Sécheresse 2026 : une aide d'urgence annoncée, mais la profession agricole réclame des moyens à la hauteur des pertes subies.

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Réunis en préfecture le 1er octobre, les représentants de la profession agricole, des services de l'État et des collectivités ont dressé un constat partagé : la sécheresse qui a frappé la Corrèze ces derniers mois a affecté quasiment toutes les productions agricoles du département. Si un plan d'accompagnement exceptionnel (CASI) a été validé pour soutenir les exploitations les plus touchées, la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs estiment que l'enveloppe mobilisée demeure largement insuffisante au regard des pertes subies.

Présents depuis le début des travaux de la cellule départementale d'expertise (CDE), la FDSEA et les JA continuent d'alerter sur les conséquences économiques et structurelles durables de cet épisode climatique exceptionnel. 

Depuis le printemps, le déficit hydrique et les fortes chaleurs ont profondément perturbé les cycles de production. Les élevages ont été les premiers impactés avec une pousse de l'herbe fortement réduite, des rendements fourragers en baisse et des stocks hivernaux entamés parfois dès le milieu de l'été. 

Pour de nombreux éleveurs, la conséquence est immédiate : l'achat de fourrages extérieurs devient indispensable pour assurer l'alimentation du troupeau jusqu'au printemps prochain. Ces achats représentent plusieurs milliers d'euros de charges supplémentaires dans des exploitations dont les trésoreries demeurent déjà fragiles. Mais la sécheresse n'a pas seulement touché l'élevage. Maraîchers, arboriculteurs, producteurs de maïs ou encore pépiniéristes ont également subi des pertes parfois importantes. Depuis plusieurs semaines, les représentants professionnels et les services de l'État travaillent donc à documenter l'ensemble des préjudices afin de permettre l'accès aux dispositifs d'indemnisation. 

Quelles productions indemnisées ?

À ce jour, plusieurs productions ont déjà obtenu une reconnaissance au titre des pertes de récoltes liées à l'aléa climatique. Sont notamment concernées : les fruits rouges, les fruits à noyaux, les légumes de plein champ et maraîchers (tomates, aubergines, concombres, poivrons, haricots verts, carottes, panais, betteraves, ...), le maïs grain, le maïs ensilage. Le dossier concernant le maïs a déjà été validé au niveau national.

La DDT travaille désormais à l'ouverture de la procédure de télédéclaration, envisagée pour la fin du mois d'octobre ou le début du mois de novembre.

Par ailleurs, un dossier complémentaire a été transmis pour les fruits à pépins, les kiwis, les fruits à coque et la fraise. Une reconnaissance favorable est attendue dans les prochaines semaines. D'autres productions restent encore en cours d'expertise, notamment les pépinières forestières, les productions horticoles ainsi que l'apiculture.

Concernant les prairies, les exploitants relèvent désormais du nouveau dispositif assurantiel mis en place dans le cadre de la réforme de la gestion des risques climatiques. Les agriculteurs assurés doivent ainsi se rapprocher de leur assureur tandis que les non-assurés doivent contacter leur interlocuteur agréé afin d'examiner leurs possibilités d'indemnisation.

CASI : l'élevage et le maraîchage prioritaires

Face à l'urgence de la situation, le Préfet a décidé de mobiliser une première tranche du plan CASI en concentrant prioritairement les moyens disponibles vers les filières considérées comme les plus fragilisées – l'élevage et le maraîchage – qui se partageront près de 75 % de l'enveloppe. Pour les élevages, plusieurs critères ont été retenus afin de cibler les exploitations les plus dépendantes de l'herbe et les plus exposées à la sécheresse.

Pour bénéficier de l'aide, les exploitations devront notamment :

• détenir au moins 25 UGB ;

• disposer d'un ratio de surface fourragère supérieur à 75 % ;

• respecter un seuil minimal de chargement variable selon les zones d'élevage ;

• ne pas percevoir plus de deux SMIC de revenus non agricoles (RNA).

Selon les estimations présentées en préfecture, 1 334 exploitations corréziennes rempliraient ces critères, avec une aide autour de 8,61 € par UGB et une bonification de 50% pour les Jeunes Agriculteurs et les exploitations dans le dispositif agri-accompagnement. Concrètement, cela représenterait un montant moyen d'environ 1 049 € par exploitation. Une procédure simplifiée pour accélérer les versements Les pouvoirs publics affichent un objectif clair : verser les aides le plus rapidement possible.

