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Doit-on utiliser l’urine et les fécès humains en agriculture bio, s’interroge la Fnab ?

La Fnab a organisé le 7 novembre un webinaire sur l’utilisation des excrétats humains pour la fertilisation des sols. De nombreuses questions se posent quant à la réglementation et à la sécurité.

Femme avec un bidon devant machine à collecter urine
Dispositif de collecte d'urine.
© OCAPI

« Des toilettes aux champs : doit-on nourrir les sols bio avec des effluents humains ? » était l'intitulé d'un webinaire organisé le 7 novembre par la Fédération nationale de l'agriculture biologique (Fnab) qui a réuni plus d’une centaine de participants. Pour cette réunion de travail, la Fnab s’est appuyée sur une étude qu’elle a menée pour connaître l’avis des producteurs bio, identifier leurs intérêts ou leurs réserves. Un questionnaire en ligne a recueilli les réponses de 139 agriculteurs bio, à 70 % des maraîchers. Les répondants ont expliqué qu’ils utilisent à 87 % des effluents d’élevage et/ou du compost de déchets verts.
 

Les agriculteurs bio prêts à utiliser des excrétats humains

Et si 40 % d’entre eux déclarent utiliser des fertilisants à base d’excrétat à titre individuel dans leur jardin, ils sont seulement 9 % à le faire dans leur ferme, notamment en raison du flou réglementaire. Ils sont 80 % à affirmer à être prêts à s’en servir en exprimant deux avantages essentiels : le fait que les fertilisants issus des excrétats humains participent au recyclage de la matière organique et parce que cette ressource est disponible sur le territoire. 

Les agriculteurs bio, s’ils avaient la possibilité de se servir d’excrétats humains, souhaiteraient majoritairement les utiliser sous forme de compost et d’engrais déshydraté.

Lire aussi : Comment Toopi organics recycle l’urine humaine en engrais bio

Des interrogations sur les risques sanitaires et la réglementation

Mais ils expriment des inquiétudes sur leur utilisation, notamment en ce qui concerne la présence de contaminants et le risque sanitaire : présence d’antibiotiques, hormones et pesticides liés à l’alimentation humaine et à l’utilisation de certains médicaments

Il faudra inventer un cadre plus clair et plus sécurisant 

Un autre inconvénient est mis en avant : l’image de cette pratique vis-à-vis du consommateur avec une communication difficile. Outre des informations concernant la valeur agronomique, les agriculteurs bio interrogés attendent principalement des garanties sanitaires et environnementales ainsi qu’une clarification réglementaire puisqu’en la matière il n’existe rien pour le moment. « Il faudra inventer un cadre plus clair et plus sécurisant » admet Félix Lepers, chargé de mission réglementation et en charge du projet Mona (Matière organique non agricole) à la Fnab. 

Lire aussi : Toopi Organics récupère 8,4 millions d’euros pour développer la valorisation agricole de l’urine humaine en Europe

Une hygiénisation nécessaire

Selon Marine Legrand, chargée d’animation et de recherche du programme Ocapi (Optimisation des cycles Carbone, Azote et Phosphore en ville), Ecole nationale des Ponts et chaussées, l’urine est plus facilement utilisable car plus faiblement contaminée par les pathogènes. Un stockage de six mois est recommandé pour les éliminer. 

Pour les fèces, le compostage a un effet hygiénisant sur les pathogènes (montée en température + stockage + activité biologique) avec un temps recommandé de 18 à 24 mois. Au Danemark, après une vingtaine d’épandages d’urine, deux molécules médicamenteuses ont été quantifiées à très faibles concentrations. Le risque d’accumulation dans les sols semble donc faible. Pour lutter contre les gènes d’antibiorésistance, certains traitements comme la fermentation, les charbons actifs, l’absorption sur chaux ou cendre sont efficaces. 

Lire aussi : L'agriculture bio va-t-elle manquer de fertilisants organiques ?

Des connaissances à approfondir

Martine Legrand estime qu’il est nécessaire d’approfondir les connaissances mais souligne que très peu de laboratoires sont prêts à mener des recherches sur les matières fécales pour des raisons d’image et de coût. L’utilisation des excrétats humains est donc aujourd’hui balbutiante. 

Un agriculteur pionnier dans le Loiret

En la matière, Simon Ronceray, agriculteur à la Ferme des trois parcelles dans le Loiret, fait figure de précurseur puisqu’après avoir livré ses produits maraichers à l’Amap de Châtillon en région parisienne, il repart chaque semaine avec la production d’urine d’une dizaine de familles. L’Amap est en effet le premier point d’apport volontaire d’urine ouvert en France en septembre dernier. Après avoir respecté une durée d’hygiénisation de trois à six mois dans une cuve en plastique de 1000 l, l’agriculteur converti en bio utilise l’urine en agroforesterie ou sur des cultures à usage personnel puisque la certification bio ne permet pas son utilisation pour le moment et qu’il n’existe aucune réglementation claire. Ce qu’entend bien faire évoluer la Fnab.

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