes et 600 exploitations. L’AOP regroupe 50 éleveurs dont 10 transforment à la ferme, et 5 ateliers coopératifs. « Dès le départ, il y a eu une collaboration très positive entre les deux structures et une reconnaissance du travail des éleveurs pour l’environnement et la biodiversité », précise Audrey Stucker, du parc naturel régional. Un point essentiel a été le constat du lien important entre diversité floristique des prairies, produit et rentabilité des exploitations. Ce constat a entraîné dès 2006 la création d’un concours des prairies fleuries, inscrit au concours général agricole en 2013, avec en parallèle la mise en place d’une MAE prairies fleuries. « Cette MAE à obligation de résultats était une reconnaissance du rôle des éleveurs et de la filière dans le maintien de la biodiversité. »

Croiser les données biodiversité, les pratiques et les résultats

Les éleveurs toutefois s’interrogeaient sur les pratiques attendues, l’autonomie fourragère, leur résilience aux aléas climatiques, leur rentabilité, alors que la filière AOP commençait à se développer. Parallèlement, le constat était fait que certaines prairies se dégradaient, que d’autres étaient délaissées… En 2014, la décision a donc été prise de travailler de façon plus précise sur le lien entre biodiversité prairiale, pratiques et résultats économiques. Deux programmes Casdar, Mobilisation collective pour l’agro-écologie et Atous - Services éco-systémiques des prairies, ont été engagés pour trois ans, associant le parc naturel régional du massif des Bauges, l’AOP tome des Bauges, la chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc et le Ceraq (1). Vingt et un éleveurs se sont mobilisés, avec un accompagnement individuel par la chambre d’agriculture, beaucoup d’échanges, des diagnostics d’exploitation, des formations "coût de production", des interventions dans des lycées agricoles et MFR… Un inventaire floristique a été réalisé, avec 200 relevés de végétation sur 52 prairies naturelles, soit 246 espèces totales observées, montrant la présence de 34 à 87 espèces par prairie selon l’altitude, les sols, les pratiques… Ces données floristiques ont été croisées avec les pratiques sur ces prairies et avec les coûts de production des exploitations. « Les travaux ont montré que la rentabilité passe aussi par la biodiversité des prairies, indique Thomas Malvoisin, de la chambre d’agriculture. Nous sommes passés pour cela de l’échelle de la parcelle à celle de l’exploitation et du territoire. Toutes les exploitations ont des prairies riches et des prairies moins riches. C’est l’équilibre des prairies et des pratiques qui fait à la fois la rentabilité de l’exploitation et de la filière, et la biodiversité. » Deux fiches techniques ont été élaborées pour aider les éleveurs à qualifier la biodiversité de leurs prairies et à améliorer leur stratégie fourragère, avec déjà des évolutions des pratiques (autonomie fourragère et alimentaire, précocité et intensification des fauches, rotation des pâtures…). L’accompagnement de l’ensemble des éleveurs de l’AOP et les actions collectives (formation, réflexion sur le cahier des charges de l’AOP, communication…) se poursuivent également. « Les éleveurs se sont appropriés la diversité des prairies comme une ressource économique », soulignent les intervenants.

(1) Centre de ressources pour l’agriculture de qualité et de montagne.

Trois systèmes complémentaires

Trois stratégies fourragères ont été identifiées sur les 21 exploitations, avec des impacts variables sur la biodiversité et la rentabilité : du lait à l’herbe économe en intrants avec un maximum d’herbe pâturée, du lait par vache et une ration efficace et, du lait d’hiver avec des aliments stockés. « La stratégie du lait à l’herbe permet un bon revenu et est la plus favorable à la biodiversité et à l’image de la filière, note Audrey Stucker, du parc naturel régional du massif des Bauges. Mais les trois stratégies sont complémentaires. C’est cette complémentarité qui assure la pérennisation de l’activité économique et de la biodiversité et la richesse du territoire et sa résilience face aux changements climatiques. »

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