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Tarissement : les cinq étapes incontournables pour passer au traitement sélectif

Une démarche balisée encadre le passage au traitement sélectif au tarissement. Il faut se poser les bonnes questions, prendre le temps d’analyser la situation sanitaire avec son vétérinaire, et impliquer les autres intervenants de l’élevage.

Lors du tarissement, ma vache est-elle éligible à l’obturateur seul, à l’antibiotique, aux deux, ou peut-elle tout simplement se passer de tout ? Pour pouvoir statuer, voici quel cheminement adopter.

1 Récupérer les données disponibles

Le point de départ est de disposer des données cliniques et subcliniques du troupeau. Classiquement, il s’agit principalement d’avoir entre les mains les concentrations cellulaires individuelles (CCI) mensuelles et l’historique des mammites cliniques. Des analyses bactériologiques ou encore la conductivité peuvent se révéler complémentaires. « Une coopération avec les autres intervenants de l’élevage, en particulier le contrôle laitier, s’avère primordiale pour tenir un discours cohérent et travailler de concert », insiste Philippe Le Page, vétérinaire et membre de la commission qualité du lait à la SNGTV.

2 Discriminer les vaches infectées des non infectées

« Nous proposons une méthode qui repose sur l’examen du dernier comptage cellulaire et la survenue ou non de mammite clinique dans les trois derniers mois de lactation, avance Philippe Roussel, de l’Institut de l’élevage. Le seuil proposé est de 100 000 cellules par millilitre maximum au dernier contrôle et l’absence de mammite clinique durant les trois derniers mois de lactation. » Toute vache répondant à ces deux critères peut raisonnablement être considérée comme non infectée et ne pas nécessiter d’antibiotique. « Cette stratégie a l’avantage d’être simple à mettre en place, poursuit Philippe Le Page. Et la sensibilité du seuil limite grandement le risque de ne pas traiter un animal infecté. »

Pour les éleveurs voulant éviter absolument ce risque, une approche individuelle de détection des vaches infectées, basée sur des examens complémentaires à l’animal peut s’envisager. Certains vétérinaires proposent par exemple une analyse bactériologique du lait de chaque quartier pour statuer avec certitude sur le statut de l’animal au tarissement.

3 Cibler l’antibiotique le plus adapté

Cette étape implique l’analyse du bilan épidémiologique et d’éventuelles données bactériologiques par le vétérinaire. Le but est de déterminer si les contaminations se transmettent plutôt de vache à vache ou par l’environnement ou les deux, et quel type de bactéries se retrouvent en fin de lactation, en vue de choisir l’antibiotique le plus adapté pour les animaux infectés. « Ces différents critères agrégés permettent alors d’objectiver la situation, d’avoir une bonne idée de ce qui se passe sur l’élevage pendant la période sèche mais aussi durant la lactation, détaille Philippe Le Page. Ce diagnostic préalable est incontournable pour estimer certains facteurs de risque sur l’élevage, en évaluer l’impact et pouvoir élaborer le protocole de soin qui sera le plus efficace. »

4 Évaluer les facteurs de risques en période sèche

Il convient ensuite de s’intéresser au risque de nouvelles infections intervenant pendant la période sèche pour décider de la nécessité ou non d’un obturateur. « L’analyse repose d’une part sur l’indice des nouvelles infections, qui correspond au pourcentage de vaches dont la première CCI après vêlage est supérieure à 300 000 cellules par millilitre parmi les vaches dont la dernière CCI avant tarissement est inférieure à 300 000 », précise Philippe Roussel.

« D’autre part, l'analyse repose sur les facteurs de risques liés au mode de conduite et au logement durant la période sèche. » Il faut notamment se demander si la surface de couchage est suffisante (logettes adaptées ou minimum 6 m2 par vache), si le paillage et le raclage sont assez fréquents, si la ventilation du bâtiment est correcte, etc. « Comme le nombre de vaches taries fluctue au cours de l’année, mieux vaut procéder à une évaluation au maximum de l’occupation », recommande Philippe Le Page.

En plein air, les risques sont également présents s’il y a des zones de piétinement et de couchage préférentiel à proximité des abreuvoirs, râteliers, pourtours d’arbres, etc. D’autres critères inhérents aux animaux, tels que le rang élevé de lactation, la conformation de la mamelle et des trayons (gerçures, lésions), ou encore les pertes de lait après le tarissement, augmentent aussi les risques. Tous ces paramètres individuels et collectifs contribueront au choix de recourir ou non à l’obturateur.

