Grêle en viticulture : 7 points clés pour comprendre, lutter et se protéger
La grêle est l’un des risques climatiques majeurs en viticulture. Quels sont ses impacts sur la vigne et comment protéger efficacement le vignoble ? Découvrez les enjeux et les solutions adaptées.
La grêle est l’un des risques climatiques majeurs en viticulture. Quels sont ses impacts sur la vigne et comment protéger efficacement le vignoble ? Découvrez les enjeux et les solutions adaptées.
Quand et comment se forme la grêle au-dessus des vignes ?
La grêle est une forme de précipitation qui survient lors d’orages, à la faveur d’un air chaud et humide au sol, un air très froid en altitude et une forte instabilité atmosphérique. Lorsqu’un nuage de type cumulonimbus se forme, l’air chaud (moins dense) peut rapidement monter vers le haut du nuage. En altitude, les gouttelettes d’eau gèlent et se transforment alors en noyaux de glace. Lorsque le grêlon est trop lourd pour être porté par un courant d’air, il tombe au sol, donnant naissance au phénomène de grêle. Ce genre d’orage violent se produit principalement au printemps et en été.
Avec le changement climatique, les orages de grêle sont de plus en plus fréquents et de plus en plus violents.
Quels sont les effets de la grêle sur la vigne ?
En tombant sur les vignes, les grêlons peuvent percer ou déchirer les feuilles, ce qui réduit la surface photosynthétique et affaiblit temporairement la plante. Au printemps, lorsque les jeunes pousses sont fragiles, la grêle peut même casser les rameaux entiers, occasionnant la perte partielle ou totale des futures grappes. Les très gros grêlons peuvent également, dans certains cas, décaper l’écorce de la vigne et détruire des bourgeons dormants.
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Lorsque les grappes sont formées, en été, la grêle cause des dégâts directs sur les futurs fruits. Les baies sont perforées ou éclatées, ce qui entraîne des pertes de rendement pouvant aller jusqu’à la perte totale de récolte. Par ailleurs ces blessures sur les raisins sont des portes d’entrée pour les champignons, comme Botrytis cinerea (responsable de la pourriture grise) et Aspergillus niger (produisant des mycotoxines comme l’ochratoxine A, OTA), mais aussi pour les bactéries du genre Acétobacter, impliquées dans la pourriture acide des raisins, ainsi que les levures comme Kloeckera apiculata (productrice d’acide acétique et d’acétate d’éthyle).
Les dégâts causés par la grêle sont d’autant plus importants que les grêlons ont des diamètres de taille importante, que l’orage dure longtemps. La présence de vent peut être un facteur aggravant. Sur vigne, les premiers dommages débutent lorsque les grêlons atteignent 1 centimètre de diamètre (classe A1 selon l’échelle éditée par l’Anelfa). Au stade A3 (grêlons entre 3 et 3,9 centimètres), les cultures sont généralement endommagées à 100 %.
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Si l’orage de grêle survient tôt dans la saison, la vigne peut faire pousser de nouvelles feuilles et de nouveaux rameaux, mais qui seront peu ou pas productifs. Si au contraire la grêle est proche des vendanges, les dégâts sont irrémédiables.
Enfin, la grêle perturbe la future taille hivernale de la vigne. Le principe de la taille de la vigne est de sélectionner les plus beaux rameaux que l’on souhaite faire fructifier l’année suivante. S’ils ont été détruits, il devient difficile d’avoir un choix suffisant de sarments permettant de respecter l’architecture du végétal. La destruction des feuilles à l’été peut également causer des problèmes de mise en réserve en fin de saison.
Quels sont les outils pour prévoir la grêle sur les vignes ?
Outre les prévisions météo, à même d’annoncer les risques d’orages de grêle, les viticulteurs peuvent s’appuyer sur des radars météorologiques, comme ceux proposés par la société Selerys avec Skydetect, qui suivent en temps réel l’évolution des nuages convectifs et permettent d’identifier les zones où la grêle est la plus probable. Ce type de service spécialisé propose des alertes ciblées par SMS ou application, souvent basées sur des modèles de prévision à haute résolution capables de simuler la dynamique des orages à l’échelle de la parcelle.
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Certains outils vont plus loin, comme les détecteurs de foudre ou les systèmes de suivi des supercellules, utiles pour anticiper l’intensité d’un épisode.
L’ensemble de ces technologies permet aux agriculteurs d’activer des dispositifs de protection comme les filets ou les générateurs anti‑grêle.
Comment se protéger de la grêle en viticulture ?
