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Lait : Actualité agricole et agroalimentaire de la filière lait dédiée aux agriculteurs, éleveurs de vaches laitières.

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Combiner les potentialités de chaque race

Le croisement laitier offre une alternative pour adapter le troupeau en jouant sur l’hétérosis et la complémentarité des races. Dans le Finistère, un groupe d’éleveurs herbagers s’est lancé dans des croisements massifs depuis 2009.

Avec 45 % de vaches kiwis dans leur cheptel, les Néo-Zélandais sont les pionniers du croisement laitier. Mais la Nouvelle-Zélande n’est pas le seul pays adepte de cette pratique. Aux USA, 9,5 % des vaches laitières sont croisées et aux Pays-Bas 12 %. Beaucoup de pays s’y intéressent. Certains comme la Nouvelle-Zélande ont même mis en place une indexation permettant une sélection d’animaux croisés. Si en France le croisement laitier reste timide avec seulement 1,5 % des inséminations premières (50 000 IAP) à son actif, il est en progression de 30 à 40 % par rapport à 2010.

Que recherche-t-on avec le croisement ? « Un effet hétérosis qui apporte un bonus sur les performances en particulier la production et la fertilité. Et une complémentarité entre races pour améliorer les aptitudes fonctionnelles, répond Pascale Le Mézec, de l’Institut de l’élevage (1). Le changement est sensible dès la première génération. Globalement sur la première génération de Holstein x Montbéliarde, les animaux ont une performance comparable à la Holstein avec de meilleures aptitudes fonctionnelles (+ 6,4 % de matière utile par rapport à la Montbéliarde et + 6,5 % de réussite à l’IA par rapport à la Holstein). La première génération est homogène, mais ensuite on observe une plus grande hétérogénité et une plus grande diversité des animaux. »

Des stratégies différentes selon les contraintes de chaque ferme

Dans le Finistère, un groupe d’éleveurs herbagers s’est lancé dans le croisement en 2009. Ils sont aujourd’hui 27 dont 14 éleveurs en bio et 6 jeunes installés depuis moins de deux ans (en moyenne 360 000 litres par an et 9 % maïs dans la SFP). « Ce sont des éleveurs qui ont des pratiques radicales : optimisation maximale du pâturage, vêlages très groupés, vaches nourrices ou monotraite pour une partie d’entre eux, utilisation de nouvelles fourragères comme le plantain et la chicorée…, explique l’animatrice du groupe Isabelle Pailler de la chambre d’agriculture du Finistère. Ces éleveurs recourent à des croisements massifs presque systématiques en cherchant à combiner les potentialités de chaque race. « Certains recherchent des vêlages groupés et veulent des vaches fertiles avec de faibles périodes improductives, d’autres veulent d’excellents membres, les vaches devant parcourir plusieurs kilomètres par jour jusqu’aux pâturesIls sélectionnent aussi des animaux qui s’adaptent à leur système fourrager et peuvent fonctionner avec peu d’intrants, des vaches robustes avec des taux importants, des vaches avec une bonne production de matière utile par rapport à leur poids vif capable de faire le yoyo. »

Les races utilisées sont majoritairement la Holstein, la Jersiaise danoise ou néozélandaise, la Montbéliarde, la Rouge suédoise ou norvégienne, et plus rarement la Normande, la Brune, et la Simmental. « Ils cherchent à combiner les potentialités de chaque race. Aujourd’hui l’effet hétérosis n’est pas perceptible dans un élevage, ce que l’on voit bien, c’est la complémentarité entre races : la bonne performance, la santé et la fertilité de la Rouge scandinave, la polyvalence de la Montbéliarde, la matière utile, la bonne aptitude au pâturage et la précocité de la Jersiaise ».

Des animaux robustes très discrets avec du croisement HolsteinxMontbéliardexRouge scandinave

Les stratégies sont différentes suivant les contraintes de chaque ferme. Les éleveurs de ce groupe pratiquent le plus souvent un croisement trois voies. « Le plus fréquent est le croisement HolsteinxJersiaise x Rouge scandinave : il donne une petite vache fertile agressive au pâturage 'championne de la matière utile'. Dans des situations où la surface est limitante, on retrouve le croisement HolsteinxMontbéliardexRouge scandinave qui donne des animaux plus grands, robustes, très productifs dont les performances approchent celles de la Holstein, très discrets dans le troupeau. » Le travail du groupe se poursuit pour déterminer quelles croisées sont les plus adaptées à quel système. Ce qui est sûr, c’est que, même s’il faut plusieurs générations pour voir tous les effets, les résultats moyens du groupe sont surprenants : 60 % de réussite en 1re IA avec un IVV de 386 jours ; 25,8 mois d’âge au 1er vêlage, 12 €/1 000 l de frais vétérinaires et peu d’interventions, des taux permettant une plus-value de 28 €/1 000 l, une moyenne économique de 4 000 litres en bio (avec beaucoup de monotraite) et 6 000 litres en conventionnel, un coût alimentaire de 46 €/1 000 l avec 235 kg concentré/vache. Au final le groupe dégage en moyenne une marge brute de 409 €/1 000 litres, 45 % EBE/produit, plus de 3 000 €/UTH de revenu disponible par mois en 2015 avec seulement 0,55 kg d’eqCO2 émis par litre de lait (2).

