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Bien cibler les vaches à traiter contre le staphylocoque doré

Pour obtenir des taux de guérison élevés lors d’infections mammaires au staphylocoque doré, mieux vaut cibler les vaches jeunes avec peu de cellules.

« Ces dernières décennies ont vu, dans les pays occidentaux, une diminution de l’isolement du staphylocoque doré lors d’infections mammaires, grâce sans doute aux efforts répétés sur l’hygiène de traite et au suivi des vaches laitières, a rappelé Olivier Salat, vétérinaire, lors des Journées nationales des Groupements techniques vétérinaires. Il reste toutefois l’un des deux germes les plus fréquemment isolés de mammites subcliniques et est encore régulièrement isolé lors de mammites cliniques. »

Potentiellement contagieux, le staphylocoque doré colonise rapidement tout le parenchyme mammaire. S’il est relativement sensible aux antibiotiques, la difficulté est de l’atteindre partout où il se loge. Le pathogène peut en effet produire un biofilm, des micro-abcès protecteurs ou encore se cacher dans les cellules, rendant l’action des antibiotiques plus difficile.

« Le taux de guérison varie de 4 % à 92 % et est en moyenne inférieur à celui constaté pour les autres pathogènes mammaires » souligne Olivier Salat. Certains facteurs expliquent cette variabilité et doivent être pris en compte pour limiter l’emploi d’antibiotiques aux seules infections curables.

Ne traiter que les vaches jeunes

Un premier élément est la souche de staphylocoque. Les souches les plus adaptées aux bovins sont les plus difficiles à éliminer. La sensibilité de la souche aux différents antibiotiques est également importante. « En lactation, les meilleurs résultats pour le traitement des mammites sont obtenus avec la pénicilline, qui reste parfaitement active à l’intérieur des cellules, indique Olivier Salat. Or, 15 % à 25 % des souches de staphylocoque doré sont résistantes à la pénicilline. Aussi, la sensibilité ou la résistance à cet antibiotique est une donnée fondamentale pour le choix de la molécule et le pronostic de guérison. Pour les souches sensibles à la pénicilline, le pronostic de guérison est bien meilleur. » La première chose à faire pour le vétérinaire est donc de tester systématiquement la résistance de la souche isolée à la pénicilline.

Olivier Salat, vétérinaire. «Traiter les mammites subcliniques réduit le risque de mammites cliniques ultérieures. »
Olivier Salat, vétérinaire. «Traiter les mammites subcliniques réduit le risque de mammites cliniques ultérieures. » © V. Bargain

 

Les chances de guérison varient aussi selon la vache. L’âge de la vache a une grande importance. « Plus la vache est âgée, plus elle est difficile à soigner, insiste le vétérinaire. À partir de la troisième lactation, la guérison est très incertaine. »

Les quartiers avant guérissent par ailleurs mieux que les quartiers arrière. Une vache infectée sur un seul quartier a un taux de guérison supérieur à une vache infectée sur plus d’un quartier.

L’ancienneté de l’infection est également déterminante. « La plupart des infections mammaires à staphylocoque doré sont subcliniques et passent inaperçues. Or, cinq jours après l’entrée dans un quartier, le staphylocoque doré a déjà colonisé le tissu mammaire profond. Ainsi, il est établi qu’une infection récente guérit beaucoup mieux qu’une infection ancienne. »

L’historique des infections est également essentiel. Les chances de guérison sont beaucoup plus élevées pour une première mammite, mais chutent drastiquement si la vache a déjà eu des mammites cliniques.

