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Argentine: l’éléphant endormi ouvre l’œil 

Avec le marché chinois des fromages en ligne de mire, l’industrie investit dans de nouveaux sites. Le gouvernement a détaxé les exportations et établi des niveaux de référence pour le paiement de la qualité du lait.

Recadrer le bas de la photoL'Argentine compte mettre le potentiel énorme de son territoire à profit pour augmenter fortement sa collecte à l’instar des années 1990.
© M.-H. André

Finies les subventions aux fermes de moins de 3 000 l/j ; finies les taxes aux exportations de produits laitiers imposées à l’industrie au détriment des éleveurs et au nom de la défense du pouvoir d’achat des consommateurs, sans résultat d’ailleurs.

Dès son arrivée au pouvoir, il y a un an, le président argentin Mauricio Macri a limité l’intervention de l’État à l’arbitrage d’abus commerciaux. Toutefois, le ministère de l’Agro-industrie a établi pour la première fois des niveaux de référence servant de critères de valeur de la qualité du lait, à 3,5% MG, 3% MP, et un niveau cellulaire de 400 000. Autre nouveauté, les industriels inscrits à ce « système intégré de gestion de la filière laitière » doivent y informer, au moins un mois à l’avance, leur prix d’achat du lait, en rendant celui-ci public avant le 5 du mois.

En outre, la priorité du gouvernement est l’ouverture de nouveaux marchés avec le secteur des fromages en Chine en ligne de mire. Le retour aux achats de l’État algérien auprès des fournisseurs de poudre argentins, survenu au deuxième semestre 2016, ne compense pas le brusque retrait du Venezuela suite à la baisse des prix du pétrole. Et le Brésil retrouve à grande peine sa place historique de premier importateur de poudre de lait argentine.

« Un grand secteur laitier avec de grandes exploitations en grand nombre »

Le tournant libéral qui a lieu à Buenos Aires se fait dans un contexte d’investissements: « le leader du marché, la Serenísima, partenaire local de Danone, inaugurera en mars de nouvelles tours de séchage à Trenque Lauquen; Vacalín construit la plus grande usine de beurre de lait du monde à Bavio ; à Córdoba, trois coopératives se sont associées autour d’une usine pour faire un fromage unique pour l’export », énonce le sous-secrétaire d’État aux affaires laitières, Alejandro Sammartino.

« Nous voulons un grand secteur laitier avec de grandes exploitations en plus grand nombre, résume-t-il. De 2006 à 2015, des centaines de fermes ont liquidé leur cheptel car durant toute cette période, elles n’ont jamais  profité des bons moments du marché mondial, d’où l’anomalie de la courbe des prix du lait en Argentine, jusqu’à présent déconnectée de celles des autres puissances laitières ».

D’où, aussi, forcément, la panne de croissance de la collecte argentine. Elle avait fortement progressé de 1989 à 1999 en passant de 6 à 11 milliards de litres, mais n’a plus décollé depuis. Pire, la collecte 2016 a baissé de 10 à 12% par rapport à celle de 2015, à cause des inondations du printemps et de cet été austral, à Santa Fe et Entre Ríos.

« En renouant avec un taux de croissance annuel envisageable de + 5%, nous pouvons atteindre 16 milliards de litres par an avant 2025. Cela consolidera notre position d'exportateur mondial de poudre (1) avec des excédents bien supérieurs aux 200 000 tonnes de l’an dernier, affirme Alejandro Sammartino.  Après tout, la surface consacrée au lait en Nouvelle-Zélande équivaut à une partie congrue du territoire de la seule province de Buenos Aires. Or, la production de lait en Argentine est rentable à 0,30 euro/l, pas en Europe », provoque le fonctionnaire.

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