Dossier Pastoralisme
Cévennes : « Nous avons commencé à pâturer des vignes face au changement climatique »
Entre le changement climatique et la prédation, les pratiques pastorales n’échappent pas aux contraintes pesant sur l’élevage. Ces dernières ont poussé Gaël Martin, éleveur ovin pastoral dans le Gard, à modifier ses habitudes de pâturage.
Entre le changement climatique et la prédation, les pratiques pastorales n’échappent pas aux contraintes pesant sur l’élevage. Ces dernières ont poussé Gaël Martin, éleveur ovin pastoral dans le Gard, à modifier ses habitudes de pâturage.
Les 500 brebis tarasconnaises de Gaël Martin sont habituées aux changements de décor : des estives du mont Lozère en été, elles pâturent dans les Cévennes sous les châtaigniers et les chênes verts en automne, puis entre les vignes en début d’année. Installé depuis 2004, l’éleveur exploite 414 hectares dont les trois quarts sont des sous-bois. La ressource boisée est surtout essentielle à l’automne, grâce à l’apport de châtaignes et de glands. Mais depuis plusieurs années, l’encre, une maladie du châtaignier qui prospère à cause du réchauffement climatique, change la donne. « Les châtaigniers ne produisent plus suffisamment, et il n’y a pas de moyens de lutte contre cette maladie », déplore Gaël.
Une transhumance inverse face au changement climatique
Mais face à cette nouvelle contrainte, l’éleveur pastoral a su adapter son circuit de pâturage. « Nous avons commencé à faire de la transhumance inverse il y a cinq ans, explique l’éleveur. Nous pâturons désormais des vignes de janvier à mars pour compenser la baisse de production des châtaigniers. » Les vignes comptent à présent pour 5 % de la surface totale pâturée à l’année. Le pâturage des brebis économise un à deux passages de tracteur aux viticulteurs.
En cas de pluie, le troupeau est emmené dans les bois alentour. « Nous connaissons le territoire par cœur, ce qui nous permet d’avoir une certaine flexibilité face à la météo. » Dès l’arrivée des premiers bourgeons, il est temps pour l’éleveur de transhumer à pied jusqu’au siège de son exploitation, à une cinquantaine de kilomètres de là. Les brebis y restent jusqu’au départ en estive, en juin. La mise bas a lieu à l’automne, période où l’éleveur préfère distribuer un fourrage de qualité aux brebis. Luzerne, foin de Crau et céréales composent leur ration, tandis que les agnelles pâturent sous-bois et prairies.
La prédation, un changement de vie
Une autre contrainte a bouleversé les pratiques de Gaël Martin : le retour de prédation sur le mont Lozère en 2008. Depuis, l’éleveur s’est équipé de six chiens de protection et emploie un berger qui ne quitte jamais ses brebis.
Mais la pression est telle que berger et chiens de protection ne sont pas suffisants. Rien qu’en 2025, l’éleveur a perdu 35 brebis. « Les attaques se produisent toujours en journée. Le loup attend tapi dans les hêtraies pour frapper, soupire Gaël. Mais il faut reconnaître que les chiens limitent les dégâts. Et la nuit, les brebis sont parquées à côté de la maison, où elles ne sont jamais attaquées. » Fini aussi le lâcher dirigé des brebis dans les sous-bois en mai, pendant le repiquage des oignons. Le retour de la prédation représente surtout un investissement de temps pour l’éleveur : « C’est un changement de vie. Avant, j’avais le temps de déjeuner en famille. Maintenant, il y a besoin de quelqu’un pour surveiller en permanence. »
Chiffres clés
400 tarasconnaises en sélection
414 ha pâturés dont 78 % boisés
2,5 UTH
83 % d’autonomie alimentaire