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Deux éleveurs témoignent
Comment devenir une ferme durable ?

Le réseau d'éleveurs et de conseillers Eurodairy s'est penché sur la question de la résilience. L'heure est à la diffusion de deux outils qu'ils ont mis au point.

Améliorer la durabilité des fermes laitières était le thème central du réseau européen Eurodairy, de conseillers et d'éleveurs de 14 pays. Ce travail arrive à son terme. Des éleveurs volontaires des Hauts de France, Rhône Alpes et Normandie ont participé aux travaux sur la résilience socio-économique des fermes laitières. Et fin juin, le groupe normand et la chambre d'agriculture organisaient une journée de restitution et d'échanges avec les autres groupes français. Mais au fait, c'est quoi la résilience ? "C'est la capacité d'un système à faire face à des perturbations extérieures ou intérieures pour perdurer dans le temps. C'est la capacité d'adaptation pour assurer la pérennité de l'exploitation, via des facteurs sociaux, économiques et environnementaux", ont résumé les éleveurs des trois régions. Une ferme résiliente est donc solide sur ces trois volets pour être en mesure de gérer des aléas.

Comment améliorer sa résilience ? "Dans tout système, ce qui compte c'est que les choix soient cohérents et répondent aux objectifs des éleveurs, résume Emmanuel Plancq, éleveur du groupe Normandie. Pour être résilient, il faut être entreprenarial. C'est-à-dire sécuriser son exploitation. Chercher l'information par soi-même et se faire accompagner non pas pour suivre les conseils mais pour nourrir sa réflexion. Et évaluer ses projets : quand j'investis un euro il faut que ça me rapporte plus qu'un euro, et je me lance parce que j'ai calculé l'impact sur l'économie et le travail."

Au cours du projet Eurodairy, les éleveurs ont amené leurs expériences pour identifier les facteurs de résilience et ils ont construit avec les chambres d'agriculture deux outils d'évaluation — de la résilience globale et de la résilience sociale -— pour situer rapidement les points forts et points faibles d'une exploitation. L'heure est à leur diffusion pour sensibliser et aider les autres éleveurs.

Évaluer sa résilience en cinq volets

Le premier outil évalue tous les aspects de la résilience. Il renseigne des indicateurs et aboutit à des notes qui se lisent rapidement sur un diagramme en radar à cinq axes. Pour l'axe Stratégie, la résilience implique d'avoir des objectifs clairs et partagés par les personnes travaillant sur l'exploitation mais aussi par les conjoints. Un plan d'actions est défini pour les atteindre. Sur le volet humain et social, outre les volumes horaires travaillés, le nombre d'accidents, la durée des vacances..., des appréciations sur le stress de l'éleveur, sa relation avec le voisinage... permettent d'attribuer une note moyenne.

Le deuxième outil évalue la résilience sociale. Celle-ci place l'homme au coeur de la réflexion et explore tous les facteurs influençant la qualité de vie au travail : bien être physique, psychique, la proximité des services pro, l'ouverture sur l'extérieur, l'organisation du travail, le temps d'astreinte...

Placer l'humain au centre

"Nous voulons évoluer en phase avec la société"

Le Gaec Noury dans le Calvados, est engagé dans plusieurs groupes pour s'adapter aux demandes du marché. En tant que président de l'OP Danone Basse Normandie, Damien Lecuir, un des deux associés, a travaillé sur les coûts de production pour la formule de prix Danone. Avec le Cniel, le Gaec a planché sur la réduction de l'empreinte carbone. "Nous avons intégré un groupe sur la simplification du travail animé par la chambre d'agriculture. Comme Danone cherche des éleveurs bio, nous avons demandé à la chambre d'agriculture de nous simuler l'impact d'un passage en bio." Enfin, le Gaec s'est engagé dans Eurodairy.

L'objectif du Gaec créé en 2003 était de se développer pour dégager du revenu et du temps libre. Objectif tenu avec un prélèvement équivalent à deux Smic par UMO lait, trois semaines de congé, des week-end, du temps pour participer à des groupes et avoir des responsabilités extérieures. "Notre système est simple et low cost, bâti sur deux ateliers, cultures et lait." L'atelier lait est passé de 500 000 à 900 000 litres avec 100 vaches. Il y a 300 ha de SAU dont 60 ha de prairies permanentes. "Nous avons développé la prestation de services pour les cultures afin d'optimiser le matériel et un groupement d'employeurs pour optimiser la main d'oeuvre. Le Gaec compte deux associés et deux salariés aux compétences complémentaires", décrit Damien Lecuir.