Les moyens de lutte individuelle contre la grêle :
Filet anti-grêle
Les filets anti‑grêle ont démontré leur fiabilité pour protéger la vigne face à la grêle. Fabriqués à partir de fils synthétiques tissés en maille, ils forment une barrière physique capable d’amortir l’impact des grêlons et d’empêcher qu’ils n’endommagent les feuilles, les rameaux ou les grappes. Installés au‑dessus des rangs ou en latéral selon les systèmes, ces filets sont conçus pour résister à des chutes de grêle importantes tout en laissant circuler l’air, la lumière, l’eau et les traitements phytosanitaires. Leur déploiement en viticulture n’est toutefois pas aisée : il faut adapter la structure au palissage, garantir une tension suffisante pour éviter l’affaissement, et veiller à ce que les filets n’entravent ni la mécanisation ni les travaux en vert. Leur coût constitue un autre frein majeur important.
L’IFV estime l’investissement initial compris entre 15000 et 25000 euros par hectare, et des frais de fonctionnement annuels à 300 euros par hectare.
L’Inao a autorisé l’usage des filets anti-grêle pour les vignes en production AOC/AOP en 2018. Seuls les dispositifs mono-rang verticaux sont toutefois admis dans ce cas de figure.
Les moyens de lutte collective contre la grêle
L’ensemencement des nuages en iodure d’argent
Le principe des générateurs à iodure d’argent pour lutter contre la grêle repose sur l’ensemencement des nuages : en brûlant une solution contenant de l’iodure d’argent, ces dispositifs diffusent dans l’atmosphère des particules jouant le rôle de noyaux de condensation. Injectées dans les courants ascendants des cumulonimbus, elles favorisent la formation de nombreux petits cristaux de glace plutôt que de gros grêlons destructeurs. L’objectif n’est pas de supprimer la grêle, mais d’en réduire la taille et donc l’impact sur les vignes.
Selon l’Association Nationale d’Etude et de Lutte contre les Fléaux Atmosphériques (Anelfa), ce dispositif réduirait de moitié l’intensité de la grêle. En France, plusieurs régions viticoles se sont équipées de réseaux structurés, souvent coordonnés par des associations locales et des viticulteurs bénévoles. L’association Anelfa par exemple comprends 17 réseaux de lutte totalisant 1134 générateurs en 2025 et couvrant 26 départements.
L’IFV estime le cout d’installation d’un générateur à environ 2000 euros et les fournitures annuelles à 1000 euros. En s’associant, les viticulteurs peuvent espérer des couts à l’hectare allant de 5 à 8 euros.
Les ballons gonflables diffusant des sels hygroscopiques
Cette solution de lutte contre la grêle à base de sels hygroscopiques a été lancée par la société Selerys en 2018. Elle consiste à remplir des ballons d’hélium, qui s’envolent et emportent avec eux un dispositif permettant de libérer dans l’atmosphère des particules hygroscopiques, souvent à base de chlorure de sodium ou d’autres sels capables d’absorber l’humidité. Ces particules favorisent la formation de gouttelettes plus nombreuses mais plus petites dans les nuages convectifs, ce qui limite la croissance des cristaux de glace et réduit la taille des grêlons susceptibles d’atteindre les vignes.
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Contrairement aux générateurs à iodure d’argent, ces ballons permettent de positionner directement les agents dans les couches d’air actives, sans dépendre de la dynamique ascendante du sol.
Ils sont connectés à un système qui détecte les orages de grêle et à un logiciel qui évalue le risque de grêle dans un rayon de 30 kilomètres. Depuis peu, l’entreprise a mis au point un système de déclenchement automatique, pour réduire le risque d’erreur due à la prise de décision des opérateurs.
Le cout de ce système est relativement élevé. Il comprend l’achat d’un gonfleur à environ 1200 euros, un abonnement annuel au service de détection à 800 euros et 350 euros par ballon lancé. Leur efficacité reste difficile à mesurer, car les phénomènes orageux sont très variables et les études scientifiques manquent de recul.
Les canons anti-grêle
Leur principe repose sur la génération d’ondes de choc produites par l’explosion contrôlée d’un mélange air‑acétylène dans une chambre de combustion orientée vers le ciel. Ces ondes sont censées perturber la formation des grêlons dans les nuages convectifs en empêchant les cristaux de glace de grossir, ce qui réduirait la taille des projectiles atteignant les vignes. En France, ces dispositifs sont utilisés ponctuellement dans certains bassins viticoles, notamment en Bourgogne, dans le Sud‑Est ou dans le Sud‑Ouest. Leur usage s’inscrit souvent dans une stratégie collective : plusieurs exploitations se coordonnent pour couvrir un périmètre cohérent, car un canon isolé est jugé peu efficace.
