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Pas de moisson argentine de blé record, mais l’Afrique du Nord reste à sa portée

La baisse des prévisions de récolte de blé en Argentine ne compromet pas sa capacité à exporter au moins 10 Mt dès novembre prochain, à un moment où son principal débouché, le Brésil, a diversifié ses fournisseurs et s’apprête à faire une récolte de blé inédite. Près de 1 Mt de blé argentin qui ne serait pas exporté au Brésil irait vers la soixantaine d’autres marchés qui lui sont ouverts.

La production argentine de blé devrait atteindre aux alentours de19 Mt, contre 22 Mt estimées aux semis.
© Free-Photos de Pixabay

Loin des 22 Mt escomptées au début des semis, la récolte argentine de blé ne devrait pas atteindre un niveau supérieur à 19 Mt à cause de conditions météo adverses avec un hiver austral particulièrement sec et froid, selon un rapport de la Bourse du commerce de Rosario daté du 14 août.

Des conditions de culture pénalisantes

Un céréalier de Córdoba, Gabriel de Raedemaeker, vice-président du syndicat des Confédérations rurales argentines, qui a emblavé cette année 500 ha en blé, confirme un tel pronostic. « J’espérais un rendement de 45 q/ha mais après avoir essuyé une cinquantaine de gelées depuis le début de l’hiver, soit le double de la moyenne historique, je m’attends plutôt à un rendement de 30 q/ha, voire moins, car les pronostics de pluie pour le mois d’août sont pessimistes. Il y a une forte mortalité de plantes et un faible niveau de tallage », explique-t-il.

Ce témoignage individuel est ici pertinent dans la mesure où la région centrale de l’Argentine n’apporte, certes, pas l’essentiel de la moisson nationale - qui reste le fait du sud de la province de Buenos Aires - mais cette vaste région - qui englobe les provinces de Córdoba, Chaco et Santiago del Estero - est celle dont la production de blé varie le plus d’une campagne à l’autre et qui fait donc souvent la différence au niveau de la capacité exportatrice du pays.

Le Brésil comme principal débouché

Cependant, l’Argentine, qui récolte son blé à partir du mois de novembre, devrait encore pouvoir, cette année, malgré la baisse des pronostics de moisson, être présente sur les marchés d’Afrique du Nord. Son principal débouché, le Brésil, a en effet diversifié ses fournisseurs, parce que l’origine argentine lui a fait plusieurs fois défaut lors des campagnes passées. Et ce, au point d’ouvrir un contingent libre de droits de douane porté cette année à 1,2 Mt, dont profitent les origines nord-américaines et même française depuis l’an dernier. De plus, ce grand marché d’importation de blé qu’est le Brésil devrait réaliser cette année une moisson de blé record, de l’ordre de 6,3 Mt, selon l’institut de statistiques brésilien Conab dans son rapport du 11 août. « Le fait que la demande brésilienne de blé argentin diminue significativement pourrait se traduire par un prolongement de la période lors de laquelle l’origine argentine est compétitive, qui court habituellement de novembre à janvier », selon l’analyste Adrián Seltzer, du cabinet de conseil Granar.

La production de blé argentine a presque doublé par rapport à la campagne 2012/2013.

Une culture stratégique

La contre-performance annoncée de la production argentine de blé est toute relative suite à cinq années de croissance continue, due, en grande partie, à l’élimination des restrictions des volumes exportés par le gouvernement, et ceci, malgré le rétablissement de taxes sur les exportations de blé depuis octobre 2018. « La production de blé a presque doublé par rapport à la campagne 2012/2013 grâce à des politiques favorables à l’export dont nous ne sommes pas certains qu’elles vont perdurer sous le gouvernement péroniste actuellement au pouvoir. La progression de la culture doit aussi beaucoup à l’incorporation de technologies par les céréaliers, et à son utilisation comme couvert végétal dans la lutte contre les adventices résistantes au glyphosate, avant de semer un soja en tant que deuxième culture annuelle sur une même parcelle. Le blé est ainsi devenue une culture stratégique pour un nombre croissant de producteurs de la région pampéenne », précise Gabriel de Raedemaeker.

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