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Les grands axes de la gestion durable des strongles en caprins

Les strongles digestifs restent l’un des premiers freins sanitaires au pâturage des chèvres, d’autant que leur résistance aux molécules disponibles progresse. Pour limiter les pertes et préserver l’efficacité des traitements, la gestion durable du parasitisme repose sur trois piliers complémentaires : réduire l’infestation au pâturage, renforcer la capacité des chèvres à y faire face et raisonner les interventions médicamenteuses.

Les strongyloses gastro-intestinales constituent un enjeu sanitaire majeur chez les caprins, en raison de leurs conséquences zootechniques (baisse de production, de croissance…) et sanitaires (anorexie, diarrhée, voire anémie, mortalité…) impliquant une incidence économique forte. La progression des résistances aux anthelminthiques est particulièrement critique dans cette espèce : l’arsenal disponible est limité et des cas de multirésistance — notamment chez le strongle Haemonchus contortus — aux molécules autorisées en caprins (benzimidazoles, éprinomectine) apparaissent. Cette situation place certains élevages caprins dans une impasse thérapeutique, rendant indispensable la mise en place d’une gestion durable des strongles pour les animaux et le maintien du pâturage.

La stratégie, résumée dans le schéma, repose sur trois piliers majeurs : prévenir et limiter les infestations, améliorer la résistance et la résilience des caprins, raisonner les stratégies de traitements grâce au diagnostic et aux analyses.

Limiter les infestations des chèvres

Limiter les infestations passe par une gestion raisonnée du pâturage afin de trouver un compromis entre la pousse de l’herbe et la maîtrise des parasites.

Limiter le nombre de passages sur un paddock (pas plus de 3 consécutifs, quand il n’y a pas d’autres mesures d’assainissement des paddocks) réduit le recyclage larvaire, limitant par là même l’exposition des chèvres à un risque parasitaire trop élevé. Les temps chauds et secs, a fortiori en l’absence de chèvres sur le paddock, contribuent à assainir les prés, les larves étant sensibles à la dessication. Une large fraction des populations de strongles au stade L3 finit par mourir par épuisement de leurs réserves énergétiques. Positionner une rupture longue (c’est-à-dire une pâture sans caprins), de trois à quatre mois par exemple, centrée sur un été chaud et sec, permet de diminuer fortement la pression parasitaire. Pour les élevages où la pression parasitaire est très élevée, des ruptures de neuf mois sont à considérer pour permettre une utilisation annuelle des pâtures tout en réduisant le risque. Pour un assainissement total des pâtures, il faut en général 12 à 24 mois sans pâturage du paddock. Le renouvellement prairial, par un labour par exemple, est une autre alternative.

Secondairement, limiter le temps de séjour sur un paddock (moins de 3 jours) diminue le risque d’autocontamination. En temps très chaud et humide, des œufs peuvent évoluer en L3 en quelques jours (1 jour et demi en zone tropicale), des chèvres infestées séjournant longtemps sur un paddock risquent donc d’être exposées en fin de séjour à une génération larvaire issue des œufs déposés via les fécès en début de séjour sur le paddock, même en zone tempérée.

Allonger le temps de repos entre deux passages sur le paddock (par exemple 45 jours à adapter selon les conditions climatiques) et augmenter la hauteur de sortie diminuent le risque parasitaire mais dégradent très fréquemment la qualité de l’herbe offerte ou la durée effective de pâturage (en cas d’herbe trop haute, manque de contrôle par la dent de l’animal en phase d’épiaison des graminées, durcissement des feuilles…).

Maîtriser le risque parasitaire au pâturage

Bien pâturer et mieux maîtriser le risque parasitaire en caprins passent par trois points clés. D’abord, il faut savoir s’arrêter bien que l’herbe continue à pousser. Après trois passages maximum par paddock, l’herbe sera valorisée d’une autre manière (fauche…). Il faut aussi savoir quitter un bloc infesté et être en capacité d’offrir un nouvel ensemble de paddock sain pour poursuivre le pâturage. Enfin, pratiquer des ruptures longues (avec des parcelles sans animaux) centrées sur les mois chauds et secs permet d’assainir les blocs et de les réutiliser en sécurité au mieux la campagne suivante.

La faisabilité est directement liée aux surfaces pâturables accessibles sur la ferme et à la possibilité de réaliser des fauches précoces pour offrir un deuxième bloc de paddocks de qualité en mai-juin (herbe feuillue).

En arrière-plan, plus l’excrétion des chèvres est élevée, plus la fenêtre de pâturage en sécurité se réduit même sur un bloc sain. La problématique du niveau d’excrétion acceptable des chèvres au fil de l’avancée de la saison de pâturage porte autant sur le maintien de la santé et de la productivité des chèvres, que sur le contrôle de la quantité d’œufs déposés sur les pâtures en perspective de la réutilisation suivante.

