Attendre, sursemer, retourner… comment gérer la repousse de l’herbe cet automne ?
Bilan fourrager, semis de dérobées, ou resemis de prairies… de nombreux leviers peuvent être actionnés pour faire face au manque de ressources à pâturer et de fourrages à venir cet automne et cet hiver.
Bilan fourrager, semis de dérobées, ou resemis de prairies… de nombreux leviers peuvent être actionnés pour faire face au manque de ressources à pâturer et de fourrages à venir cet automne et cet hiver.
Après cet été exceptionnellement sec, les prairies devraient à nouveau verdir avec le retour des pluies. Mais, d’après Soline Schetelat, chargée d’études sur les fourrages à l’Institut de l’élevage, « en termes de production, l’automne n’arrivera jamais à compenser le manque de fourrage accumulé sur le printemps ».
L’heure est donc à la recherche de solutions. Surtout dans un contexte où les perspectives d’approvisionnement en fourrages s’amenuisent : la France n’est pas la seule à aller au-devant d’une pénurie de fourrages. « Je ne pense pas qu’on ait la capacité d’équilibrer un bilan fourrager aujourd’hui à l’échelle de l’Europe », estime Soline Schetelat, lors d’une conférence de presse consacrée au sujet, le 9 septembre.
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Commencer par faire un bilan fourrager
Avant toute chose, il est nécessaire d’établir un bilan fourrager. C’est-à-dire, de comparer les besoins futurs du troupeau à l’état des stocks de fourrages disponibles, afin d’évaluer le déficit fourrager. Pour ce faire, bien prendre en compte dans les stocks les reports des années précédentes, les récoltes de l’année, les achats prévus et la contribution attendue du pâturage à l’automne et printemps suivant.
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« Il vaut mieux tabler sur une hypothèse pessimiste, comme cette année », conseille l’ingénieure agronome, afin d’éviter les mauvaises surprises. Coupler ce bilan à une analyse de fourrages permettra d’ajuster au mieux les rations aux différents lots de brebis.
L’outil Aclimel, disponible gratuitement en ligne, permet d’établir des bilans fourragers.
Implanter des dérobées d’ici fin septembre
Il n'est pas trop tard pour implanter des cultures dérobées. Dès le retour de 20 à 30 millimètres de pluie, des dérobées d’automne peuvent être semées, et ce, jusqu’à fin septembre. Les espèces à privilégier sont les raygrass italiens alternatifs, voire hybrides. Eventuellement, colza et céréales peuvent être implantées, mais les privilégier en association avec des trèfles. « Pour semer des dérobées, attendre que le sol soit suffisamment ré-humidifé, bien le préparer… et miser sur un automne chaud pour un bon développement des plantes avant l’hiver. »
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Ne pas se précipiter pour retourner les prairies
« Une prairie grillée n’est pas une prairie morte ! », rappelle Soline Schetelat. En été, graminées et légumineuses se mettent en dormance estivale : elles perdent leurs feuilles pour limiter l’évapotranspiration et les pertes d’énergie. Dès le retour des premières pluies, les prairies commencent déjà à verdir. « Il faut faire confiance aux prairies et leur laisser le temps, avant de décider de sursemer ou de retourner. »
Et qu’en est-il de remettre de l’azote pour booster les prairies ? Une fausse bonne idée selon elle : « Le facteur limitant n’est pas l’azote, mais bien l’eau ! » Le retour des pluies permettra une bonne minéralisation du sol. « Cela ne sert à rien d’apporter de l’azote en plus, ce serait coûteux et inefficace. »
Attendre avant de remettre les ovins au pâturage
Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut tout de suite remettre les ovins au pâturage. « L’herbe a peu de réserves en énergie. Il ne faut donc pas la pâturer tout de suite au risque de la fragiliser et de la pénaliser à long terme. » L’idéal est de continuer à affourager si c’est possible, et d’attendre une hauteur d’herbe à 10 centimètres. Les brebis taries ou en milieu de gestation se satisfont par exemple d'un foin de qualité moyenne. « Mais si ce n’est pas possible, on priorisera le pâturage des prairies temporaires, qu’il est toujours possible de casser si besoin. »
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Par la suite, il est recommandé de maximiser le pâturage automnal, tant que la portance le permet, afin d’éviter d’utiliser des stocks. Voire d’envisager du pâturage hivernal. « Contrairement aux idées reçues, l’herbe d’automne a une bonne valeur alimentaire : elle est riche en sucres et en azote. C’est une ressource à valoriser à tout prix », estime Soline Scheterat.
Sursemer ou resemer les prairies dégradées ?
Pour regarnir des prairies moyennement dégradées, le sursemis peut être une solution. « Mais c’est une technique assez variable en termes de réussite. Je déconseille d’en faire sur toutes vos surfaces », prévient Soline Scheterat. Cette technique est utile pour des prairies manquant d’espèces d’intérêt pour la fauche et le pâturage, et qui sont dégarnies à hauteur d’une assiette à dessert par mètre carré. Attention aussi à ne pas avoir d’espèces présentes qui pourraient bloquer la germination des graines semées, telles que l’agrostis, par exemple.
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Avant de sursemer, attendre le retour des pluies pour une bonne germination. « Il vaut mieux sursemer des espèces agressives qui concurrencent rapidement celles qui sont déjà en place, comme le raygrass hybride et le trèfle violet. » Un mois après le sursemis, faire un pâturage ou une fauche pour abaisser le couvert déjà présent et ainsi limiter la concurrence.
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Si une prairie ne présente plus d’espèces intéressantes, telles que le ray-grass anglais, le trèfle blanc, la fétuque, ainsi que beaucoup de trous ou d’espèces indésirables, il peut être stratégique d’entièrement la resemer. Pour une prairie seule, le labour et le travail du sol sont à faire avant fin septembre. « Avec une prairie sous couvert de méteil, on peut repousser cette date de semis jusqu’à fin octobre, et donc avoir plus de chance d’avoir suffisamment de plus à ce moment-là. » Le Herbe-book indique quelles espèces choisir en fonction du contexte pédoclimatique de la parcelle et de son mode d’exploitation.
Attention aux fins de gestation
Pour les brebis entrant dans leurs deux derniers mois de gestation, les besoins alimentaires sont élevés. Il est essentiel de ne pas restreindre les brebis en toute fin de gestation, moment où leur capacité d'ingestion diminue justement quand leurs besoins sont les plus élevés. En effet, si les brebis mobilisent trop leurs ressources corporelles en fin de gestation, elles risquent la toxémie de gestation et une forte perte d’état corporel. La pulpe de betterave ou la mélasse permettent un apport de sucres facilement digestibles et peuvent réduire les risques. Pour les protéines, des tourteaux tannés ou les drèches de brasserie peuvent augmenter la part de protéines valorisables par l’animal.
Source : En élevage ovin lait, gérer au mieux la pénurie de fourrage
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