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Avec Piix de Diimotion, l’injection directe arrive sur les pulvérisateurs viticoles

Satisfaite de son prototype, la start-up Diimotion devrait lancer dès l’an prochain une solution de pulvérisation avec injection directe des produits. Avec cette technique, le viticulteur n’a plus besoin de préparer sa bouillie.

« Nous maîtrisons le dosage des produits depuis l’an dernier », se félicite Xavier Cassassolles, cofondateur de la société Diimotion. À première vue, l’injection directe dans le domaine de la pulvérisation ne semble pas relever de la prouesse technologique, et pourtant, le défi est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. La jeune entreprise Diimotion travaille depuis quatre ans sur une solution où il n’y aurait qu’à mettre ses produits phytosanitaires purs d’un côté et l’eau d’un autre, laissant le mélange de la bouillie se faire au fur et à mesure du travail. En ce début juin, un prototype arpente les vignobles des Vignerons de Tutiac, en Gironde, et laisse entrevoir un nouveau type de pulvérisation. « La base du pulvérisateur ne change pas beaucoup, mais nous avons ajouté à cet appareil une bonne dose d’électronique », explique Xavier Cassassolles. Le principe est en effet assez simple, même si la mise en application est très pointue. Ce prototype traîne une grande cuve d’eau claire et quatre cuves pour les produits. Deux sont dédiées aux produits solides (poudres mouillables), avec une capacité de 20 kg chacune, et deux autres sont dédiées aux liquides, d’une contenance de 25 litres. Ces dernières sont sous pression, afin de s’affranchir des problèmes de viscosité et faciliter l’injection.

Un prémélange est réalisé au fur et à mesure de façon discontinue

La technologie de base repose en une cuve tampon où sont mélangés, au fur et à mesure, de l’eau avec du produit, donnant naissance à une bouillie très concentrée. « C’est un prémélange, explique le fondateur. La capacité de cette cuve permet de préparer ce qu’il faut pour traiter environ 500 m2, et elle a toujours un coup d’avance par rapport à ce qu’il se passe dans les tuyaux. Ce n’est donc plus le viticulteur qui fait la préparation mais l’électronique ! » Cette bouillie concentrée est envoyée par lots dans un circuit fermé, toujours en mouvement pour éviter le colmatage. Circuit qui va jusqu’à des points d’injection. Ces derniers, situés sur les rampes, comprennent en entrée deux électrovannes, qui injectent un flux d’eau pure et un flux de prémélange dans un module d’homogénéisation. Une sorte de minichambre avec une vis pour mélanger le tout et arriver à la dilution de la bouillie finale. Il est d’ailleurs possible de faire varier le volume de prémélange pour jouer sur la concentration du produit à épandre. « On met de plus en plus d’intelligence dans ces points d’injection, car c’est par là que va passer la pulvérisation de demain, estime Xavier Cassassolles. Il y aura des capteurs embarqués qui donneront des informations sur la densité du feuillage voire sur la présence de la maladie, et permettront de moduler la dose au plus près des besoins. » Diimotion a déjà développé un capteur de détection du feuillage qui permet de couper les buses en fonction. Un outil très pratique pour les bouts de rangs, les manquants ou encore en début de saison, lorsque la végétation est encore basse.

L’ensemble de tout cela est géré par une console informatique dans la cabine du tracteur. Avant de commencer le traitement, il suffit de renseigner sur l’interface les produits choisis (répertoriés dans une base de données) ainsi que le dosage et quelques paramètres comme la pression, la taille de la parcelle… La console s’occupe ensuite de tout, que ce soit la préparation des lots de prémélange ou la concentration dans les points d’injection, et indique tous les paramètres en temps réel. Les différents éléments du pulvérisateur sont dotés de capteurs permettant de signaler tout problème comme un bouchage ou l’arrivée à la fin d’un bidon.

Il devient possible d’arrêter un traitement en cours sans perdre le reste de sa bouillie

La console possède également un programme de rinçage total du pulvérisateur, qui lance huit cycles de nettoyage du système. « Tout est prévu pour récupérer l’éventuel reste de produit avant cela », rassure le dirigeant de Diimotion. C’est justement pour lui tout l’intérêt de l’injection directe. « Les viticulteurs remarquent que les fenêtres de tir sont de plus en plus courtes. Avec ce système je peux m’arrêter avant d’avoir fini ma cuve si les conditions de traitement ne sont plus au rendez-vous, comme lorsque le vent se lève. Il ne me reste pas de bouillie sur les bras. » L’autre gros avantage pour lui est de pouvoir moduler les doses de parcelles en parcelles, sans avoir à refaire de bouillie. « Je peux également ajouter un engrais foliaire juste pour une parcelle qui en a besoin avec le même appareil », ajoute-t-il. Diimotion devrait commencer à commercialiser sa solution pour la campagne prochaine. Il ne s’agira pas du système d’injection seul, mais d’un pulvérisateur complet. « Car il y a un ensemble de process à maîtriser », explique Xavier Cassassolles. Le choix de la jeune entreprise s’oriente vers un modèle à cuve traînée et rampes face par face en jet porté, avec possibilité de faire du jet projeté en début de saison. Le tout avec un système d’entraînement moins énergivore que ce qui existe actuellement. « Pour un coût qui devrait être similaire à celui d’un pulvérisateur à panneaux récupérateurs », annonce le dirigeant.

Témoignage : Jérôme Ossard, directeur technique vignoble à la cave des Vignerons de Tutiac, en Gironde

C’est davantage de confort à la préparation et au nettoyage

Depuis le début de la saison jusqu’à maintenant, l’essai se révèle concluant pour moi. Je peux témoigner de la précision du dosage : lorsque l’on programme un volume pour une surface donnée, il ne reste pas de produit à la fin de cette surface. Et je n’ai pas vu apparaître de taches de mildiou, ce qui veut dire qu’il n’y a pas de trou dans la protection phytosanitaire. Le retour des opérateurs ne fait état d’aucun souci pratique. Au contraire, c’est plus de confort pour eux et plus facile à utiliser que le pulvérisateur classique. Ils n’ont pas besoin de doser, ce qui fait gagner du temps et limite le risque d’une erreur de dilution. Ça évite aussi les difficultés quand il y a des produits peu miscibles. Le nettoyage aussi est facilité car il n’y a pas de problématique de fond de cuve, ni la grosse cuve à nettoyer. Il reste juste un bol, ce qui est beaucoup plus facile à gérer. Cet été nous allons tester l’intégration d’une carte de modulation dans la console, afin de moduler la dose à débit constant et de façon intra-parcellaire. Cette carte GPS sera faite en fonction de nos observations comme les indices de vigueur et précocité, la nature des sols ou la sensibilité aux maladies, données issues de nos premiers travaux de viticulture de précision.

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