La recherche de l'efficacité des ressources

Les résultats économiques traduisent une maîtrise des coûts et une productivité du travail élevée. Les éleveurs ont simplifié le travail pour pouvoir travailler seul et de façon efficace. Chaque associé a ses propres responsabilités mais est capable de tout faire. 

Il reste des choses à améliorer, comme l'autonomie protéique. "Nous voulons être moins sensibles à l'évolution des cours des matières premières. Ce qui nous plaît aussi, c'est d'être en accord avec les attentes sociétales : pâturage, alimentation locale, non OGM... Pour se sentir mieux."

Des choix qui ne sont pas qu'économiques

"La bio, ça nous trotte dans la tête mais rien n'est décidé. La simulation d'un passage en bio de l'atelier lait est positive sur le plan économique, mais ça coince côté travail et investissements. Il faudrait aussi passer les cultures en bio pour plus de cohérence, mais on n'est pas encore prêts." Par contre, le Gaec veut réduire son coût alimentaire en améliorant son empreinte environnementale. "On a déjà commencé : implanter des légumineuses, utiliser nos céréales et mieux valoriser le pâturage (participation à un groupe pâturage)." La simulation de la chambre d'agriculture a porté sur l'implantation de 6 ha de prairie temporaire, de 7 ha de pois protéagineux et de 6 ha de luzerne pour ensilage et foin, à la place de cultures de vente. "La marge brute augmente, mais il y aura des charges de travail en plus. Au final, le bilan est à l'équilibre", résume la chambre d'agriculture. Mais le Gaec est motivé par rapport aux attentes sociétales.

"Une nouvelle vision de l'intérêt du salarié"

Pour Emmanuel Plancq, éleveur dans l'Orne, "la résilience n'est pas un objectif. On devient résilient. Mes objectifs sont de tirer un revenu de l'élevage, d'avoir du temps libre et de développer un système économe autonome avec le plus d'herbe possible, en bio depuis peu. Je veux répondre aux attentes sociétales qui sont aussi les miennes. Je veux dormir tranquille, donc avoir des animaux en bonne santé". Pour cela, l'éleveur a privilégié la rusticité. Son troupeau est croisé Prim'holstein et Brune des Alpes. Et il va intégrer d'autres races de plus petit gabarit avec de meilleurs taux.

"J'ai intégré Eurodairy pour faire part de mon expérience ; comment je réussis à faire vivre ma famille avec mon exploitation extensive : 320 000 litres avec 60 vaches sur 127 ha dont 20 ha de méteils, le reste en prairies." Les échanges avec les autres éleveurs lui ont beaucoup apporté. "Notamment sur l'intérêt du salarié. Le point faible de ma ferme était que j'étais vraiment tout seul ; je ne pouvais pas me permettre d'être malade. Avant, des témoignages négatifs sur les salariés j'en avais entendu. Mais dans mon groupe Eurodairy, j'en ai entendu des positifs, et les éleveurs m'ont apporté des conseils pour que la relation se passe bien. Depuis peu, je prends un salarié du service de remplacement, pour l'instant 10 heures par semaine. Cela me permet de partir en congé, en formation, d'assurer mes responsabilités communales. Mon objectif à terme est d'augmenter le nombre d'heures et d'avoir quelqu'un qui connaisse bien l'exploitation, pour vraiment sécuriser la ferme."

"Envisager et calculer l'impact d'un choix extrême"

Dans le cadre d'Eurodairy, trois projets ont été simulés. Aujourd'hui, Emmanuel Plancq loue un bâtiment à quelques kilomètres du site principal pour ses génisses et il faut y amener l'eau et l'alimentation. Le 1er projet est de faire un bâtiment neuf pour les génisses sur le site principal. Le 2e projet est d'utiliser le bâtiment actuel des vaches et des veaux pour y mettre les élèves et de faire un bâtiment neuf pour les laitières avec un nouveau bloc traite. Le 3e projet paraît extrême : ne pas investir dans un bâtiment neuf, regrouper tous les animaux dans le bâtiment existant et donc réduire le cheptel et la production. "Mon choix n'est pas tranché. Il se fera en concertation avec ma famille et en fonction du projet de mon fils." Le projet 1 réduit le temps de travail de 70 heures par an et le revenu disponible, actuellement de 88 000 euros avant MSA, baisse de 10 000 euros, avec 12 000 € d'annuités en plus. Le projet 2 réduit le temps de travail de 236 h/an et le revenu disponible de 20 000 € avec 23 000 € d'annuités en plus. Le projet 3 réduit le temps de travail de 800 heures et le revenu disponible de 30 000 € (57 780 € avant MSA). "La vraie question à se poser c'est : quelle est ma priorité, le temps ou le revenu ? Pour quoi faire ?"

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