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En poules pondeuses : Préparez-vous à la saison des mouches

Avec des fientes accumulées servant de garde-manger aux larves, les élevages de poules pondeuses sont propices à des infestations de mouches dès le printemps. Que savoir pour s’en prémunir.

Dès qu'il peut y avoir accumulation de fientes, avec de l'humidité et de la chaleur, le risque mouche s'accroît.
Dès qu'il peut y avoir accumulation de fientes, avec de l'humidité et de la chaleur, le risque mouche s'accroît.
© P. Le Douarin

Les élevages de poules pondeuses réunissent les conditions idéales de prolifération de Musca domestica : chaleur, humidité et abondance de matière organique inaccessible aux poules prédatrices des larves.

Anticiper plutôt que subir

Entre sa naissance et sa mort naturelle, une mouche vit en moyenne un mois et demi, en suivant un cycle biologique qui se déroule en quatre périodes, plus ou moins longues et actives : un jour pour l’éclosion de la larve ; sept jours de vie larvaire intense en trois étapes L1, L2, L3 ; six jours d’immobilité de la pupe pour se transformer en une mouche adulte volant trente jours.

 

 
En séchant bien les fientes des poules, on supprime un des facteurs clés de la prolifération des mouches.
En séchant bien les fientes des poules, on supprime un des facteurs clés de la prolifération des mouches. © P. Le Douarin

 

Valable à 25°C, cette durée diminue avec la température et l’humidité. En saison chaude et à l’optimum de température, une génération peut émerger en sept à dix jours. Sachant qu’une mouche peut pondre cinq à dix fois, à raison de 50 à 150 œufs à chaque fois, elle peut engendrer plusieurs millions de descendants en quatre générations.

 

 
En poules pondeuses : Préparez-vous à la saison des mouches
© Synthèse élevage

 

Les premières infestations surviennent de plus en plus précocement dès le printemps, sous l’effet du réchauffement climatique. En 2022, la température moyenne du mois de mars a été de 14,5 °C, contre 13,7 °C en 2021 et 13,3 °C en 2020. Ces températures sont suffisantes pour provoquer une prolifération.

La première vague de mouches en préfigurant d’autres, il est déconseillé d’attendre de constater la nuisance pour mettre en place la lutte. Plusieurs indices permettent d’évaluer le niveau d’infestation : présence de larves dans les zones humides et dans les déjections, adultes volant dans l’ambiance, mouches capturées par les outils de surveillance (seaux attractifs, rubans englués, etc.).

Lutte chimique, naturelle ou biologique

« L’objectif du 'zéro mouche' étant quasiment impossible à atteindre, selon Romain Banse de Synthèse élevage, il est plus raisonnable de viser un niveau d’infestation acceptable. »

Trois approches de lutte raisonnée sont envisageables : la méthode « historique » avec l’application d’insecticides (larvicide et adulticide) issus de synthèse chimique, l’emploi de produits naturels ou dérivés de solutions naturelles et les agents de contrôle biologique. Ce sont des insectes naturellement parasites ou prédateurs des larves, et qui ne présentent pas de danger pour la biodiversité.

 

 
Produit de biocontrôle contenant des pupes de prédateurs de larves de mouches, à épandre dans les zones de vie des larves
Produit de biocontrôle contenant des pupes de prédateurs de larves de mouches, à épandre dans les zones de vie des larves © P. Le Douarin

 

Les trois solutions répondent différemment à la demande de maîtrise. En traitement curatif, les produits chimiques sont plus performants que les produits alternatifs. Ceux-ci sont plutôt utilisés en préventif, avec une action à moyen et à long terme. L’avantage indéniable des produits de synthèse reste leur effet choc visible à court terme, y compris en phase aiguë d’infestation.

Établir un protocole de lutte est indispensable, en identifiant les zones qui abritent chacun des stades de la mouche et en appliquant les préconisations avec soin (dosage, ciblage larve et/ou adulte, fréquence de passage).

 

 
Les différentes zones de vie des mouches : faible présence de mouches adultes (en gris), parois où se posent les adultes (vert- marron); zones de vie des larves, avec oeufs et pupes (rouge) ; zone sans mouches (vert printemps).
Les différentes zones de vie des mouches : faible présence de mouches adultes (en gris), parois où se posent les adultes (vert- marron); zones de vie des larves, avec oeufs et pupes (rouge) ; zone sans mouches (vert printemps). © Synthèse élevage

 

Il est possible de mixer ces méthodes pour optimiser la lutte et accroître les chances de réussite, mais la chronologie d’application est importante. Conseiller de la lutte contre les espèces envahissantes, Romain Banse préconise de « mettre en place un protocole préventif de bio contrôle, de lutte biologique ou chimique afin d’éviter les infestations à venir. Il est bien plus difficile et souvent plus coûteux de diminuer la pression une fois l’infestation avérée. On passe alors souvent par un point 0 (en chimique ou biologique) avant de repartir sur l’un des trois protocoles. » En revanche, si l’éleveur commence par du biocontrôle préventif en début de saison, il lui sera ensuite difficile d’employer des insecticides pouvant altérer l’efficacité du traitement basé sur des insectes auxiliaires.

Vers des pratiques « plus vertes »

Avec la démarche globale de transition écologique, l’utilisation des insecticides de synthèse est de plus en plus remise en cause car ils n‘éliminent pas que les mouches. Leur manque de spécificité biologique réduit la biomasse d’insectes, impacte la chaîne alimentaire et la biodiversité. Sans compter la sélection de mouches plus résistantes alors que dans le même temps, l’arsenal chimique se réduit d’année en année.

Les éleveurs doivent se préparer à introduire des solutions alternatives aux techniques et produits chimiques conventionnels. Le principal frein est souvent le coût de traitement, la fameuse « prime à la conversion ». Aujourd’hui, des fournisseurs avancent qu’il est possible d’abaisser le coût des alternatives, en réalisant une démarche préventive avec rigueur et constance, ce qui évite de recourir au traitement chimique curatif. À choisir, la lutte par biocontrôle serait dans certains cas la moins onéreuse.

 

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