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European dairy farmers
Au congrès EDF, les éleveurs à la recherche de marges de progrès

À La Baule, 385 personnes dont 270 éleveurs venus de 26 pays, ont participé au congrès du réseau des éleveurs laitiers européens. Les solutions pour vivre en temps de crise étaient au menu.

Le réseau European dairy farmers (EDF) organise chaque année son congrès dans un pays différent : trois jours de conférences, des visites de fermes… Cette année, c’est la délégation française (plus de 50 adhérents) qui organisait cet événement sur le thème de la diversité des stratégies : bio, automatisation, diversification dans les énergies renouvelables… Évidemment le prix du lait était au centre des discussions, mais ce sont des solutions que les membres EDF étaient venus chercher. "Je suis curieux de voir comment font les autres pour vivre avec des prix aussi faibles", soufflait un éleveur allemand.

Steffi Wille-Sonk, économiste, analyse les résultats technico-économiques de tous les éleveurs membres. Dans chaque pays, le réseau est animé par un organisme de développement agricole, le BTPL en France. Certaines coopératives incitent leurs adhérents à adhérer. Participer à un groupe d’échanges, EDF ou autres, complète le panel d’offres de formations pour mieux connaître son revenu et les indicateurs économiques de l’atelier lait.

"Les éleveurs français EDF ne sont pas une troupe d’élite aux résultats hors d’atteinte ! Ils représentent la diversité des fermes françaises : de différentes tailles et système fourrager, en conventionnel ou bio… Avec des résultats plus ou moins bons. Ils ne sont pas tous bilingues en anglais. Ces éleveurs ont en commun l’envie de progresser et d’ouvrir leur horizon. Partager les bonnes et mauvaises expériences, se motiver, trouver des idées… grâce aux échanges entre éleveurs, c’est cela EDF", résume Katrine Lecornu, présidente d’EDF.

Pour ce congrès, Steffi Wille-Sonk a présenté son analyse de 223 réponses à un sondage sur la stratégie des éleveurs EDF pour passer les crises. À la question : "Comment utilisez-vous vos profits des bonnes années pour passer des périodes de bas prix du lait ?", 166 éleveurs ont répondu qu’ils investissent pour moderniser leur ferme et accroître leur efficience ; 102 qu’ils investissent pour s’agrandir ; et 91 qu’ils réduisent leur endettement. Seuls 75 constituent des réserves de trésorerie. Et à peine 20 % investissent pour diversifier leur activité. "Beaucoup investissent dans leur élevage, mais attention, il faut que l’investissement améliore suffisamment l’efficience du système", pointe l’économiste.

Une majorité avait investi pour s’agrandir et/ou se moderniser

À la question : "Quelles mesures principales prenez-vous pour survivre à de faibles prix du lait ?", presque tous les éleveurs répondent qu’ils réduisent leurs coûts de production. "Pour faire baisser le coût de production, le levier le plus pratiqué est la valorisation maximale des fourrages et des cultures produites sur l’exploitation pour éviter les achats d’aliments extérieurs. Pour améliorer l’efficience alimentaire, certains ont changé de nutritionniste. Les achats d’additifs et minéraux sont réduits. Certains vont jusqu’à changer de stratégie alimentaire en modifiant le rapport entre pâturage et herbe récoltée, la part d’herbe et de maïs… Certains disent faire plus de lots voire individualisent l’alimentation pour réduire le gaspillage", détaille Steffi Wille-Sonk.

Plus d’attention pour améliorer la performance technique

Elle cite d’autres pistes évoquées par les éleveurs : réformer les vaches les moins performantes. Reporter des investissements. Réorganiser le travail pour réduire les heures de travail salarié et augmenter le travail familial. Augmenter la production laitière pour diluer les coûts en augmentant le nombre de vaches et le rendement laitier par vache. Changer de circuit d’approvisionnement, acheter en gros, pour négocier des prix d’achat. Améliorer la santé animale et les résultats de reproduction par plus d’attention.

L’économiste a regardé l’évolution des coûts de production des membres EDF. Les exploitations irlandaises, belges, danoises et suédoises ont le plus réussi à faire baisser leurs coûts entre 2016 et 2015. Elles ont dilué leurs charges de structure, en produisant plus sans investir.

Le levier volume pour diluer les charges

Pour les exploitations françaises, le levier volume est parfois fortement contraint par l’encadrement des volumes contractuels. Elles n’ont pas forcément pu investir pour s’agrandir quand elles le voulaient, pour ensuite diluer leurs charges de structure en optimisant leur outil. Elles ont un cran de retard sur l’évolution de leurs voisines européennes. Leurs coûts de production ont peu baissé par rapport à l’année précédente. Sur 38 fermes françaises, la moitié a besoin d’un prix supérieur à 395 euros/1000 kg ECM pour couvrir tous les coûts y compris le travail des associés et la rémunération du capital. "Les Français ont encore des marges de progrès. Par comparaison avec les autres pays, ils sont moins bons en coût de renouvellement : âge au premier vêlage plus élevé, taux de réforme supérieur… La productivité des terres (production laitière par hectare) et du travail est moins élevée." Ce prix d’équilibre français est un peu moins bon que celui du groupe belge (37 c). Mais un peu meilleur que celui du groupe néerlandais (41,3 ct). "Ces derniers ont réinvesti leurs profits de la bonne période pour des raisons fiscales. Ils n’ont donc pas pu baisser leurs coûts, commente Steffi Wille-Sonk, qui conclut l’'ensemble de son exposé : il n’y a pas que le faible prix du lait qui fait perdre de l’argent. Mais aussi le poids des dettes."