« On trouve comme facteurs défavorables à une guérison tout ce qui traduit la chronicité de l’infection, résume le vétérinaire. Les concentrations cellulaires élevées, le temps écoulé entre l’augmentation des cellules et le traitement, la durée de l’infection et la charge microbienne du lait au moment du traitement. Les infections persistantes après un ou deux traitements ne devraient plus être traitées aux antibiotiques, et ne recevoir qu’un traitement symptomatique (anti-inflammatoires pour contrôler la douleur). Selon la contagiosité de la souche, la réforme de la vache devra être envisagée de façon plus ou moins urgente. »

Intervenir au tarissement

Les modalités de traitement sont également importantes. « Une mammite clinique à staphylocoque doré doit être traitée systématiquement comme une infection profonde, estime Olivier Salat. Combiner traitement local et traitement par voie injectable et allonger la durée de traitement améliorent les résultats. » Les études montrent ainsi que les traitements de cinq jours permettent des taux de guérison supérieurs aux traitements avec des autorisations de mise en marché classiques, en général de trois jours. L’association de pénicilline et d’aminosides, synergique vis-à-vis du staphylocoque doré, apporte également un plus.

Un traitement des mammites subcliniques peut aussi s’envisager. « En règle générale, traiter des mammites subcliniques en lactation ne se justifie pas économiquement, analyse Olivier Salat. Mais avec le staphylocoque doré, très contagieux, la réduction des niches d’infection s’avère prioritaire. Une baisse urgente des cellules peut aussi être recherchée. »

La période sèche est le meilleur moment pour guérir une mammite subclinique. L’arrêt de la vidange lactée entraîne en effet une restructuration du parenchyme. Tout ce qui bloquait la diffusion des antibiotiques est supprimé. Ils restent plus longtemps dans les sécrétions et se diffusent dans l’ensemble du tissu mammaire. La plupart des échecs de traitement lors du tarissement étant liés à des réinfections, l’emploi d’un obturateur augmente également les chances de guérison d’environ 10 %. « En cas d’échec de guérison pendant la période sèche, l’infection peut être considérée incurable. »

Mise en garde

Prélèvement de lait pour effectuer une analyse bactériologique pour la détection de mammite.
Prélèvement de lait pour effectuer une analyse bactériologique pour la détection de mammite. © P. Le Page - SNGTV

 

De bonnes pratiques de prélèvement du lait pour l’analyse bactériologique sont essentielles. Laver d’abord le trayon à l’eau chaude et au savon, le sécher puis désinfecter l’extrémité à l’alcool en insistant sur le sphincter. Les contaminations étant importantes en salle de traite, un flacon stérile à faible ouverture est nécessaire. Ouvrir le flacon incliné près du trayon en maintenant le bouchon horizontal au-dessus entre le pouce et l’index. Prélever après élimination des deux à trois premiers jets et reboucher immédiatement.

Des souches aujourd’hui plus sensibles à la pénicilline

Depuis vingt ans, le réseau de surveillance de l’antibiorésistance des bactéries, Résapath, constate en France une diminution lente mais linéaire de l’isolement de souches résistantes à la pénicilline, liée sans doute à la limitation des traitements large spectre contre ce pathogène.

Si la résistance à la pénicilline concerne encore 15 à 20 % des souches, les staphylocoques dorés d’origine mammaire sont globalement peu résistants aux antibiotiques. Mais les traitements large spectre sont vaguement efficaces quand la pénicilline peut donner de bons résultats.

Le staphylocoque doré est une bactérie aérobie-anaérobie dont l’habitat naturel est la peau, les muqueuses, les fosses nasales et le pharynx de l’homme et des espèces à sang chaud. Bactérie commensale chez de nombreux individus, elle peut toutefois devenir pathogène. Elle est un agent fréquent d’infections intramammaires chez la vache, entraînant des coûts de traitements antibiotiques parfois élevés, des défauts de qualité du lait et de nombreuses réformes prématurées.

Le staphylocoque doré est également impliqué dans des problèmes de santé publique. Il peut être à l’origine de toxi-infections alimentaires liées aux toxines qu’il émet et qui se retrouvent dans le lait et les produits laitiers ; et plus exceptionnellement il y a risque de transmission directe à l’homme.

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