L’efficacité scientifique de ces appareils reste très débattue. Aucune étude rigoureuse n’a permis de démontrer de manière concluante leur capacité à modifier la dynamique interne d’un cumulonimbus, dont l’énergie dépasse largement celle produite par un canon. Cette incertitude peut alimenter des tensions locales, notamment avec les riverains, qui dénoncent les nuisances sonores répétées lors des épisodes orageux.
Que faire après un épisode de grêle sur les vignes ?
Après un épisode de grêle sur les vignes, la priorité est d’évaluer l’état et estimer les dégâts. Si les impacts de grêlons ont lacéré les tissus végétaux, cela des plaies qui constituent des points d’entrée idéaux pour des champignons pathogènes.
La décision de traiter ne doit pas être systématique ni précipitée. Elle dépend de plusieurs facteurs : le stade phénologique de la vigne (floraison, nouaison, véraison), l’intensité des dégâts, la météo annoncée dans les jours suivants et le programme phytosanitaire déjà en place.
Dans certains cas de grêle légère et par temps sec durable, une surveillance renforcée peut suffire sans recourir immédiatement à un traitement. Si la vigne se trouve en période de forte sensibilité et que des pluies sont prévues, l’application d’un fongicide peut se révéler utile.
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La suite de la protection doit également faire l’objet d’une attention particulière, car les jeunes repousses seront très sensibles au mildiou et à l’oïdium.
Le viticulteur peut également réaliser une protection contre le rot-blanc avec un fongicide de contact, idéalement du folpel pour les viticulteurs en conventionnel, et dans les 12 heures qui suivent l’orage de grêle.
En cas de grêle précoce (avant le 15 juin) et très sévère (rameaux détruits jusqu’à la base), il peut être pertinent de retailler la vigne dans les régions méridionales. L’objectif de cette taille étant de favoriser la repousse et 4 ou 5 sarments vigoureux pour s’assurer de leur aoutement et ainsi avoir du bois lors de la taille hivernale suivante.
En dehors de ce cas de configuration, le mieux est de laisser la vigne en état. Le développement des entre-cœurs permettra de reconstituer une nouvelle végétation. Sur des vignes jeunes ou faibles, tomber les grappes permet de soulager les souches et éviter un épuisement des réserves.
Comment tailler la vigne après la grêle ?
La taille hivernale d’une vigne grêlée demande une attention particulière à l’état physiologique du cep. Les impacts de grêle fragilisent les sarments et perturbent l’accumulation des réserves, ce qui impose de bien sélectionner les bois de taille. Le tailleur prendra soin d’éliminer les rameaux éclatés ou nécrosés et ne conserver que des sarments bien lignifiés.
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Que ce soit pour les coursons d’une taille courte ou pour les lattes d’une taille longue, on essaiera de conserver les bois peu ou pas blessés. L’objectif poursuivi doit être de relancer une croissance régulière tout en préservant la structure du pied. De même, la charge laissée doit permettre au cep de reconstituer ses réserves après le stress subi.
Quelles sont les assurances et aides financières à disposition des viticulteurs face à la grêle ?
Face au risque de grêle, les viticulteurs disposent de plusieurs leviers assurantiels et financiers pour sécuriser leurs exploitations.
L’assurance récolte multirisque climatique, proposée par des acteurs comme Groupama ou Pacifica, constitue le principal outil. Soutenue par l’État, elle couvre les pertes de rendement liées à la grêle, souvent dès un seuil de 20 à 30 % de dommages. Depuis la réforme de 2022, le dispositif français combine assurance subventionnée et solidarité nationale, pilotée par le ministère de l'Agriculture, pour les sinistres d’ampleur exceptionnelle.
Des aides peuvent également être mobilisées via les Régions ou le régime des calamités agricoles, sur les pertes de récolte comme sur les pertes de fonds.
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Par ailleurs, des dispositifs nationaux permettent de financer des investissements matériels destinés à protéger la vigne. Notamment le programme pluriannuel 2023-2027 de soutien aux investissements FranceAgriMer, dans le cadre du plan stratégique national de la politique agricole commune.
Selon les années, les équipements améliorant la résilience des exploitations face aux aléas climatiques, dont la grêle, sont éligibles. Certaines aides locales existent également par via les départements ou les régions.