Mieux comprendre son revenu et ouvrir son horizon

"J’ai reporté mon projet d’agrandissement"

 "Ma ferme compte 200 vaches Holstein et 110 ha d’herbe. Je travaille avec mon frère et ma mère. Je suis aussi consultant. Les vaches pâturent six mois de l’année, les six autres mois elles sont en bâtiment. Je suis membre d’une coopérative, United dairy farmers (1300 membres dans le Nord Irlande, Angleterre et Écosse), qui collecte et transforme en lait frais, fromages, yaourts et desserts lactés, fromages de spécialité, poudre. En juin, j’ai été payé 17,3 pences par litre (20 c environ). Il me faut 25 pences (29 c environ) pour couvrir mes coûts de production et vivre correctement. Pour l’heure, j’ai réduit au maximum les dépenses, notamment les apports de concentrés. J’ai reporté le remplacement du matériel et j’attends pour réinvestir. Quand la conjoncture sera meilleure, j’ai en projet d’agrandir le troupeau et d’acheter de la terre. Si tu ne t’agrandis pas, tu deviens petit et tout devient plus difficile. Par exemple, les relations avec les fournisseurs. Et c’est donc plus difficile de tirer un bon revenu."

"Je ne veux pas m’agrandir"

"Ma ferme compte 150 vaches et 330 hectares (100 ha d’herbe, 170 ha de maïs, 60 ha de seigle) avec deux salariés. Mon père travaille encore sur la ferme. Je suis adhérent de la grande coopérative DMK. Le prix du lait est très bas, environ 200 euros/1 000 litres de prix de base (juin, juillet, août). J’atteins 230 euros avec la qualité. Il me faut 280 euros pour couvrir tous mes coûts de production. Cette année, mon unité de méthanisation (400 kWe) comble le déficit de l’atelier lait. J’espère quand même que le prix du lait va remonter cet automne-hiver.
Dans ma région, je sais qu’il y a plusieurs fermes qui arrêtent le lait. Et les autres fermes laitières continuent de grossir. Personnellement, je ne veux pas m’agrandir. Je suis en réflexion pour passer en bio, principalement pour moins subir la volatilité des prix, et aussi par souci pour l’environnement."

Christian Cordes, dans le Nord de l’Allemagne près du Danemark.

"Je pratique les achats groupés pour tout"

 "Je suis membre de la coopérative Dairy Gold. Le prix du lait est de 21,5 c/100 kg (hors TVA). Je suis payé environ trois centimes de plus avec les taux. Pour couvrir le coût de production il faut 25 centimes, et pour vivre convenablement il faut 27 centimes. Pour baisser mon coût de production, j’applique le principe des achats groupés pour tout, même pour négocier avec la banque. J’économise environ 1 c/l sur les intrants. Chaque personne du groupe est responsable d’une négociation. Le travail de négociation est plus efficace comme cela. Et on tourne, pour apprendre et connaître tous les secteurs, alimentation, engrais…"

Tom Dunne, éleveur dans le sud de l’Irlande.

"Une diversification bien adaptée au lait"

Le Gaec des moulins de Kerollet, dans le Morbihan, a accueilli un groupe de congressistes. "Nous ne faisons pas partie du réseau EDF, mais c’est intéressant d’entendre les remarques des éleveurs étrangers. Certains étaient surpris que nous poussions autant la réduction de concentré quitte à perdre en production. Même si je connais le refrain, j’ai été frappé d’entendre un Hollandais nous dire que tant que la France contingente sa production, ça leur laisse la place pour produire plus", raconte Erwan Calle, un des trois associés.

L’exploitation compte près de 200 vaches laitières présentes pour 200 ha de SAU (prairies de fauche, maïs fourrage, culture de vente), avec trois associés coopérateurs Eurial, un salarié et deux apprentis. En 2009, l’exploitation a investi dans les panneaux photovoltaïques (250 kWe), et fin 2012 l’unité de méthanisation a démarré (350 kWe aujourd’hui), ainsi qu’une activité de séchage de bois pour valoriser la chaleur issue de l’unité.

"La trésorerie est tendue en ce moment. Notre prix du lait payé en juillet était de 275 euros, alors que le prix d’équilibre est de 295 euros/1000 l. Pour se préparer à une éventuelle crise à la fin des quotas, nous avions anticipé en prévoyant de finir de gros remboursements pour 2016. Nous avons augmenté la production laitière pour diluer les charges de structure. Et réduit des dépenses comme le concentré." Pour les éleveurs, les énergies renouvelables sont une bonne diversification, bien adaptées au lait. Le photovoltaïque amène un petit bonus, appréciable en ces temps difficiles.

Des charges réduites grâce à la méthanisation

Le projet méthanisation est allé de pair avec un agrandissement et une consolidation de l’atelier lait. "Nous avons obtenu une attribution de 400 000 litres par leur coopérative Eurial. Nous avons réduit les surfaces de grandes cultures à marge brute faible pour augmenter les surfaces fourragères et rendre notre système plus économe. Grâce à la méthanisation, nous avons réduit nos coûts grâce à des fourrages de meilleure qualité : les stocks de report de moins bonne qualité vont dans le digesteur, le séchoir permet d’assurer la qualité de l’herbe stockée. Avec l’épandage du digestat, nous économisons plus de 40 t d’ammonitrate par an. Notre prix d’équilibre serait plus élevé d’environ 20 euros si nous n’avions pas la méthanisation", estime Erwan Calle.

"La méthanisation aujourd’hui, c’est moins de travail que l’atelier lait et c’est plus profitable. Mais hier ce n’était pas vrai, et demain rien ne dit que ça le restera. Les deux premières années, l’unité de méthanisation a connu des problèmes techniques. Ce fut très dur économiquement, et c’est le lait qui payait la méthanisation."

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