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À la découverte des « coopératives de nature » néerlandaises

L’idée d’une gestion collective des mesures agroenvironnementales et climatiques (MAEC) est séduisante. Des agriculteurs et animateurs des réseaux ont voulu en savoir plus.

« Les groupes d’agriculteurs engagés dans la transition écologique sont en général accompagnés par plusieurs réseaux, explique Marie-Laure Bailly, chargée de mission à la FNCuma. Les réseaux Civam, Trame, Adear et Cuma (1) ont donc engagé une réflexion pour mettre en commun leurs outils et ressources. On s’est dit que l’on pourrait peut-être inventer de nouvelles politiques publiques où les agriculteurs seraient plus acteurs pour la construction et la gestion de ces politiques."De là est partie l’idée d’aller à la découverte du modèle néerlandais des « coopératives de nature », pour voir si l’on pourrait importer ce modèle en France. En mars 2018, des animateurs de ces réseaux et des agriculteurs de six groupes engagés dans la transition écologique sont donc allés découvrir une des 40 « coopératives de nature » existant aux Pays-Bas.

Créée il y a vingt-cinq ans autour de la problématique de la Directive nitrates, la Noardlike Fryske Wâlden (NFW) réunit aujourd’hui 800 membres : 600 agriculteurs mais aussi des collectivités, des ornithologues, des citoyens…, sur un territoire de 50 000 ha au nord de la province de la Frise. La coopérative contractualise avec la province et gère toutes les mesures agroenvironnementales et climatiques (MAEC) du 2e pilier de la PAC, notamment autour de la biodiversité et des paysages. Elle contribue à la construction des indicateurs de résultats au niveau du territoire, forme et accompagne les agriculteurs dans la mise en place d’actions pour les atteindre. Elle s’occupe de la gestion administrative et du contrôle, et verse les aides aux agriculteurs. Et elle est garante vis-à-vis de la province de l’atteinte des résultats, collectivement, sur l’ensemble du territoire concerné.

Les 600 agriculteurs doivent atteindre les résultats collectivement

« Pour les agriculteurs, comme la politique publique est coconstruite avec eux, la mise en œuvre des mesures est plus facile, analyse Marie-Laure Bailly. Ils n’ont pas à s’occuper de la gestion administrative, n’ont pas de coûts de gestion. Et ils ont droit à l’erreur puisque les résultats doivent être atteints collectivement et non individuellement. Et pour les pouvoirs publics, le système est intéressant puisqu’ils n’ont à contractualiser qu’avec 40 coopératives au lieu de devoir le faire avec tous les agriculteurs. »

Le groupe d’étude a toutefois identifié certaines limites aux « coopératives de nature ». D’une part, le modèle économique et environnemental des Pays-Bas est très différent de celui de la France. D’autre part, la taille de ces coopératives peut interroger sur le pouvoir réel de chaque agriculteur et sur son autonomie décisionnelle. Enfin, les Pays-Bas ont parfois du mal à défendre ce mode de fonctionnement auprès de l’Union européenne. « Le modèle des « coopératives de nature » ne peut s’importer en l’état, rapporte Marie-Laure Bailly. Mais l’idée d’une gestion collective des MAEC a beaucoup intéressé les collectifs français. »

(1) Dans le cadre du projet Collagro.

« Une responsabilité partagée »

« Les agriculteurs de la Noardlike Fryske Wâlden (NFW) sont très fédérés autour de la coopérative. Il y a un partage des responsabilités. Si l’un d’entre eux n’arrive pas à atteindre les résultats voulus, les autres vont l’aider pour essayer de résoudre le problème, précise Cyrille Ducat, éleveur laitier, membre du GDA de la Thiérache Ardennaise. Il y a aussi moins la crainte de mal faire et des contrôles." Par ailleurs, comme la coopérative intègre des associations environnementalistes, des naturalistes, des citoyens, il est plus facile pour les agriculteurs de communiquer avec les associations, avec le voisinage. "Au final, cette organisation collective permet une très grande prise en compte de l’environnement dans cette partie de la Frise et une bonne image de l’agriculture. »

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