À ce stade, les exploitants potentiellement éligibles n'ont aucune démarche à effectuer. La DDT adressera prochainement à chaque exploitation concernée un courrier personnalisé précisant le montant de l'aide. Il suffira ensuite de signer ce document et de le retourner aux services de l'État. Pour sécuriser la procédure et limiter les risques de non-retour, un SMS de rappel sera envoyé quelques jours après l'envoi du courrier postal. Le retour des dossiers est envisagé dans un délai d'environ trois semaines, avec une date limite fixée autour du 30 octobre, l'objectif étant de permettre le versement rapide des aides et la consommation de l'intégralité de l'enveloppe disponible.

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Un soutien spécifique au maraîchage

Le maraîchage bénéficiera lui aussi d'un dispositif dédié. Le traitement des dossiers se fera en deux étapes : dans un premier temps, les exploitations identifiées via la PAC recevront directement un courrier, selon un fonctionnement similaire à celui retenu pour l'élevage. Un second travail plus fin sera ensuite mené pour les exploitations maraîchères ne réalisant pas de déclaration PAC. Le seuil d'éligibilité actuellement retenu correspond à une surface supérieure à 3 500 m² de maraîchage. L'aide prendra la forme d'un forfait, avec plusieurs niveaux définis selon les surfaces exploitées. Les montants précis doivent encore être affinés.

 

« Le compte n'y est pas ! » 

Si la FDSEA et les JA saluent la mobilisation des services de l'État, ils considèrent néanmoins que les moyens financiers annoncés sont déconnectés des besoins des producteurs corréziens. Dans un communiqué commun faisant suite à la conférence de presse du Préfet présentant la déclinaison corrézienne du plan CASI, la FDSEA et les JA rappellent l'ampleur des conséquences de la sécheresse. Les éleveurs ont déjà largement entamé leurs stocks de fourrage destinés à l'hiver et doivent désormais engager des achats supplémentaires pour nourrir leurs animaux. Des charges qui viennent s'ajouter à des trésoreries déjà fortement fragilisées. Pour les deux syndicats, le constat est sans appel : 

"1,4 million d'euros, ce sont des clopinettes face à l'ampleur de la crise et aux besoins des exploitations ! » « Les agriculteurs n'ont pas besoin d'effets d'annonce, ils ont besoin de moyens pour passer ce cap exceptionnel », soulignent la FDSEA et les JA.

La FDSEA et les JA alertent sur le risque d'une accélération de la décapitalisation des troupeaux. Avec des stocks fourragers déjà entamés et des charges qui s'envolent sous l'effet de la sécheresse, certains éleveurs risquent d'être contraints de réduire leurs effectifs pour dégager rapidement des liquidités. Pour Emmanuel Lissajoux, président de la FDSEA de la Corrèze, cette situation dépasse largement la seule question de la trésorerie : 

« Lorsque les éleveurs n'ont plus les moyens d'acheter du fourrage ou de faire face aux charges supplémentaires, ils finissent par vendre des animaux pour retrouver un peu de trésorerie. À court terme, cela permet de faire rentrer de l'argent. Mais à moyen terme, c'est tout notre potentiel de production qui s'affaiblit. »

 

Et cette décapitalisation pourrait également fragiliser durablement les filières d'élevage corréziennes. Dans un département où l'élevage constitue un pilier de l'économie agricole et de l'aménagement des territoires, chaque animal vendu sous la contrainte est un animal qui ne contribuera plus demain au renouvellement et au développement des troupeaux. Le président de la FDSEA alerte également sur le risque d'un effet domino sur les marchés : « Si de nombreux éleveurs sont contraints de vendre des animaux en même temps, l'offre de viande augmente brutalement sur le marché. Cette surproduction peut provoquer une baisse des cours, alors même que les éleveurs sont déjà fragilisés. On se retrouve dans un cercle vicieux : les charges augmentent, les animaux sont vendus plus tôt ou en plus grand nombre, puis les prix risquent de reculer. »

Pour la FDSEA et les JA, il faut donc donner aux éleveurs les moyens de passer le cap sans les contraindre à sacrifier leur outil de production. L'enjeu est de préserver les troupeaux aujourd'hui pour préserver le potentiel de production corrézien demain.

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