Éviter la parcelle parking du dimanche

Des leviers plus systémiques peuvent utilement consolider cette conduite par blocs. D’abord, la mixité (caprins et bovins ou équins) permet une dilution de la pression parasitaire, les bovins et équins ne recyclant pas les strongles caprins. De même, l’alternance fauche-pâture par une longue période de facto sans pâturage, et une surexposition des L3 aux ultraviolets, au sec et chaud est un levier efficace pour baisser la pression parasitaire. La réalité de la situation au sol (teneur en humidité des crottes, ombrage ou non par le couvert, humidité résiduelle ou non) est plus importante que l’hygrométrie et la température mesurées par les stations météo pour évaluer le taux de survie des L3 et des œufs/L1/L2 encore à l’abri dans les fèces.

Les parcelles parking, et notamment leur réutilisation après le retour des pluies, sont à proscrire. Ce sont des parcelles souvent peu enherbées, très souvent pâturées, généralement à proximité du bâtiment comme la parcelle du dimanche : ce sont des bombes parasitaires à retardement.

Précautions sanitaires avec de nouvelles chèvres

Le biocontrôle — acariens des bousiers ou spores de champignons prédateurs, qui se nourrissent de larves de strongles — offre des pistes de recherche prometteuses pour réduire la charge larvaire des pâtures.

Mais limiter les infestations passe aussi par des précautions à l’introduction. Se renseigner sur le statut sanitaire des animaux et leur historique (accès ou non au pré, traitements utilisés…), pratiquer une quarantaine et réaliser une analyse coprologique avant d’envisager ou non un traitement, puis de mélanger avec le cheptel autochtone, font partie des bonnes pratiques.

En définitive, la gestion durable des strongyloses gastro-intestinales chez les caprins repose sur une combinaison cohérente de leviers agronomiques, nutritionnels, génétiques et thérapeutiques, portée par l’accompagnement vétérinaire et un suivi rigoureux des troupeaux par les éleveurs accompagnés de leurs conseillers.

Améliorer la résistance et la résilience des caprins

Le second pilier de la lutte contre les strongles consiste à renforcer la résistance et la résilience des chèvres. Une ration équilibrée en protéines, énergie, minéraux et vitamines est essentielle pour soutenir leur capacité immunitaire, d’autant que l’immunité des chèvres face aux strongles digestifs est très faible. Les plantes à métabolites secondaires (sainfoin, plantain, chicorée, etc.) ont montré un intérêt nutritionnel et agronomique, mais pas d’effet constant sur l’excrétion des œufs de strongles en conditions d’élevage. Les travaux de sélection génétique avancent également : le phénotypage des boucs saanen et alpine est engagé, afin d’améliorer la résistance et résilience de ces races aux SGI. Aucune vaccination contre les strongles n’est disponible en France actuellement.

Raisonner les traitements grâce au diagnostic et aux analyses

Préserver l’efficacité des anthelminthiques impose de raisonner chaque intervention. Diagnostic, analyses coprologiques et respect strict des bonnes pratiques permettent d’adapter les traitements, de détecter d’éventuelles résistances et de maintenir une population refuge indispensable.

Le troisième pilier de la gestion durable des strongles est de raisonner les traitements pour préserver l’efficacité des molécules. Les bonnes pratiques de traitement sont l’alternance des familles d’antiparasitaires, un ciblage basé sur le diagnostic, des précautions à l’introduction et le respect des posologiesCaler la dose à administrer sur le poids de l’animal le plus lourd du lot, agiter les bidons avant utilisation et bien étalonner les pistolets drogueurs, y compris en cours de chantier, sont des points clés. Les formes pour-on sont déconseillées en raison de leur faible biodisponibilité. Les résidus issus des lactones macrocycliques (éprinomectine…) sont écotoxiques.

L’analyse coprologique reste incontournable pour évaluer l’excrétion et la charge parasitaire dans l’animal. Des tests de réduction d’excrétion fécale après traitement permettent de rechercher des résistances. Le traitement sélectif, qui consiste à traiter uniquement une partie des animaux, permet de sauvegarder une population refuge, à savoir une population de strongles non soumise à une pression de sélection, et donc a priori sensibles aux antiparasitaires. Le choix des animaux à traiter reste sujet à débats. Les critères sont en général l’état corporel, les signes cliniques, l’âge (primipares), les résultats d’analyse coprologique.

Des parasites qui s’enkystent dans les muqueuses

La réponse immunitaire encore plus faible des jeunes ou le relâchement de l’immunité (stress péri-partum) justifient un suivi plus rapproché des chevrettes, primipares et des femelles autour de la mise-bas. Le phénomène d’hypobiose nécessite que l’éleveur reste en alerte car il peut biaiser la lecture des coproscopies. En fin d’automne, des larves L3 ingérées avec l’herbe peuvent s’enkyster au stade L4 dans les muqueuses de la chèvre (elles sont donc non détectables à la coproscopie car les œufs, recherchés dans les fèces, n’ont pas encore été produits), et sont la source d’épisode parasitaire parfois violent en sortie d’hiver à la levée d’hypobiose.

Rédaction Réussir

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