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Bien-être animal
Des obligations de moyens aux indicateurs de résultats

Les cahiers des charges sur le bien-être évoluent, en ajoutant aux moyens mis en œuvre dans les élevages des mesures permettant d’objectiver leurs impacts sur l’animal.

Les questions de bien-être animal sont aujourd’hui au cœur des débats concernant l’élevage en France. « Selon une enquête réalisée en 2014 auprès de 1 000 lycéens de terminale, leur première préoccupation envers l’élevage était, pour 80 % d’entre eux, le bien-être animal, loin devant son impact environnemental », soulignait Christine Roguet, agroéconomiste à l’Ifip, lors de la matinale au Space le 11 septembre dernier. Une tendance lourde qui émerge dans la société, mais qui recouvre, selon les travaux réalisés par les instituts scientifiques dans le cadre du projet Accept (1), quatre conceptions différentes :

La liberté, de mouvement, de choix, l’absence de contraintes physiques et l’accès au plein air. « Cette définition est assez courante parmi les citoyens, fait-elle observer. Selon eux, l’élevage en bâtiment toute l’année est contraire au bien-être des animaux car il les empêche d’exprimer leur comportement naturel. Pour une majorité de nos concitoyens, l’accès au plein air est l’enjeu prioritaire de l’élevage de demain. »
La naturalité, de l’alimentation, de la lumière, de la ventilation, et un environnement permettant l’expression de l’instinct naturel des animaux. Cette définition est souvent associée à celle d’un élevage « traditionnel » de petite taille, permettant une bonne relation entre l’éleveur et ses animaux, avec de la paille pour un meilleur confort des bêtes.
L’absence de mal-être, une définition a minima du bien-être, qui se veut ici garantie par des normes réglementaires de protection animale et par la bientraitance des éleveurs. Ceux-ci mettent en avant les bonnes performances zootechniques et l’absence de douleur, ainsi que les arbitrages nécessaires entre le bien-être animal et celui des éleveurs, ou encore entre le bien-être et les aspects économiques. Cette définition relève essentiellement du domaine professionnel.
Les indicateurs mesurés sur l’animal, comme l’absence de stress, de maladies, de blessures, ou encore l’expression des comportements de l’espèce. Ils s’inscrivent dans le domaine scientifique.

« Ces conceptions du bien-être ne doivent pas considérer comme incompatibles, mais plutôt complémentaires », souligne Christine Roguet, qui cite des exemples de labels européens, dont les moyens imposés pour assurer le bien-être animal ont été récemment complétés par des indicateurs de résultats.

Les indicateurs sont mesurés directement sur l’animal

Au Royaume-Uni, le label Freedom Food a instauré dès 1994 des normes de bien-être basées sur des « moyens », c’est-à-dire ce qui doit être fourni aux animaux en termes de ressources (logement, espace, aliments, soins vétérinaires, pratiques). En 2014, il a ajouté à son cahier des charges l’obligation de connaître les « résultats » de ces moyens sur le bien-être, à savoir l’impact sur la santé et le comportement des animaux. En Allemagne, les indicateurs de résultats utilisés en complément des obligations de moyens sont directement inspirés des travaux de Welfare Quality, une démarche européenne d’évaluation globale des exploitations au regard du bien-être des animaux, conduite par des chercheurs et des ingénieurs en sciences biologiques et sociales. Ces indicateurs sont mesurés directement sur l’animal par l’éleveur (autocontrôle) ou par des tiers à la ferme et lors des contrôles sanitaires à l’abattoir. Outre le fait d’objectiver le bien-être des animaux indépendamment de leur environnement, ils permettent aux éleveurs de se situer par rapport aux autres participants d’une démarche, grâce à la transmission des mesures dans une base de données commune.

En France, la stratégie en termes de labels de qualité est différente de l’Allemagne ou du Royaume-Uni. La différenciation des produits porte sur une qualité globale intégrant l’environnement, la santé animale, la rémunération des producteurs, en plus du bien-être animal. Cette différenciation est portée par des signes officiels de qualité (bio, label rouge, AOP…) ou des marques privées. « Il faut donc plusieurs outils pour évaluer les réponses aux différentes dimensions de la controverse sur l’élevage », constate Christine Roguet. Ce travail a été confié à l’Ifip, qui met aujourd’hui à disposition des éleveurs des outils informatisés tels que Gvet (gestion des traitements vétérinaires en élevage), Geep (impact sur l’environnement des élevages porcins) et, depuis cette année, Beep, un outil d’évaluation du bien-être des porcs. « Les nouvelles technologies du numérique et de l’information laissent entrevoir des développements prévisibles de ces outils », estime l’agroéconomiste. « Reste à savoir ce que le consommateur retient de ces indicateurs de résultat, et quelle confiance il leur fait », conclut-elle.

(1) Le projet Accept piloté par l’Ifip a pour objectif d’apporter des connaissances scientifiques nouvelles sur ces mouvements de société.

 

 

Beep objective le bien-être des animaux

Beep (bien-être en élevage de porcs) est une méthode d’évaluation du bien-être des animaux développé par l’Ifip. Elle est basée sur le travail au quotidien des éleveurs. « Au-delà de la mesure objective de critères liés au bien-être, cet outil a aussi pour objectif de réaffirmer la place de l’observation des animaux au cœur du métier d’éleveur », souligne Valérie Courboulay, ingénieure à l’Ifip. Beep utilise quinze indicateurs qui caractérisent les quatre principales dimensions de l’environnement de l’élevage : le comportement des animaux, l’alimentation et l’abreuvement, la santé et la qualité du logement. Ces indicateurs sont facilement mesurables par l’éleveur lui-même. Il peut s’en servir pour élaborer un plan de progrès, en se comparant à des références établies grâce à la remontée des données dans une base commune. Ces évaluations peuvent aussi être intégrées à des démarches qualité, à l’image de ce qui se fait déjà au Royaume Uni et en Allemagne.

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