Un gain de marge brute de + 20 à + 100 € par vache et par an

Des simulations économiques sur quinze ans ont été réalisées dans le cadre d’une thèse (1) par Charlotte Dezetter. Trois types de croisement ont été étudiés sur 120 vaches Holstein : le croisement HolsteinxMontbéliarde, et deux croisements rotatifs (ou 3 voies) HolsteinxmMontbéliarde puis Normande, HolsteinxMontbéliarde puis Rouge scandinave (2). Trois hypothèses ont été retenues pour le troupeau :

8 000 l/vache/an, 9 000 l/vache/an, et 8 500 l/vache/an avec risque élevé de troubles de santé. La chercheuse a également pris en compte la conjoncture avec différentes hypothèses de prix du lait et d’intrants. L’impact économique a été calculé sur trois périodes : la période de 1 à 5 ans après le début du croisement où les Holstein sont majoritaires, la période de 5 à 10 ans où les F1 sont majoritaires et la période 10 à 15 ans où il n’y a plus de Holstein. Les données techniques s’appuient sur des élevages engagés dans le croisement.

À partir de la cinquième année de croisement

Conclusion : « les trois stratégies de croisement permettent d’améliorer la marge brute par rapport à la Holstein, à effectif constant, affirme Charlotte Dezetter. Mais les écarts n’apparaissent qu’à la cinquième année. Le croisement apparaît comme une solution intéressante essentiellement pour des ateliers avec niveau de risque élevé de troubles de santé et en contexte économique défavorable ».

Le croisement permet en effet un gain moyen de marge brute de + 20 à + 100 €/vache/an ou de + 5 à + 13 €/1 000 l/an dans le contexte de 2014, ceci en absorbant les cinq premières années. L’effet est moindre pour le troupeau à 9 000 l/VL que pour celui à 8 000 l (moins de 1 % de gain de marge brute contre 3 à 4 %). Car « l’amélioration de la fertilité, de la santé de la mamelle et des taux de matière utile ne compense pas totalement la réduction du volume de lait livré suite à la baisse de productivité des vaches ». Le gain de marge brute est encore plus important avec un contexte économique défavorable qui génère un gain supplémentaire de + 5 à + 30 €. Enfin, les trois stratégies de croisement diminuent le nombre d’interventions (hors astreinte) de 7 à 8 % par rapport à la Holstein soit 0,5 intervention par vache et par an, ceci dès la première année.

Voir aussi Réussir lait d’octobre 2016, p. 58.(1) Menée en collaboration avec l’université NAM, Oniris, l’Inra, l’Institut de l’élevage et Pass’sas.(2) Méthode ProCross développé par Coopex.

"Les premiers résultats me rassurent"

« J’ai commencé le croisement 3 voies HolsteinxRouge scandinave x Montbéliarde en septembre 2009 après un voyage en Angleterre. Je produis seul 400 000 litres de lait sur 66 hectares avec un parcellaire bien groupé et un système très économe basé sur le pâturage. L’élevage dégage 51 % EBE sur produit avec un coût alimentaire de 40 €/1 000 litres. Mes 68 vaches produisent 5 800 litres à 33,8 TP et 43,2 TB (soit une plus-value de 23 €). Ce sont des vaches robustes, adaptables et souples. Par prudence, j’ai gardé la moitié de Holstein. Les premières F1 sont arrivées en fin de lactation en juin 2013. Les premières issues du croisement trois voies en juin 2016. C’est un processus très long ; il ne faut pas se décourager surtout quand on dénote dans le paysage. Les premiers résultats (sur les F1 seulement) me rassurent, ils laissent présager de bonnes performances. Les 15 F1 font en 1re lactation aussi bien, voire mieux que les Holstein ; sur des effectifs encore réduits, elles produisent moins de lait en deuxième lactation et nettement plus en troisième lactation. Mais surtout elles ont 4 points de TB et 1 point de TP en plus que les Holstein. Les vêlages sont très dynamiques avec des contractions très marquées, je me fais toujours surprendre. Le croisement, c’est aussi le moyen de me réapproprier la sélection et les plans d’accouplements ; je commençais à perdre pied avec la génomique. »

Hervé Leal, éleveur dans le Finistère Soit photo jointe recadrée soit RLA 305 p.100 V. Rychembusch

« Du croisement pour contrebalancer le passage en zéro pâturage »

« Nous produisons 500 000 litres de lait et faisons du croisement trois voies depuis une dizaine d’années. J’ai découvert cette pratique lors de voyages à l’étranger que j’ai réalisés grâce à la bourse Nuffield. Notamment au Royaume-Uni où dès les années 90 des tests et expérimentations de croisement entre Montbéliardes, Normandes, Holstein et Pie rouge suédoise ont été menés. Cela nous avait amenés, quand nous avons remplacé la salle de traite par un robot, à nous poser la question de l’orientation au niveau des races. Le robot nous obligeait à passer en zéro pâturage — à cause d’une route à côté des pâtures. Pour contrebalancer, nous avons cherché à avoir des animaux plus solides en passant en croisement trois voies en 2007. Nous avions à l’époque deux races dans notre troupeau de 60 vaches : nos Montbéliardes ont été inséminées en Holstein, et nos Holstein en montbéliarde. Sur les F1, nous avons mis de la Pie rouge suédoise. Aujourd’hui nous avons des F2 et des F3 : on revient sur la race d’origine, puis la seconde… Aujourd’hui nous avons 90 % de croisées. Il faut être prudent sur nos résultats, car nous avons changé de système, utilisé des outils de monitoring pour la repro… Le niveau de production actuel est de 8 400 kg avec un IVV-IAF de 380 jours et un âge au 1er vêlage de 27 mois (en 2007 : 7 100 kg 392 jours et 35,5 mois). Le plus gros intérêt du croisement, c’est la solidité des animaux et la facilité de conduite du troupeau. Mais il faut aimer la diversité ! »

Michel Pivard en Gaec dans l’Ain
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