5 Mettre en place un protocole de soin et un suivi

« La profession s’accorde pour dire que le dernier CCI avant tarissement est un outil essentiel à la mise en place du traitement sélectif, souligne Philippe Le Page. La démarche se base sur le seuil de 100 000 cellules, mais celui-ci peut varier selon le diagnostic du vétérinaire. Selon les zones et les élevages, on ne rencontre pas les mêmes problématiques, ni les mêmes populations de germes. »

Par ailleurs, une fois le protocole appliqué par les éleveurs, les résultats doivent faire l’objet d’une réévaluation une à deux fois par an. « L’idée est de vérifier que tout se déroule correctement et qu’il n’y a pas de dérive en matière de tri des animaux ou de traitement, conclut Philippe Roussel. Les résultats en leucocytes et mammites sont à suivre à la loupe. La dégradation des concentrations cellulaires du tank, l’augmentation du nombre de nouvelles infections au tarissement ou l’apparition de mammites cliniques péri-vêlage doit alerter. » Bref, la vigilance reste de mise.

 

Mise en garde

Attention au risque de faux négatifs, ces animaux déclarés non infectés alors qu’ils le sont. Ce risque est variable selon le type de germes présents sur l’élevage. Certaines infections, en particulier au staphylocoque doré, peuvent être présentes alors que la vache se situe au-dessous du seuil de 100 000 cellules. Il convient d’adapter avec son vétérinaire le seuil de tri des animaux.

Attention au délai entre le dernier contrôle et le tarissement

Le dernier résultat de concentration cellulaire est essentiel mais encore faut-il qu’il ne soit pas trop éloigné de la date du tarissement. Au-delà d’un mois, l’information n’est plus jugée suffisamment pertinente. « La difficulté se pose notamment si l’élevage a opté pour des formules avec six ou huit contrôles par an », relève Philippe Le Page. Dans ce cas, une analyse complémentaire de comptage cellulaire est nécessaire. Les éleveurs peuvent effectuer des prélèvements et envoyer des échantillons de lait de chaque quartier au laboratoire via le laitier, ou passer par leur vétérinaire si ce dernier est équipé d’un appareil spécifique comme le DCC Delaval qui permet de doser instantanément les cellules somatiques.

En dernier recours, un test CMT (Californian Mastitis Test) ou Leucocytest ND, est encore possible mais avec ses limites de lecture. En effet, le CMT commence à virer à partir de 200 000 cellules par millilitre. Ce seuil de sensibilité permet de repérer des vaches à traiter, mais aussi d’en laisser passer qui auraient nécessité un traitement…

Avis d’expert : Olivier Salat, vétérinaire dans le Cantal

« La bactériologie pour ne pas passer à côté d’une vache infectée »

 

 
Olivier Salat, vétérinaire dans le Cantal
Olivier Salat, vétérinaire dans le Cantal © V. Bargain

« Depuis quelques années, des éleveurs se sont lancés dans le tarissement sélectif, mais pas toujours de façon raisonnée, avec des comptages cellulaires pouvant dater de plusieurs semaines. Cela a conduit à beaucoup d’échecs, avec des infections au vêlage suivant. Une enquête sur notre clientèle a montré que, même avec des seuils de cellules raisonnés, 10 % des vaches avaient un pathogène majeur dans au moins un quartier.

Pour relancer le tarissement sélectif, nous proposons donc de faire des analyses bactériologiques pour ne pas passer à côté d’une vache infectée. Trois éleveurs que nous avons en suivi reproduction et mammites utilisent ce service. Toutes les vaches reçoivent un obturateur. Les vaches avec des CCS supérieurs à 300 000 cellules par millilitre au contrôle laitier ou équivalent sont systématiquement traitées aux antibiotiques. Comme, dans ces élevages, toutes les mammites cliniques sont analysées et que nous connaissons les infections mammaires principales dans le troupeau, l’antibiotique curatif choisi est dicté par ces données.

Pour les vaches ayant des CCS inférieurs à 300 000 cellules par millilitre au dernier contrôle, nous faisons appel à la bactériologie. Quelques jours avant le tarissement, l’éleveur prélève un mélange des deux quartiers avant et un mélange des deux quartiers arrière qu’il nous fait passer. Il obtient en 48 heures le résultat qui va dicter l’emploi ou non d’antibiotique. Les analyses sont réalisées à la clinique, où nous réalisons plus de 1 000 analyses bactériologiques de lait par an sur les mammites, sans compter celles réalisées au tarissement. Ces élevages avaient déjà une bonne maîtrise des infections mammaires et, globalement, nous ne traitons qu’un quart à un cinquième des vaches avec des antibiotiques. Les analyses bactériologiques sont incluses dans un forfait global suivi reproduction et mammites. »

Véronique Bargain

 

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